COXSONE DODD & ROLAND ALPHONSO

L'année 1998 aura été une bien triste année pour les vétérans de la musique Jamaïcaine et notamment pour les Skatalites car en plus de la mort de Tommy Mc Cook avant l'été, c'est Roland Alphonso, au mois de novembre, qui est allé au paradis des musiciens à l'âge de 67 ans. Deux ténors du Saxophone nous ont quittés, laissant derrière eux la marque indélébile de leurs génie.

Nous avons décidé pour ce quatrième volet de coupler les stories de Clement Seymour "Coxsone" Dodd et de Roland Alphonso à la vue de leur parcours commun durant les années 60.

Quel fan de musique jamaïcaine n'a pas dans sa discothèque au moins un disque produit par Coxsone Dodd ? Coxsone est l'un des producteurs jamaïcains les plus réputés de la planète, adulé par des milliers de fans qui collectionnent encore aujourd'hui ses centaines de singles 7'', 10'', 12'', et plus de 260 albums. Coxsone était aussi méprisé par de très nombreux artistes qui n'ont jamais récolté les fruits (l'argent !) de leur travail pour lui. Coxsone avait la réputation de faire de l'or avec toutes ses productions, et c'était mérité, car toutes ses galettes sont devenues des piliers incontournables de l'histoire de la musique jamaïcaine, mais hélas, il avait, comme beaucoup de ses confrères, des oursins dans les poches et de nombreux musiciens et chanteurs l'on quitté en criant au scandale faute de n'avoir pas touché le centième de ce qu'ils avaient logiquement gagné. Voici une petite rétrospective des principaux moments de la carrière (qui continue toujours aux U.S.A.) de Coxsone Dodd.  Pour avoir une vue d'ensemble plus complète de ce producteur, consultez aussi les différentes parties de nos anthologies Skatalites  éditées dans de précédents numéros de Skanews.

Clement Dodd est né le 26 janvier 1932 à Kingston. Dès son plus jeune age, il a été attiré par la danse et la musique. Le Jazz diffusé par les radios américaines avait sa préférence.


Coxsone Dodd

A l'école, Clement jouait beaucoup au cricket. Il était d'ailleurs le meilleur joueur de son équipe, et très vite ses camarades lui donnèrent le surnom de Coxsone, en référence au plus grand joueur britannique de l'époque qui s'appelait ainsi.

Dans les années 50, Duke Reid, Tom The Great Sebastian et quelques autres, parcouraient l'île avec leur Sound System en diffusant des disques importés des U.S.A. (R'N'B,  JAZZ...) et   DODD monta sa propre sono " SIR COXSONE DOWNBEAT".

Les soirées étaient organisées un peu partout en Jamaïque, et la bataille était très rude entre les   SOUND SYSTEM. Chacun essayait de se procurer des disques que d'autres n'arrivaient pas à trouver. Diffuser en exclusivité tel ou tel titre attirait un grand nombre de gens et contribuait énormément à la popularité de la sono !

Les D.J protégeaient jalousement le secret de leurs disques en grattant sur le label, le titre et le nom de l'interprète. Chaque sono avait un petit groupe d'employés qui se rendaient aux bals rivaux pour écouter ce que l'on y jouait. Et si lors du passage d'un nouveau disque, le chanteur leur semblait familier, ils en informaient leurs patrons, et aussitôt ceux-ci tentaient d'obtenir une copie, soit par des coupeurs de cannes rentrant des U.S.A, soit par des marins américains échangeant volontiers des disques contre de l'argent ou du rhum.

A ce petit jeu là,   COXSONE fut le plus fort, et resta le maître grâce à un titre ("LATER FOR GATOR"), que son grand rival   DUKE REID  trouva seulement 9 ans plus tard !!!!!

DUKE REID a toujours été respecté à cause de son caractère dur et impitoyable, qui lui venait, dit-on, de ses années de contact avec la pègre. Plus tard,   COXSONE acquit aussi la réputation d'être un dur, ce que conteste  PRINCE BUSTER en prétendant qu'une nuit, une bagarre éclata au cours d'un bal où  COXSONE jouait.  LEE PERRY, alors employé de   COXSONE, fut assommé, le degré de violence monta très vite, et  DODD se sauva, laissant   PERRY à son triste sort.   BUSTER raconte qu'il a, lui, repoussé pas mal de monde, et relevé  LEE PERRY avant de l'emmener... On peut croire l'histoire du créateur d'  "AL CAPONE", non seulement à cause des témoins oculaires, mais aussi parce qu'il était un boxeur amateur très apprécié.

A la fin des années 50, le   ROCK AND ROLL est devenu beaucoup plus populaire aux U.S.A que le R'N'B des   DRIFTERS, FATS DOMINO, LOUIS JORDAN et autres  PLATTERS. Mais les jamaïcains n'ont jamais beaucoup aimé le   ROCK AND ROLL, c'est pourquoi de nombreux   SOUND SYSTEM se sont mis à enregistrer des morceaux adaptés aux goûts du public. Ces disques étaient uniquement destinés à être diffusés pendant les soirées. Aucun de ceux-ci n'étaient disponibles à la vente.

ALTON ELLIS , RICO  et  JACKIE MITTOO racontent à   SEBAsTIAN  CLARKE dans son livre " LES RACINES DU REGGAE" (éditions Caribbeennes), qu'un homme pris un jour contact avec   COXSONE au sujet de la vente potentielle de ces disques au grand public, mais   DODD pris la chose à la rigolade. L'homme lui demanda alors de lui confier un de ses disques, afin de lui montrer ce qu'il avait en tête.   COXSONE accepta, le gars en pressa quelques centaines, et les vendit rapidement. Immédiatement,   DODD s'établit producteur  et marchand de disques.   DUKE REID, PRINCE BUSTER, KING EDWARD, CHRIS BLACKWELL et quelques autres lui emboîtèrent le pas.

COXSONE monta sa première compagnie de disques  en 1959, avec un magasin de disques ( MUSIK CITY), sur East Queen Street à   KINGSTON. Parmi les premières production de   DODD, notons au passage "SHUFFLING JUG" (CLUE J. AND HIS BLUES BLASTERS) et "EASY SNAPPIN" (THEOPHILUS BECKFORD). Ce dernier titre étant considéré par beaucoup comme la transition entre le R'N'B américain et le   SKA jamaïcain (rythmique saccadée du piano).

Malgré les stations de radios jamaïcaines qui possédaient un studio d'enregistrement, c'est au  FEDERAL RECORDS (une division de la   PIONEER COMPAGNY montée en septembre 54 par  KEN KHOURI, spécialisée dans les 78 t puis les albums) que tournait toute l'industrie du disque en Jamaïque. En effet, tous les producteurs allaient enregistrer dans ce studio mono 1 piste qui allait devenir 2 pistes quelques temps plus tard :   DUKE REID, CHRIS BLACKWELL, COXSONE, et même  EDWARD SEAGA, qui deviendra peu après chef du Parti Travailliste Jamaïcain.

Roland Alphonso est né le 12 Janvier 1931 à Cuba.

Très jeune il entre dans l'école Stony Hill ou il apprend à jouer du Saxophone ténor, de la flûte avec un complément théorique sur la musique. En 1959, à l'âge de 28 ans, il rejoint le groupe Clue J & his Blues Blasters qui travaillait pour Coxsone Dodd. Ce groupe incluait Cluett Johnson à la basse, Ernest Rangling à la guitare, Théophilus Beckford au piano et Rico Rodriguez au trombone.

Rolando faisait aussi partie d'un groupe de Jazz toujours pour Coxsone Dodd qui s'appelait Roland Alphonso Jazz Quintet, ce groupe était composé de Cecil Lloyd / Lloyd Mason / Lowell Morris / Don Drummond. Des titres comme ''Gone with the wind'' ou ''Green Eyes'' datent de 1960 et sont sortis sur le label Port-O-Jam. Parallèlement à son travail pour Dodd, Rolando travaille pour Duke Reid ''The Trojan'' et son label de l'époque ‘’Duke Reid's’’ (appelé label Duke Reid Early), pour se donner une idée voici un exemple de configuration de 45 tours produit par Duke Reid aux alentours de 1960 et où figure Rolando : Face A : Derrick & Patsy with Drumbago and his band ''Feel so fine'' Face B Rolando Alphonso ''Mean to me''.

Roland est surnommé à cette époque ''Rollie Pollie''

R. Alphonso : "Je suis un des premiers à avoir crée ce son made in Jamaica, il y a des disques qui le prouvent. j'ai commencé à travailler avec Lloyd et Drumbago. Celui-ci fut le premier batteur à avoir un style purement jamaïcain. Il était très estimé à l'époque, aujourd'hui il est mort. Il aurait pu être notre père à tous. Etant gamin, j'ai appris la musique à l'école, dès l'âge de 10 ans. Non pas à L'Alpha School, mais à Stony Hill. J'ai commencé par le tambour, on jouait des marches, des ouvertures, du classique. Plus tard ma mère est venue voir mon maître et lui a demandé de m'enseigner le saxophone. Elle a bien eu raison, même si la trompette m'attirait d'avantage à l'époque. j'ai commencé le sax à 13 ans. Après cela, je n'ai jamais rien fait d'autre que de jouer de la musique. j'ai enregistré pour la première fois à 29 ans, pour Coxsone, avec les musiciens que j'ai mentionné, ainsi que Cluet Johnson, un autre contrebassiste. je ne me rappelle plus de tous les noms. J'ai été un des premiers à enregistrer. Bien avant les premiers Ska on avait déjà joué du Calypso.

Le premier disque jamaïcain est un Calypso-Jazz du pianiste Baba Mutto, dont le titre était "She Pon Top", sorti au début des années 20. Baba était un très bon musicien de Jazz."

(Interview 1992, Emission radio Skanews)

 

Les musiciens qui travaillaient avec  COXSONE durant cette période étaient ceux qui allaient devenir peu de temps après  THE SKATALITES  : ROLAND ALPHONSO et  LESTER STERLING (sax),  DON DRUMMOND (trombone),  JAH JERRY (guitare),  LLOYD BREVETT (basse),  LLOYD KNIBBS (batterie),  JOHNNY MOORE (trompette), et JACKIE MITTOO (piano). Venaient s'ajouter pour quelques sessions :  CLUE J (un des premiers artistes à être enregistré par   COXSONE), LORD TANAMO , CARL McLAUGHLIN (sax), et quelques autres. A noter que  TOMMY Mc cooK est arrivé un peu plus tard.

L. Brevette : "Le groupe s'est formé en 1962, mais nous étions tous des musiciens de studio. Je l'étais depuis 1958. Nous avons commencé à faire de plus en plus de sessions pour des artistes. Certains très connus aujourd'hui, comme Bob Marley ou Jimmy Cliff. C'est en fait notre musique qui les a lancés, nous sommes les pionniers. Avant nous, la musique jamaïcaine n'existait pas, il n'y avait pas de musique forte allant de l'avant, seulement de la musique américaine."

T. McCook : "On a tous commencé en jouant du Jazz dans les hôtels pour distraire les touristes le soir. C'était l'époque des big bands. Nous nous sommes rencontrés lors d'une session à Studio 1. A part nous trois, les autres étaient : Jah Jerry (guitare), Richard Miller (pianiste ensuite remplacé par Jackie Mittoo), il y avait aussi Frank Anderson (batteur sur "Exodus" et "Ska Ba"), Johnny Moore (Trompettiste) est arrivé peu après. N'oublions pas notre tromboniste attitré d'alors : Don Drummond."

L. Brevette : "Mon père était un excellent contrebassiste. Il m'a appris à jouer. Plus tard, j'ai rencontré les autres en studio et on a décidé de former un vrai groupe."

Skanews : "Comment avez-vous rencontré le producteur Coxsone Dodd ?"

T. McCook : "Je l'ai rencontré lors d'une session dominicale dans mon petit club de Jazz, le Village Gate, situé à Vineyard Town. Il venait nous voir jouer le dimanche. Un jour, il m'a demandé s'il pouvait nous enregistrer au studio Federal, un deux pistes sur Marcus Garvey Drive, le seul studio d'alors"

(Interview 1992, émission radio Skanews)

 

Les musiciens de ce groupe venaient tous des couches défavorisées de la population. Un grand nombre d'entre eux sont sortis de L'  ALPHA BOYS CATHOLIC SCHOOL, dans   WEST KINGSTON, au cœur du ghetto. 99 % des instrumentistes à vent, originaires de Jamaïque et devenus célèbres à l'étranger ou sur l'île même, ont fait leur apprentissage dans cette école. (Le solfège était enseigné avant la pratique d'un instrument, ensuite on apprenait à jouer et l'on faisait partie de l'orchestre de l'école.)

En 1963, Roland Alphonso fait donc partie des membres fondateurs des Skatalites dont la principale source de revenus  malgré les prestations dans les clubs, était les enregistrements pour COXSONE ( (''Phoenix city''   ''El Pussy Cat'' etc... de ce fait Rolando fait partie du 1er backing band des Wailing Wailers) même si celui-ci avait la réputation de payer "au lance pierre" les gens qui travaillaient pour lui. Cependant, le combo enregistrera aussi pour DUKE REID  (Rolando & Baba Brooks ‘’Nuclear Weapon’’ édité sur le label Treasure Isle (Early) ,  pour  TOP DECK RECORDS  (J. YAP) mais aussi pour  KING EDWARD  , LINDON POTTINGER (Mari de Sonia Pottinger), VICTOR ''Randy'' CHIN etc...  avec des hits instrumentaux  ou comme  backing band des chanteurs et groupes à succès de l'époque comme Eric ''Monty' 'Morris / Stranger Cole / Stranger & Patsy / Jackie Opel / Doreen Shaffer etc...

ROLAND ALPHONSO raconte que c'est pendant l'une des répétitions des futurs membres des   SKATALITES en 1962, que   COXSONE demanda au groupe d'essayer de jouer "un truc" qui sonne jamaïcain...

R. Alphonso : "Coxsone nous a appelé et nous a dit qu'il voulait un rythme jamaïcain. On a commencé par jouer du Blues et tout à coup le contrebassiste a dit au guitariste : "Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ska ska ska que tu fais ?" Alors on a appelé ce style Ska. Ce style insistait sur le deuxième et le quatrième temps, alors que le Blues insistait sur le premier et le troisième. La  grosse caisse a suivi le rythme de la guitare et c'est ainsi qu'est née notre musique. C'est en fait Jah Jerry qui a tout déclenché."

R. Alphonso : "Ce rythme connu aujourd'hui mondialement était en fait une blague au départ. Bien sûr, on ne se doutait pas qu'il deviendrait célèbre. Par la suite, on s'est dit que cela serait bien de voir comment ça sonnerait sur disque. Aujourd'hui on voyage un peu partout dans le monde. On a tourné trois fois au Japon, ils nous prennent très au sérieux. Il y a des musiciens qui sont très inspirés par notre musique là-bas. Au studio de Coxsone on enregistrait à peu près 7 faces par jour, pour 30 Shillings par face. C'était les Skatalites. Quand le groupe s'est constitué, notre premier chanteur, Lord Tanamo, pensait que Satellites serait un bon nom car le premier venait d'être lancé, alors Tommy a dit : "Non, appelons-nous les Skatalites". C'est peut-être pour cela que le groupe n'a pas arrêté de se disperser par la suite. On aurait sans doute été plus soudé sous le nom des Satellites (rires).

(Interview 1992, Emission radio Skanews)

 

En 1963,   COXSONE, grâce à l'argent gagné avec ces productions à succès  (MAYTALS , ALTON et EDDIE etc...), ouvre la   JAMAICAN RECORDING AND PUBLISHING COMPAGNY LIMITED, au 13 Brentford Road, à la bordure nord de   TRENCH TOWN. Plus connu sous le nom de  STUDIO ONE, ce monopiste devint vite le centre de l'industrie musicale jamaïcaine et le foyer d'une activité créative inimaginable, le laboratoire où   SKA, ROCKSTEADY et   REGGAE allaient prendre forme.

En août 63, les  WAILERS, après une audition ratée, puis sauvée in-extremis par  PETER TOSH, avec l'interprétation de "SIMMER DOWN", furent engagés par  DODD pour enregistrer ce dernier titre. Quelques jours plus tard, de bonnes surprises attendaient   MARLEY et sa bande : ils découvrirent qu'ils seraient accompagnés par la meilleure formation professionnelle de la Jamaïque (  THE SKATALITES).

Skanews : "Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez vu des jeunes chanter sur votre musique, comme Bob Marley ou Jimmy Cliff ?"

R. Alphonso : "On se sentait bien. Ils représentaient l'avenir. Ils avaient un certain regard sur les choses, mais ils étaient "manchots", ils ne savaient pas encore jouer. On leur a appris la cadence, comment tenir la mesure, comment se comporter sur scène avec un micro. En quelque sorte, on les a aidés à éclore."

(Interview 1992, Emission Radio Skanews)

 

Après une matinée de répétition, avec les musiciens, "SIMMER DOWN" fut mise en boîte en deux prises. L'arrangement instrumental est de   COXSONE,  ROLANDO ALPHONSO et  JACKIE MITTOO. Ce 45t des " WAILING WAILERS" fut publié en décembre 63 sur le label DOWNBEAT. En janvier 64, le disque était N°1 en Jamaïque. Il y resta 2 mois !. Les   WAILING WAILERS, comme   COXSONE les avait rebaptisé sans leur demander leur avis, étaient devenus des stars en quelques semaines. "SIMMER  DOWN" parlait directement aux   RUDE BOYS, et proclamait une totale appartenance à cette nouvelle génération de mauvais garçons et de jeunes délinquants des   SHANTY TOWNS ; tout en les invitant à danser sur leur rythme préféré (le   SKA), la chanson leur disait de "se contrôler, de dominer leur colère". Pressentant peut-être que la violence allait passer à la vitesse supérieure en Jamaïque, les   WAILERS se posaient en apôtres de paix à un moment où la société jamaïcaine semblait prête à exploser.

Lorsque "SIMMER DOWN" fit sa percée dans les charts,   BOB MARLEY était à la rue depuis 6 mois. Ce disque ayant rapporté pas mal d'argent à   COXSONE, et fait des   WAILERS des artistes de   STUDIO ONE, BOB eut le droit de dormir dans un appentis derrière le studio. Ce fut un toit pour   B.MARLEY en 64 et 65.

Les   WAILERS, accompagnés par les   SKATALITES (puis par les   SOUL BROTHERS, groupe de   ROLAND ALPHONSO à la séparation des   SKATALITES en 65), et produit par   COXSONE furent le groupe fétiche des Rude Boys entre 64 et 66 de par leurs compositions ("RUDE BOY ", "JAIL HOUSE ", "RULE DEM RUDIE ", "PUT IN ON ", "LET HIM GO"... etc) et leur attitude rebelle franche.

Mais comme tous les artistes   STUDIO ONE de l'époque, les  WAILERS se plaignaient des conditions de travail, et surtout des salaires de misère qu'ils touchaient. 

Quand  LEE PERRY, l'assistant de   DODD, parti à la fin des années 60, il enregistra une chanson pour son ex-patron, " PEOPLE FUNNY BOY".

Le chanteur, comme le musicien, était payé à la séance, avec un cachet qui allait de 10 à 20 livres (voire même moins !) en moyenne. Le disque était ensuite pressé et vendu sans qu'il touche un centime de plus. Que les profits soient réels ou nuls. Les comptes n'étaient jamais montrés à l'artiste

STEPHEN DAVIS raconte dans sa biographie sur   BOB MARLEY (réf. en fin d'article) :

"Les conditions au studio étaient dures et sans état d'âme.   COXSONE est sans doute le pionnier de toute la musique jamaïcaine, mais on ne survit pas dans le ghetto si on mène ses affaires d'une main de fer. Il avait constamment un revolver à portée de main afin d'intimider les chanteurs aux abois qui venaient le voir dans l'espoir d'obtenir quelque argent pour des enregistrements anciens.  JOE HIGGS fut tabassé par les hommes de   COXSONE un jour où il vint exiger le paiement d'une grosse somme que, dit-il,   COXSONE lui devait. D'autres reçurent le poing de  DODD dans la figure, ou furent simplement jetés dehors. La situation n'était pas simple avec la foule d'oisifs et de candidats à la gloire qui traînaient toujours dans les parages. Tous avaient si faim que, pendant la saison des mangues, lorsque les musiciens entendaient un fruit mûr tomber du manguier sur le toit de tôle du studio, ils s'arrêtaient de jouer pour aller le manger !".

A la fin des années 70 de nombreux artistes ont intentés des procès à  COXSONE pour avoir mis sur le marché des disques sans leur permission ( BOB MARLEY pour "THE BIRTH OF A LEGEND", ainsi que  JACKIE MITTOO pour 2 albums paru aux USA...etc).

Skanews : "Que pensez-vous de Coxsone Dodd ?"

T. McCook : "Musicalement, il se débrouillait, mais en affaires il était plutôt pingre, toujours prêt à payer moins. Il enregistrait plus que les autres producteurs, il voulait donc moins vous payer. En fait on me payait plus quand je me suis mis à jouer pour les autres producteurs, en l'évitant. Les autres payaient 2 livres par face et lui 30 Shillings, c'était dur !"

(interview 1992, émission radio Skanews)

 

Bien évidement   COXSONE refuse toutes ces accusations et dit avoir toujours été honnête avec ses artistes ! Ajoutons pour remettre les choses à leur place, qu'aux USA et en   EUROPE le problème était le même !   FRANCOIS JOUFFA, certainement le meilleur journaliste sixties français, déclarait il y à peu sur   FRANCE 2 que les artistes "YEYE" dans les années 60 en France ne touchaient presque pas d'argent, 95 % du gâteau revenait au producteur !  THE ANIMALS, pour prendre un autre exemple étaient plus payés en filles et en drogue qu'en argent frais ! c'est ce qui "ruinera" d'ailleurs leur carrière...

Pendant la première moitié des sixties, les productions   COXSONE, supervisées par  LEE PERRY, sortaient sur de nombreux labels en Jamaïque. La majorité de ces disques étaient éditées en Angleterre sur la compagnie de   CHRIS BLACKWELL, ISLAND.

Il est impossible de lister dans cette article tous les titres produits par  COXSONE durant cette période, sachons tout de même que presque tous les artistes jamaïcains de cette première moitié de décennie ont enregistrés pour  DODD ( THE SKATALITES / LEE PERRY / THE WAILERS / THE ETHIOPIANS / LORD CREATOR / THE MAYTALS / THE GAYLADS / THE HILTONAIReS  / THE CLARENDONIANS / DON DRUMMOND / ROLAND ALPHONSO / JACKIE MITTOO / DELROY WILSON / OWEN GRAY / JACKIE OPEL, plus des dizaines et dizaines d'autres...

Le premier lieu de concert régulier des SKATALITES fut le   HI-HAT, un ancien entrepôt transformé en club. Leur musique était, à part la basse, complètement acoustique. Alors que la plupart des groupes se mettaient à l'orgue électrique,   THE SKATALITES s'en tenaient au piano, la basse n'étant qu'amplifiée, et non électrifiée. Qu'il leur fût nécessaire de fabriquer sur place une partie de leur équipement, donne une idée de leur situation financière. Un certain   M. ROGER fabriqua la basse de   BREVETT, et un amplificateur pour la guitare de   JAH JERRY (notons que de son côté   BYRON LEE, qui était riche, avait fait construire à ses débuts son corps de basse en Jamaïque par BOBBY ARTON, et importa ensuite tous ses équipements des U.S.A.). La principale source d'emploi pour le groupe était   COXSONE DODD (même s'il ne payait pas bien, ils enregistrèrent cependant pour d'autre producteur a succès de l'époque. Il régnait au sein des   SKATALITES un sentiment de compréhension mutuelle et d'ordre, en dépit de jalousies et rivalités personnelles. On dit que   TOMMY Mc COOK et   ROLAND ALPHONSO ne s'entendaient pas, ce que l'on a mis au compte de   DODD. Ce dernier fit d'  ALPHONSO un de ses amis intimes, et joua de lui contre les autres.

Les   SKATALITES disparurent en temps que groupe à la fin de 1965, après deux ans d'activité. Leur rupture ne fut pas la faute du seul   DODD, elle fut aussi engendrée par des difficultés financières surtout des problèmes de personnes (la santé mentale de   DON DRUMMOND se  mit  à décliner avec la mort de sa petite amie,   BREVETT de son côté était trop enclin à la boisson, Mc   COOK et   ALPHONSO ne pouvaient plus se voir...).

Skanews : "Comment était la vie en Jamaïque à l'époque ?"

T. McCook : "C'était bien. On faisait de la musique pour les patrons de sound systems. Ils pressaient les disques sur ce qu'on appelait "cire molle". Ils avaient jusqu'à cinq sounds qui jouaient en même temps à différents endroits. On visitait un peu tous les clubs et on se faisait plaisir en jouant, on était vraiment heureux."

Skanews : "Pourquoi avez-vous quitté le groupe en pleine gloire ?"

T. McCook : "Pour tout dire, les membres du groupe n'arrêtaient pas de changer. Cela nous faisait mal au coeur. ils allaient jouer pour d'autres groupes, alors que nous avions commencé comme une vraie équipe. Lorsqu'ils revenaient, les choses empiraient. D'autres nous quittaient à leur tour, ils nous critiquaient ensuite. Ca ne pouvait plus aller. je suis parti et j'ai formé les Supersonics."

(Interview 1992, émission radio Skanews)

 


The Soul Vendors
(de gauche à droite)
 Hector WilliamsLloyd Brevett , Alton Ellis, Roland Alphonso,
Jackie Mittoo
, Ernest RanglinJohnny Morris, Errol Walters, Ken Boothe 1967.

DODD sentit que les   SKATALITES perdaient leur prestige, et il poussa   ROLAND ALPHONSO et   JACKIE MITTOO à partir, ce qui provoqua l'effondrement du groupe.  Tandis que  TOMMY Mc  COOK montait  TOMMY Mc COOK AND HIS SUPERSONICS  (première mouture des  SUPERSONICS qui ont fait un carton durant l'ère Rocksteady chez Duke Reid), naquit un autre ensemble,  THE SOUL BROTHERS, dirigé par  ALPHONSO.

Rolando devint donc le saxo ténor du nouveau groupe ''maison'' de Coxsone, The Soul Brothers qui incluait : Jackie Mittoo / Bobby Ellis / Bryan Atkinson / Dennis Campbell / Harry Haughton / Joe Isaacs.  Bien qu'aillant été créé en 1964, (titre ''Blue Moon"), ce groupe est très intéressant car il est à la charnière entre le Ska et le Rocksteady avec des titres Ska comme ''Dr Ring a Ding'' (une tuerie sortie en 1966 d'abord sur Studio 1 puis sur Iron Side) ou ''Miss Ska-Culation'' (1966 sortie sur Studio 1) et des titres plus Rocksteady comme ‘’Rock & Sock’’ ou ‘’Hot & Cold’. Sur les singles de l'époque le crédit est soit The Soul Brothers ou Roland Al & The Soul Brothers.  ROLAND ALPHONSO & THE SOUL BROTHERS fournirent un support musical à la période finale du Ska, et les débuts du Rocksteady.  ALPHONSO assumait la responsabilité de tous les arrangements de cuivres.

Dès les premiers jours de 1966 et jusqu'à ce qu'il quitte le pays à la fin des années 60,  JACKIE MITTOO devint le producteur- arrangeur permanent pour tous les artistes de   DODD, à Studio 1. Au fond de celui-ci,  BOB  MARLEY, devenu depuis 1963 le conseiller spécial de   DODD, avait une pièce où s'empilait les disques importés, parmi lesquels il choisissait pour les chanteurs des reprises adéquats.   DODD s'est toujours maintenu à l'avant-garde des développements de la musique, car il a su s'entourer des meilleurs artistes du pays en ce domaine, en leur laissant des responsabilités.

La période du Rocksteady à peine commencée, la formation maison  STUDIO 1 se modifia et passa sous la direction de  JACKIE MITTOO. Le nom devint SOUL VENDORS, ce nouveau nom fut trouvé par  JACKIE à l'occasion d'une tournée en Angleterre d'après un titre très populaire aux U.S.A et aux Caraïbes, " PEANUT VENDOR". La tournée comprenait aussi le meilleur chanteur de   DODD à l'époque,  KEN BOOTHE. La formation incluait:  JACKIE MITTOO / ROLANDO ALPHONSO / JOHNNY MOORE / ERNEST RANGLIN / ERROL WATERS / BONNIE WILLIAMS / LLOYD BREVETT.

En 1967, toujours pour Coxsone, Rolando prend donc place au sein du nouveau groupe The Soul Vendors qui officia à Studio 1 entre 1966 et 1969  avec des titres comme ‘’pupa lick’’ ( studio 1 1967), ‘’Grooving Steady’’ ( studio 1 1968), ‘’six figure’’ (Musik City 1969), ou encore ‘’Ole kent road’’ (Musik City 1970). Ce groupe sera  aussi le backing band d'artistes comme Delroy Wilson , Alton Ellis, Ken Boothe ou de formations vocales comme The Cables ou The Termites (featuring young   LLOYD PARKS) etc... Roland sera le soliste de bon nombre de versions instrumentales comme ''Death in the arena'' ou ''Ringo Rock''.

Roland  Alphonso est en fait un musicien majeur de Coxsone Dodd, car il est présent sur des dizaines et des dizaines d'enregistrement Studio 1, malheureusement Roland sortira seulement deux albums en son nom propre pour Dodd ''The Best of Rolando Alphonso'' (Studio 1  1973) et ''King of Sax'' (Studio 1 1975)

Roland figure aussi en photo sur la pochette de ''Plays Ska strickly for you'' en compagnie de Coxsone (compilation Ska vocal et instrumental sans aucun crédit) (cette photo illustre la couverture de cette édition de Skanews).

A l'époque des Soul Vendors, il y a  beaucoup d'artistes, alors sous contrat avec   DODD, pour qui   MITTOO  écrivit et arrangea  la musique (  KEN BOOTHE/ ALTON ELLIS / HEPTONES / MARCIA GRIFFITHS / DELROY WILSON /  etc...).     JACKIE écrivait  la plupart des musiques pour les chanteurs qui enregistraient à   STUDIO 1. Il indiquait ses lignes au bassiste, écrivait les accords pour le guitariste, se mettait lui-même au clavier et arrangeait les morceaux.  (  DODD de son côté supervisait le tout).

Les  SOUL VENDORS  feront aussi de nombreux albums instrumentaux crédités (souvent) non pas au nom du groupe, mais à un de ses musiciens par exemple   JACKIE MITTOO ).

Au paroxysme de la concurrence entre   CLEMENT DODD et   DUKE REID,  ALTON ELLIS permit à  REID de marquer des points avec " ROCK STEADY" (que l'on considère désormais comme l'introduction officielle du Rocksteady, même si d'autres titres de ce genre ont été produit avant), "  GIRL I'VE GOT A DATE" et "BREAKING UP".   ELLIS touchait 20 à 25 livres par disque, soit de 5 à 10 livres de mieux que chez  DODD. Durant son processus de formation, le Rocksteady commençait à exprimer la spécificité et l'expérience collective jamaïcaine dans toute sa diversité. Si la protestation politique prenait, dans la musique, une place plus importante, d'autres thèmes en faisait aussi partie intégrante. Vers 1968, il parut manifeste que le Rocksteady allait être supplanté par un autre type d'invention rythmique, plus rapide : le Reggae, synthèse du Ska et du Rocksteady. Dans la fusion de ces deux genres musicaux, il est difficile de désigner le morceau qui soit le point de départ de cette nouvelle synthèse, mais il est certain que  TOOTS AND THE MAYTALS, avec " DO THE REGGAY", furent les premiers à utiliser le mot en enregistrement. L'origine de " REGGAE" se trouve, comme pour le " FUNKY" afro-américain, dans le langage populaire relatif au sexe. " REGGAE" résulte d'une évolution à partir du stock de ces mots dénués de sens précis que l'on emploie en parlant de sexe ou de surnom de filles. La musique a été étiquetée avec ce label, utilisé depuis pour qualifier tous les secteurs de l'expression musicale populaire jamaïcaine.

Pendant cette période, les deux marques de disques dominantes ont été   STUDIO ONE de   CLEMENT DODD et   BEVERLEY'S de   LESLIE  KONG.

Durant l'ère du Rocksteady, Rolando travaille avec d'autres producteur que Dodd. Alphonso faisait partie de Roland  and the Originals, groupe de Sonia Pottinger et son label Gayfeet , avec par exemple le titre ' 'Thats life'' qui est la version instrumentale du hit du même nom de Delano Stewart (Superbe !!!), ou des titres instrumentaux comme ''Abc Rock - Steady'' ''Sad Song'', " Easy rock’’ ‘’wild and free''. Toujours pour Sonia Pottinger, il réalise, en combinaison avec le vétéran organiste Aubrey Adams, la version instrumentale du ''Swing and Dine'' des Melodians, cette version est appelée ''Swinging Feast''.

Pour Duke Reid, en cette période Rocksteady, Rolando sort une magnifique version instrumentale appelée ''Never to be mine'' qui est sur le riddim du ' 'It's now or never'' d'Elvis Presley.

Au sein des Beverley's All- Stars, pour Leslie Kong, il sort des titres comme ''Nothing for nothing''. Pour mieux situer, sur la face A de ce titre figurait ''Rude boy is coming'' de Desmond Dekker.

Au début des années 70, Roland commence une collaboration avec Bunny ''Striker'' Lee avec par exemple le titre '' work it out'', puis il fait partie intégrante des musiciens de session de Bunny Lee. Plus tard, à partir de ces sessions sortira un album ''Brighter Shade of Roots''.

Au début des années 80, Rolando travaille avec Lloyd Barnes et son label ''Wackie'' qui est basé a New York.Un superbe album ''Roll On'', fruit de cette collaboration sortira sur Wackie. C'est à cette époque que Roland décide de vivre aux Etats-Unis.

Vers 1969, les  SOUL VENDORS se séparent et le groupe qui le remplace chez   DODD est  THE SOUND DIMENSION qui incluait :  JACKIE MITTOO / LEROY SIBBLE / VINCENT GORDON (Don Drummond JR) /  ROBERT LYNN / LEROY WALLACE / ERIC FRATER / LLOYD KNIBBS / PHIL  CALLENDER / TROMMIE /  CEDRIC  BROOKS / DAVID MADDEN.

69 est l'époque de la sortie du premier album de  LARRY MARSHALL, qui était  a l'origine le garde du corps de   DODD. Les premiers 45 tours de  BURNING SPEAR sortiront sur les labels de  DODD, à cette même époque, mais le groupe attendra 1974 pour voir son premier album ("PRESENTING BURNING SPEAR") sortir sur   STUDIO ONE. Le deuxième 30 cm de ce groupe légendaire sera aussi édité sur   STUDIO ONE peu de temps après avec   THE SOUND DIMENSION en "backing band" (album "ROCKING TIME").

DUKE REID ayant mis la version Deejay à la mode en Jamaïque avec   U.ROY, LIZZY...   CLEMENT DODD fit la même chose en sortant des singles de ses grands classiques toastés par ses Deejays tel que   DENNIS ALCAPONE / DILLINGER / LONE RANGER / PRINCE JAZZBOE /  MAD ROY (qui n'est autre que   LEROY "HORSEMOUTH"WALLACE)   Etc...

Dans les années 70, la version dub devient très prisée, mettant à l'honneur les différents ingénieurs du son.   ERROL THOMPSON pour   JOE GIBBS, ERROL BROWN pour   SONIA POTTINGER,  LEE ''Scratch'' ¨PERRY et l'inventeur du dub, le célèbre   KING TUBBY (OSBOURNE RUDDOCK).

DODD suivit le mouvement et sortit pas mal de 45 tours avec en face B la version dub du titre éditée en face A. Il fit paraître aussi des 33 tours, compilations de riddim classiques mixés en dub (explosif !). Les plus faciles à trouver sont " HI FASHION DUB/TOP TEN", "MELLOW DUB", "DUB STONE SPECIAL", "ROOTS DUB", "AFRICAN RUB A DUB" et "BETTER DUB" qui sont des dubs sans écho. Côté dubs avec échos vous pouvez trouver "SAMPLE DUB". Malheureusement, ces derniers sont repressés sans pochette (avis aux collectionneurs). D'autres albums de dub sont beaucoup plus rares comme " "ZODIAC SOUNDS", "BIONIC DUB" etc... En tout 12 albums dub seront édités sur   STUDIO ONE.

COXSONE : "Tout a commencé avec l'arrivée du magnétophone 2 pistes qui a permis d'enregistrer séparément la musique et les voix. Auparavant personne n'avait rien fait de tel en Jamaïque, car personne ne croyait que c'était techniquement possible. Après avoir écouté quelques-unes de ces versions instrumentales, j'ai réalisé tout leur potentiel. La première fois que j'ai joué une de ces versions dans un sound, j'ai récolté un franc succès. Les gens ont adoré... Petit à petit nous avons fait de nouvelles trouvailles : laisser de côté la guitare et faire jouer la batterie toute seule durant quelques mesures en rajoutant un peu d'écho... etc.  C'est à ce moment là que  KING TUBBY est intervenu. Il m'a prié de lui donner quelques exemplaires de mes versions instrumentales qu'il a trafiquées dans son coin en rajoutant des effets" (interview de  COXSONE, journal  VIBRATION, mars/avril 95).

Vers la moitié des années 70, un autre groupe officie chez   DODD, THE SOUL DEFENDERS, qui ont un style  différent  mais  canon ! Ils seront entre autre, le backing band de  FREDDIE Mc KAY sur l'album " PICTURE ON THE WALL". On retrouve   JAH PRIVY / VAL WHITTAKER / VIN MORGAN / FESTUS WALKER / BOBBY KALPHAT plus ROY RICHARDS / FREDDY Mc KAY / JOSEPH HILL qui montera le groupe CULTURE. (Ce dernier fera un carton entre 1977 et 1979 chez Joe Gibbs et Sonia Pottinger).

En 1979,  WILLIE WILLIAMS sort chez   DODD le célèbre album "ARMAGIDEON TIME", qui ressortira en CD sur le label   HEARTBEAT remixé par   DODD himself !

On trouve aussi le nom générique de Brentford Allstars comme groupe de Dodd durant cette même période. ''Brentford''  étant le nom de la rue ou  se trouvait Studio 1 et le ''Allstars'' permettant toutes les variations dans la composition du groupe.

En 1983, Herbie Miller, manager de Peter Tosh, a l'idée de reformer The Skatalites. Le groupe se produira en juin 1983 au Blue Monk Jazz Galery de Kingston à l'occasion de Reggae Sunsplash. Le label américain ROIR éditera 3 ans plus tard une cassette de plus de 90 minutes de ces fabuleux concerts (réédités depuis en CD, voir Jackie Mittoo, The Skatalites' Anthology Part 2 dans Skanews 35). Le groupe, composé de membres originaux comme Tommy McCook, Roland Alphonso, Lester Sterling, J. Moore, Jah Jerry; Lloyd Brevett et Lloyd Knibbs tournera aussi dans plusieurs pays dont la Grande Bretagne.

L.Brevette : "Le groupe a existé un peu moins de deux ans. En 1983, le groupe s'est reformé au bout de vingt ans à l'occasion du Sunsplash, puis nous nous sommes de nouveau éparpillés. A la fin des années 80, nous nous sommes retrouvés à New York et avons décidé de tout reprendre, et les gens nous adorent de nouveau. Beaucoup de New Yorkais disent que nous sommes les meilleurs. Dans notre style musical, j pense que c'est vrai. Nous sommes les initiateurs, d'autres groupes nous ont suivis, il en ressort une sensation d'unité et c'est bien."

(interview 1992, émission radio Skanews)

 

Un an plus tard, The Skatalites sortent chez Island un superbe album studio intitulé "Return Of The Big Guns".

A partir de 1989, The Skatalites donnent de nombreux concerts à travers le monde avec ou sans Roland Alphonso ou Tommy Mc Cook, selon leur état de santé.

Skanews : "Roland Alphonso, on dit que vous avez failli mourir ?"

R. Alphonso : "C'est vrai, j'ai été très malade il y a quelques années et tout le monde croyait que j'allais mourir. Le seigneur m'est apparu, il m'a dit que mon heure n'était pas encore venue et m'a donné le nom de Cheap Musician, c'est maintenant le nom que je me donne. Je ne peux oublier cet événement et je remercie le seigneur pour tout ce qu'il a fait pour moi. J'ai maintenant 65 ans, mais j'ai repris des forces car il dit que je devais continuer à répandre ma musique sur cette planète et il m'a donné ce don à cet effet. (Roland est à demi paralysé, après avoir été opéré du coeur. Il parvient pourtant à rester debout pendant deux heures en jouant du sax, ce qui peut paraître incroyable. NDLR).

(Interview 1992, émission radio Skanews)

 

En 1992, le  groupe, qui ne comprend que quelques membres originaux dont Roland Alphonso, enregistre au Minot Sound de New York un nouvel album sous la direction et la production de Tommy McCook ("Skavoovie" (Shanachie / Dojo).  11 des titres sont composés par McCook, dont "The Don Part 1" et "The Don Part 2", hommages au grand Don Drummond. L'album est édité en 1993 et une tournée passant par la France et de nombreux autres pays (U.S.A etc...) rencontre un gros succès.

Skanews : "Etes-vous entrés en studio depuis votre reformation ?"

L. Brevette : "Nous venons d'en sortir (courant août). Nous avons un album entier de prêt ("Skavoovie") et nous attendons qu'un bon label nous fasse des propositions intéressantes pour que le public puisse l'apprécier. Nous avons crée quatorze nouveaux morceaux, les avons enregistrés à New York et ils sont très bons. je pense que c'est ce que nous avons fait de mieux..."

(Interview 1992, émission radio Skanews)

 

Le 20 octobre 1994, The Skatalites (toujours avec Roland Alphonso) éditent un nouveau C.D. intitulé "Hi-Bop-Ska, The 30th Anniversary Recording" (Shanachie / Dojo) produit par Tommy McCook et Joe Ferry. Un disque fabuleux avec des invités exceptionnels : Toots & The Maytals, Prince Buster, Monty Alexander, Lester Bowie, Steve Turre, David Murray et des morceaux explosifs comme "Guns Of Navarone", "Man In The Street" ou encore "You're Wondering Now".

En 1996, Joe Ferry et Tommy McCook produisent à nouveau un nouvel album du groupe : "Skamania". Là encore le succès est au rendez-vous et les tournées font salles combles.

C'est à partir de cette période que Tommy McCook commence être sérieusement malade. On ne le voit que très rarement sur scène. Il ne participera pas, par exemple à la superbe tournée "Skasplash" qui comprenait The Skatalites, Laurel Aitken et House Of Rhythm. Par contre, Roland Alphonso est bien présent lors de la tournée Skasplash 96 (voir la chronique du double CD live "Skatalites & Friends" éditée en mars 99 dans le spécial Moon Ska Europe de ce même numéro).

Mis à part sa contribution avec The Skatalites dans les années 80 et 90, Roland Alphonso enregistrera aussi avec de très nombreux groupes de Ska revival dont Bim Skala Bim. Roland Alphonso a toujours été très touché de voir des "jeunes" jouer sa musique et l'intégrer à du Rock ou à des tendances plus actuelles. Roland enregistrera aussi quelques plages pour Coxsone Dodd aux Etats Unis.

Mister Alphonso jouera avec The Skatalites jusqu'au 02 novembre 1998, date où il entrera dans le coma. Il entamera un long voyage afin de rejoindre Jackie, Don, Tommy, Bob etc... le 20 novembre 1998. Roland avait été décoré en 1977 de l'Ordre de Distinction par le gouvernement jamaïcain pour son Oeuvre musical. Roland laissa derrière lui sa soeur Michelle, sa femme Hermine, ses enfants (Dennis, Rolando Jr, Pauline, Barrington et Noel), 33 petits enfants, 3 arrières petits-enfants, et des milliers de fans très très tristes d'avoir perdu un homme si précieux et si talentueux. 

De son côté,  CLEMENT DODD a quitté la Jamaïque depuis de nombreuses années pour s'établir aux U.S.A.  Il represse les 33 tours et 45 tours de ses meilleures années et  réédite de nombreux disques en format CD. Il continue aussi à produire quelques artistes.

Son fils est directeur de la société  BASEMENT INC. Il exporte de Jamaïque les repressages de vieux disques.

COXSONE :  "Durant les années 70, nous n'arrivions plus à générer suffisamment de devises. C'était un gros problème, car sans devises, il était impossible d'importer les fournitures nécessaires à la fabrication de disques. Et puis le pays était secoué par les troubles et les violences politiques. La situation est devenue trop dangereuse. Je suis donc venu m'installer ici, à   BROOKLIN, où je possédais déjà ce magasin, géré par ma belle-soeur. Et puis   NEW YORK avait l'avantage d'être mieux situé pour assurer la promotion et la distribution de mes disques hors de Jamaïque. Aujourd'hui, je continue à enregistrer de nouveaux artistes et à créer de nouveaux riddims. J'utilise des computers que je mélange avec des sonorités acoustiques. J'essaie également de satisfaire mes fans du monde entier en nettoyant et rééditant certaines de mes vieilles bandes. Non seulement le catalogue   STUDIO ONE, mais aussi celui de   TREASURE ISLE, le label de   DUKE REID, ainsi que quelques autres vieux stocks en ma possession. Les premiers trucs de   LEE PERRY par exemple..../...   TROJAN RECORDS a édité beaucoup de disques de mon catalogue sans mon autorisation. Je leur ai maintes fois demandé de cesser, mais ils ont toujours fait la sourde oreille. En plus de 20 ans, je n'ai jamais reçu d'argent. Tout récemment, ils m'ont envoyé pour la première fois un chèque de 3000 dollars que j'ai refusé et, avec l'aide d'un avocat, je suis en train d'engager une action judiciaire contre eux.../... Quant à   HEARTBEAT, ils ont fait un très gros travail d'édition, en particulier pour les livrets, un travail que je n'aurais sans doute jamais fait moi-même."

(interview de  COXSONE, journal  VIBRATION, mars/avril 95).

 

A titre indicatif, il faut savoir que Coxsone depuis ses début dans la production a sortis ses disques sur des dizaines de labels différents, dont voici le nom de quelques uns : D DARLING (hommage à la mère de Dodd)/ WORLDISC / DOWNBEAT Records / ND Records (au moins deux séries différentes)/ C and N Records / MUSIK CITY / MUSIK CITY Records / TABERNACLE Records (réservé à la musique religieuse, en fait ce label est l'équivalent du label Testimony de Joe Gibbs) / SUPREME / SUPREME Records / ALLSTARS / ROLANDO and POWIE Records / Wincox Records / COXSONE Records / COXSON / BUDGET / SUPER NATURAL DISC / IRON SIDE / MONEY DISC / BONGO MAN (au moins deux séries différentes) / ICI DISC / BIG HOUSE / SUPER SIX / PORT'O  JAM / FAZE FOUR / STUDIO 1 (1ere série) / STUDIO 1 (Microphone) / STUDIO 1 (Rosette) / STUDIO 1 (sous forme d'un grand ''1'' ce label est un label de Dodd depuis les Etats-Unis tout comme MUSIC LAB / Etc...

COXSONE DODD est un producteur incontournable pour tout fan sérieux de musique jamaïcaine, souhaitons qu'ils nous fasse encore longtemps vibrer avec ses rééditions ! Vous pouvez trouver de très nombreux compacts dans les bacs des  FNAC et disquaires spécialisés soit en import, soit en distribution française.(Heartbeat / Studio 1). Renseignez-vous auprès de votre disquaire.

Quant aux vinyls originaux, il faut tenter les conventions du disque et les magasins spécialisés en Grande Bretagne /  Etats-Unis Etc......! Bonne recherche !

Big respect au travail de Coxsone et de Roland Alphonso ! Sans eux la musique jamaïcaine ne serait sans doute pas ce qu'elle est aujourd'hui ! Une pensée particulière pour Rolando, grand maître du Ska, du Rocksteady et du Reggae. Rest In Peace

 

Anthologie Skanews Février / Mars 99

 

REMERCIEMENTS :

SEBASTIAN CLARKE, VIBRATION, ROGER DALKE, Stephen Davis, Lord Magic Nutcase, Musical Injection, P. Pochet.

 

A LIRE :

- SEBASTIAN CLARKE  "LES RACINES DU REGGAE " (EDITIONS CARIBEENNES),

- STEPHEN DAVIS  "BOB MARLEY" (EDITIONS LIEU COMMUN).

A VOIR : Studio One Story DVD documentaire de 4 heures + CD audio + livret 100 pages édité fin 2002 par Soul Jazz Records, distribution française Discograph. Le must pour les fans de Studio One !!! Vous pouvez lire la chronique dans notre rubrique "Chroniques" !!!

 

En 1994, l'équipe de Musical Injection, Katia et Toks, interviewaient The Skatalites pour leur émission de radio "Reggae 69". Cette interview a été retranscrite à l'époque dans le fanzine The Nutcase, en voici quelques extraits :

Katia : "Les Skatalites ont-ils tournés en Europe dans les années 60 ?"

R. Alphonso : "Non ! Les Skatalites ne sont pas venus durant les sixties. Mais les membres des Skatalites, oui ! Nous avons fait une tournée en Angleterre en nous appelant les Soul Vendors, c'était en 1965 / 66 (NDLR : Roland Alphonso soutient 62 / 63, mais cela m'étonnerait fort !!). Nous avons été le premier groupe venant de Jamaïque pour aller jouer au Royaume-Uni".

Toks : "Il s'agissait plus de Rocksteady !"

R. Alphonso : "De Rocksteady et de Ska, et aussi de Reggae, avec nous il y avait Alton Ellis et Ken Boothe. D'ailleurs le Reggae, c'est en studio que nous l'avons inventé ! C'est notre trompettiste Johnny Moore qui a lancé le Reggae en écrivant "Rockford Rock".

Toks : "Comment avez-vous décidé de former un groupe ?"

R. Alphonso : "A la fin des années 50, nous étions tous des musiciens de studio. Ainsi on se voyait régulièrement, et c'est Lloyd Knibbs (batterie) qui lança l'idée avec Tommy McCook de se réunir désormais en tant que groupe. J. Moore proposa un nom à ce groupe : les Satellites (c'était l'époque des premiers engins spatiaux), et Tommy renchérit en proposant Skatelites, qui devint tranquillement Skatalites."

Toks : "A ce moment quelle fut votre progression ?"

R. Alphonso : "Pendant un an ou deux, les Skatalites ont fait danser toute la Jamaïque, tout le monde dansait cette nouvelle danse : le Ska ! Puis les Skatalites se sont séparés en 1963. Certains ont formés les Soul Brothers qui se séparèrent pour des problèmes de management, puis avec Lloyd Brevette on a formés les Soul Vendors, avec quasiment les mêmes musiciens que dans les Skatalites. Et après quelques mois, cela c'est de nouveau arrêté pour presque une vingtaine d'années ! Pour être de nouveau là aujourd'hui."

Toks : "Vos relations avec les producteurs étaient-elles bonnes ?"

R. Alphonso : "Dans l'ensemble oui ! Nous avons toujours gardés des contacts avec Coxsone par exemple. D'ailleurs Tommy, Doreen et moi faisons encore aujourd'hui des sessions pour lui, à New York où il habite !". (NDLR : Coxsone a produit dans son studio de Brooklin plusieurs singles de Roland Alphonso et Tommy McCook, tel "Tenor In The Garden" en face B d'un single de Jennifer Lara, le style étant actuel, c'est à dire Reggae Digital !).

Katia : "Quelle était l'inspiration des Skatalites ?"

R. Alphonso : "C'était une inspiration qui nous venait naturellement ! Vous savez lorsque moi et Lloyd Brevette on est allé à Londres en 1966 pour présenter la musique jamaïcaine (NDLR : Voilà la mémoire qui revient à mister Alphonso ! C'était donc en 1966 la tournée anglaise et en 63 comme il l'affirmait au départ... soyons précis mais surtout soyons respectueux de ce grand monsieur !)... Eh bien la musique, le Ska et le Rocksteady, que nous avions créée et que nous présentions à l'époque devint de suite populaire. Et vingt ans après, elle est connue, reconnue et appréciée dans le monde entier ! Il nous faut simplement remercier ce dieu qui est là-haut dans le ciel de tout cela ! Et aujourd'hui rien n'arrêtera cela... Le Ska est là dans le monde entier, peu importe les langues, c'est désormais une chose internationale !!

Toks : "Justement, au Japon par exemple, des groupes comme les Ska Flames ou les Tokyo Ska "copient" votre son ! Qu'en pensez-vous ?"

R. Alphonso : "J'ai parlé avec les musiciens des Ska Flames et ils m'ont dit que chacun d'entre eux avaient pris nos disques et avaient appris à jouer le Ska en écoutant sans cesse notre musique ! C'est pourquoi ils sont si proche de notre son ! Les Ska Flames sont dans le monde entier ce qu'il y a de plus ressemblant. Ils ont saisis l'essence des Skatalites."

Toks : "Et aux U.S.A. !"

R. Alphonso : "Aux U.S.A., un journal de musique a déclaré qu'il y avait sur tout le territoire américain 575 groupes blancs qui jouaient la musique des Skatalites... Tout est dit !"

Toks : "C'est une blague ?"

Doreen : "Cela veut simplement dire que le Ska est reconnu et que c'est également la reconnaissance des Skatalites en tant que pères et créateurs du Ska !"

R. Alphonso : "Ils ne jouent pas comme nous, mais tous ces groupes qui font du Ska nous apportent la plus belle des victoires et la plus belle des reconnaissances ! Encore une fois nous remercions le dieu tout puissant pour cela !"

Un grand merci à Lord "Magic" Nutcase, Katia et Toks de Musical Injection.

 

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