BUNNY LEE

Bunny Lee, de son vrai nom Edward Lee est né en Août 1941 dans la capitale jamaïcaine. C'est à 21 ans, en 1962, qu'il aborde le monde de la musique par l'intermédiaire de son ami Derrick Morgan (il sera plus tard son beau-frère). Désireux de lui trouver un travail dans ce milieu, Derrick le présente à plusieurs producteurs importants de l'époque. Seul Duke Reid lui offre un petit job pour le Treasure Isle label. Son boulot consistait à présenter les disques de Duke Reid dans les différentes stations de l'île afin d'essayer de décrocher des passages radio.

Un peu plus tard, Bunny Lee travailla pour Ken Lack (qui dès 1966 aura son propre label "Caltone"). A cette époque, Lee servi de connexion pour des personnes désireuses de se lancer dans la production musicale. Ce fut le cas de Joe Gibbs, qui grâce à Bunny Lee fut présenté à Roy Shirley (qui donnera à Gibbs son premier Hit avec "Hold Them"). Bunny Lee enregistrera Roy Shirley à W.I.R.L avec un titre intitulé "Music Field" et un peu plus tard lorsqu'il fera partie des Uniques.

Le premier single où Bunny Lee est crédité comme producteur est "Listen To The Music" de Lloyd Jackson And The Groovers. Ce disque est paru sur le label de Ken Lack (référence Tone 112).

Les musiciens bossant avec lui à l'époque étaient Gladstone Anderson (Piano), Lynn Taitt (Guitare), Brian Atkinson (Basse) et Joe Isaacs (Batterie).

Courant 67, Bunny Lee devient un producteur à part entière en sortant son premier label : Lee's. Cette même année il crée aussi son label Jackpot . Durant cette période, fin des années 60, de prestigieux artistes enregistrèrent pour lui :

The Sensations (Bobby Davis, Jackie Paris, Buster Riley, Duggie Bryan), puis un peu plus tard Johnny Osbourne, Cornell Campbell et The Uniques (Keith "Slim" Smith, Jimmy Riley, Lloyd Charmer, Roy Shirley).

Il faut savoir que Slim Smith a commencé en 68, à sortir des singles sous son propre nom ("My Conversation", "Give Me Some More Of Your Loving", "Build My World Around You", "If It Don't Work Out", "Watch This Sound", "Let Me Go Girl"),

Pat Kelly ("Little Boy Blue", "Somebody's Baby"). Ken Parker, Derrick Morgan, Winston "Stranger" Cole (avec son célèbre "Bangarang") et The Paragons (avec "My Number One") enregistreront aussi pour Bunny Lee durant ces années.

Les plus grands tubes en Jamaïque de Bunny Lee entre 69 et 72 seront "Everybody Needs Love" de Slim Smith (69), "How Long" de Pat Kelly (70), "Better Must Come" de Delroy Wilson (71) et le fameux "Cherry Oh Baby" d'Eric Donaldson (71 aussi). Mais, celui qui surpassera tous les autres dans les hits fût le "Stick By Me" chanté par John

Holt. Ce morceau, reprise de Shep & The Limelites à été enregistré par John Holt après son départ des Paragons. Avant lui, en 1969, Winston Jarrett en avait déjà fait une brillante version.

N'oublions pas non plus de parler des merveilleuses versions instrumentales (Bunny a été l'un des premiers à en sortir) comme "Day Dream" (instru du "Wet Dream" de Max Romeo qui est elle même une nouvelle version du riddim "Hold You Jack" de Derrick Morgan. Pour la petite histoire, Lee produira d'autres versions de ce titre par Derrick Morgan "I Love You" où "Jumping With Mr. Lee" et "Jumping With Val" de Val Bennet & The Bunny Lee Allstars.

Bunny Lee All Stars : Bassie (basse), Winston Grennan (Batterie), Lynn taitt et Bobby Aitken (Guitare), Gladstone Anderson (piano), Val Bennett (sax ténor), Lester Sterling (sax alto), Vin Gordon aka Don Drummond junior (Trombone), Johnny Moore (Trompette).

Bunny Lee n'ayant pas de studio, il enregistrait au W.I.R.L (The West Indies Recording Limited), qui brûla vers 70 et fut reconstruit au même endroit et renommé Dynamic, où au Treasure Isle Recording Studio de Duke Reid.

Petite anecdote, Bunny Lee est respecté en Jamaïque, craint même par certains. On ne s'aventure pas à faire des problèmes à "Stricker". Toutefois, durant les années 60, Bunny a subit la "Vendetta Jamaïquaine". Quelqu'un lui a fait un "téléphone" (balafre faite au couteau ou au rasoir, qui part de la commissure des lèvres et va jusqu' au lobe de l'oreille). C'est la raison pour laquelle Bunny Lee portait la barbe dans les années 70.

Sebastian Clarke raconte dans son livre "Les Racines Du Reggae" (Editions Caribéennes 1980) :

"Bunny Lee a avoué : "J'ai des amis dans l'église, dans la police, des amis assassins, des amis voleurs, des amis au gouvernement. Tout le monde est mon ami, et on ne sait jamais : Je pourrais avoir besoin que l'un d'eux me rende service". Selon Alton Ellis (et ces informations furent confirmées par d'autres artistes), Bunny Lee est un type assez spécial. Il est bien connu dans la communauté où il vit, et les gens viennent le voir fréquemment pour leurs problèmes personnels. il est capable de donner jusqu'à 200 ou 300 dollars à quelqu'un dans le besoin. le frère du chanteur Delroy Wilson, d'après Ellis, fut inculpé à trois reprises de meurtre, et trois fois Bunny Lee, grâce à ses diverses relations, le fit libérer. Tous les artistes parlent de Lee en termes élogieux, chose unique dans le contexte de la vie musicale jamaïcaine."

A noter aussi que Lee était un bon ami du Clan Marley, n'hésitant pas, pendant certaines périodes creuses, à les aider à manger.

Les années 70 sont entamées et de nombreux artistes accentueront la renommée de Bunny Lee :
   
- John Holt ( "Sugar"),
    - Derrick Morgan ("I Shoot The Deputy" (adaptation d'"I Shot The Sheriff" de Marley"),"Chiney Commer Round I Roy", "Rasta Don't Fear"),
    - Delroy Wilson ("Same Old Song", "Everyone Must Be Judge", "Baby Don't leave me", "You Keep On Running", "Better Must Come", "Mash It Up", "Living in The Footsteps, "Cool operator", "She Is Just A Play Girl"),
    - Wilfried "Jackie" Edwards ("This Is Another Festival"),
    - Johnny Clarke (Collie Dread", "Enter Into His Gate With Praise", "Move Out Of Babylon", "Joshua's World", "Creation Rebel", "Too Much War", "Rock With Me", "Cold It Up", "Rebel Soldering", "Do You Love Me", "No Woman No Cry" (reprise de B. MARLEY), "You Have Caught Me", "Since I Fell For You", "Bring It On Home To Me", "You Keep Me Running", "Poor Marcus", "Stop The Tribal War", "Don't Call I Dady", "Don't Trouble Trouble", "Don't Stay Out Late"),
    - Dennis Brown & Johnny Clarke ("So Much Pain"),
    - Cornell Campbell ("Jah Jah No Born Yah", "Forward Natty Dread"),
    - Horace Andy ("The Love Of A Woman", "You Are My Angel"),
    - Max Romeo "Natty Dread take Over",
    - Leroy Smart "Love in My Heart", "Let Your Heart Be Pure", "Jah Is Mighty", "Shame And Pride", "Jah Forgive Me", "Bad Minded People".

Bunny Lee fera bon nombre de reprises de hits de Duke Reid, de Coxsone Dodd et de Prince Buster, et ceci traité d'une manière sublime. Chaque titre chanté a un dub correspondant mixé au King Tubby Studio qui se trouvait au 18 Drummig Avenue, Kingston 11.

Au début les mixes étaient exécutés par le maître en personne puis vers 75 / 76, Tubby (Osbourne Ruddock de son vrai nom) formera des ingénieurs du son suppléants (Prince Phillip Smart, Prince Jammy (qui deviendra "King" plus tard), Maxi, Scientist). (Voir article sur l'évolution du Dub dans un Skanews précédent).

Ce qui est le plus surprenant avec les productions de Bunny Lee de cette époque c'est la multitude de variantes sur les différents riddims. par exemple certains riddims ont plusieurs versions chantées, une version instrumentale (souvent Tommy Mc Cook fait une version en jouant sur le dub, voir le 33 tours "Brass Rocker" ou plus tard "Hot Lava". Pour les instrumentaux clavier (par Jackie Mittoo) voir les disques "In Cold Blood" ou "Keyboard King".

Bien entendu chaque version chantée a un, voire plusieurs, dub correspondant suivant les différents ingénieurs du son et les différents styles. par exemple il y a un dub sans voix avec échos ou non sur les instruments (33 tours "Roots Of Dub"), le dub a écho de voix du chanteur et / ou du deejay (33 tours "Straight To Babylon Chest"), le dub avec des morceaux de voix sans échos façon version et le mix fait sur le riddim (33 tours "Shalom Dub").

A ces versions de base il faut ajouter les versions deejay. les grandes plages rythmiques des différents mixes laissaient la place aux toasts du deejay. les plus grands ont toastés pour Bunny Lee. et bien sûr, chaque version deejay à un dub correspondant. on approche souvent la dizaine de versions sur un riddim donné.

A titre d'exemples, voici quelques DJ ayant travaillés pour Bunny Lee : U-Roy (voir 33 tours "The Originator"), I Roy, Prince Jazzbo, Big Joe, Jah Youth (Big Youth), Jah Stich, Dr Alimantado, Prince Far I, Dennis Alcapone (33 tours "Guns Don't Argue", compilation RAS "Universal Rockers"), Dillinger (33 tours "Ranking Dillinger"), Tappa Zukie, Little Joe.

Le groupe ayant fait la gloire de Bunny Lee à cette époque s'appelait The Aggrovators (les Braqueurs) et était composé de Robbie Shakespear et George Fulwood (basse), Carlton "Santa" Davis (Flying symbal style), Carlton Barrett (tickler style) et Brether Benbow (batterie), Earl "Chinner" Smith (lead guitare), Ossis Bongo et Brother Ian (claviers), Bernard "Touter" Harvey (piano), Tony Chin, Aston Barrett et Brother Bogga ( rythmique).

Bunny Lee sortira ses disques sur différents labels en Jamaïque : Lee's (premier label), Unity (JA), Jackpot (JA), Justice, Attack, Trogan's. D'autres labels sortiront aussi les productions Bunny Lee dans ce pays : Lace, Aggro Sounds, Hot Stuff, Knock Out, Weed Beat, Brother Of Blade, Total Sound, Jaguar, Micron.

La fin des Aggrovators se situe vers 1977 pour laisser place à une variante de ce groupe The Revolutionnaries. le style flying symbals du batteur Santa laissa la place au style Tickler de Carlie Barrett.

Bunny Lee connaîtra sa meilleure période de producteur durant les années 70, et il influencera bon nombre de confrères (le riddim "My Conversation" versionné maintes fois par le producteur Rupie Edwards est en fait un riddim Bunny Lee à l'origine). Bunny avait tellement de hits dans son catalogue qu'il pouvait se permettre d'en céder à d'autres producteurs...

Vers 1980, son succès déclinant, il se mit en retrait. De nos jours, il possède son propre studio d'enregistrement (qui a brûlé en partie en 1991), et produit des chansons dans le style électronique (computer / Ragga), très à la mode en ce moment en Jamaïque.

Pour conclure, on peu dire que Bunny Lee a été un producteur majeur, tant par ses early productions durant les années 60, que par la multitude de ses productions Reggae des années 70 qui sont invariablement associées au King Tubby Mixing Studio, pour la plus grande gloire de ses versions dub.

Beaucoup de rivaux ont tentés d'évincer le maître, mais devant le cocktail Bunny Lee / King Tubby / Aggrovators, on ne peut rien faire. on est sidéré et c'est tout !

Vous pouvez retrouver un grand nombre de productions Bunny Lee sur le catalogue du merveilleux label de Steve Barrow " Blood & Fire " (" Dub Gone 2 Crazy ", " Dub Gone Crazy ", " If Deejay Was Your Trade' etc…). Pour plus d'informations sur le label Blood & Fire, allez faire un tour dans notre rubrique liens et prenez le temps de lire les interviews de Steve Barrow sur ce site.

Reidgis Charron.

 

PRESSAGE ET DISTRIBUTION DES PRODUCTION BUNNY LEE EN GRANDE BRETAGNE.

Le label Island sortira des productions Bunny Lee en 67 et 68 sous forme de singles puis d'un album (68) intitulé "Leaping With Mr. Lee". A partir de 1969, c'est Trojan Records qui prendra le relais avec sa subdivision Jackpot (homonyme du label Jamaïcain de Lee), mais bon nombres de production Bunny Lee sortiront aussi sur le label Unity appartenant à Pama.

UNITY (U.K) : 71 singles sortiront sur le label Unity. 40 de ces disques seront des production Bunny Lee. Il faut dire que ce label anglais est le frère de Unity, crée en Jamaïque par Bunny Lee. Les logos au centre des disques se ressemblent beaucoup. Les principaux succès de Lee sur Unity sont "Bangarang" de Stranger Cole (UN 502) et "Everybody Needs Love" de Slim Smith (UN 504). De nombreuses productions Bunny Lee ont été rassemblées sur des albums paru sur le label Pama. L'album "Everybody Needs Love" de Slim Smith contient de nombreux titres enregistrés pour Unity, ce disque est d'ailleurs toujours disponible aujourd'hui en réédition. Les autres albums, sont eux, un peu plus difficiles à trouver. Le plus grand tube en Grande Bretagne pour Bunny Lee sur Unity fut le "Wet Dream" de Max Romeo (Unity Un 503, 1969) malgrè son interdiction d'antenne à la BBC à cause des textes "chauds".

JACKPOT (UK) : la quasi-totalité des productions paru sur Jackpot son de Bunny Lee (le reste étant des productions anglaises de Laurel Aitken, Nat Cole ou Larry Lawrence). Le premier disque à sortir sur Jackpot en G.B fût le "Seven Letters" de Derrick Morgan. Bunny Lee, très malin sortira souvent ses productions sur Jackpot alors que celles-ci étaient paru aussi sur Unity (U.K) ou un autre label. Pour ce faire, il changeait l'intitulé du titre ou le nom de l'artiste ! . Slim Smith deviendra "Wonder Boy" et Lester Sterling se verra renommé "Mr. Versatile".
Le single Jackpot Jp 701(1969) propose en face A Little Boy Blue chantant "Dark End Of The Street" et en face B Mr. Versatile jouant "Apple Blossoms". En réalité, le vrai nom du chanteur de la face A est Pat Kelly et l'artiste de la face B n'est autre que Lester Sterling. Ces deux titres ont été édités sous le vrai nom des artistes sur le label Pama ! Bonne astuce pour vendre une chanson à plusieurs labels et se faire un maximum d'argent !

Jackpot ne sortira aucuns albums produits par Bunny Lee, par contre Trojan en éditera plusieurs :

John Holt : "Pledging my Love" (TBL 184), Slim Smith "Just A Dream" (TBL 186), Horace Andy "You Are My Angel" (TBL 197), Slim Smith "Greatest Hits" (TBL 198), Cornell Campbell "Cornell Campbell" (TBL 199), John Holt "Still In Chain" (TRL 37), John Holt "Holt" (TRL 43), Delroy Wilson "Better Must Come" (TRL 44).

Bunny Lee ne contentera pas de Jackpot (U.K) et Unity (U.K) pour sortir ses disques outre-Manche. On peut retrouver de nombreuses production de ce génie sur : Blue Cat, Camel, Collins Down Beat, Escort, Gas, Giant, Island (avant 69. Avec notemment le fameux "My Conversation" de Slim Smith And The Uniques (1968) et "Hold You jack" de Derrick Morgan (même année)), Smash, Trojan etc... La liste est longue et non exhaustive.

En 1989, Trojan sortait une très bonne compilation intitulée "Jumping With Mr. Lee" (TRLS 270), toujours disponble en CD contenant 16 de ses meilleures productions.

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