8°6 CREW
Interview du 12 janvier 2001

Après un premier album intitulé « Bad Bad Reggae » distribué par Tripsichord, le 8°6 Crew vient d'enregistrer de nouveaux titres (très Reggae) en studio. Une nouvelle galette va donc sortir bientôt, l'occasion pour Skanews d'interviewer cette bonne formation.

8°6 CREW (par Charly (chant/guitare)

SKANEWS : Historique du groupe, rencontre des musiciens etc.

CHARLY : Le 8°6 s'est formé en 1995. Deux potes guitare/chant & batterie rencontrent deux gars. Un bassiste & un guitariste ; on a décidé  de faire quelques répètes. Les compos du début étaient 50% Ska, 50 % street punk. Pour les premiers concerts on était 4, ensuite 5 puis 6, on a eu un plan pour enregistrer et d'autres amis nous ont rejoins, clavier, percus et arrivée d'un nouveau batteur. Au fur et à mesure des concerts et des répètes on a définitivement arrêté la Oï! pour nous consacrer au Ska et au Reggae. Après une centaine de concerts en Italie, Allemagne, Suisse. et des changements de musiciens, le 8°6 2000 est toujours composé de 10 musiciens.

SKANEWS :  Influences musicales

CHARLY :  Nos influences sont la musique jamaïcaine en général (du Ska au rabadub), du skinhead reggae au nutty sound (pour notre nouveau clavier Iky)

SKANEWS :  Vous avez édité il y a quelques temps un premier album. Pouvez-vous nous le présenter (production, studio etc.)

CHARLY :  Notre 1er LP a été enregistré en Allemagne pendant 15 jours sur Mad Butcher en collaboration avec Jérôme Arbez.

SKANEWS :  Comment jugez-vous cette première réalisation avec quelques années de recul ?

CHARLY :  Après l'excitation générale et légitime du premier album nous avons plutôt un bilan négatif, même si nous n'avions pas été produit, nous n'aurions sûrement pas pu sortir notre album seul et toucher un aussi grand nombre de personnes. Mais tout à été fait n'importe comment : pas de promo à la sortie - aucune facture justifiant tous les frais (imprimerie, pressage, nombre de disques.) - des contrats signés sans notre accord - du marchandising sans nous demander notre avis, ni accord, ni royalties - une pochette dégueulasse - un studio numérique avec de gros problèmes de mix car les prises de son n'avaient pas été faites dans un esprit reggae. Enfin, assez d'embrouilles pour ne plus jamais travailler avec Mad Butcher & Jérôme Arbez.

SKANEWS : Parlez-moi des textes de cet album. Quels sont les messages que vous voulez faire passer au public ?

CHARLY : Nous voulons faire passer un message assez direct. Montrer comme nous sommes. Ce n'est pas fait ceci ou cela, mais plutôt regarde ça, qu'est-ce que tu en penses ? moi ça me fait chier ou alors moi j'aime. Si j'avais un message, ça serait soyez honnête les uns avec les autres (je parle de conscience pas de délit), plus qu'un message, c'est notre vie, nos quartiers, nos angoisses et la chance d'avoir des amis fidèles que nous tenons à exprimer.

SKANEWS : Le chômage, le racisme et les problèmes sociaux en général sont des thèmes importants pour vous ?

CHARLY : Le chômage, j'y suis plus, mais ça concerne tellement de monde, c'est dur d'être mis à l'écart, de se sentir coupable. Le racisme bien sur, mais j'ai plus envie de dire je t'emmerde à un raciste que lui dire c'est pas beau ce que tu penses. La justice et l'injustice, la mauvaise foi et l'arrogance de la police, le mépris qu'on les riches pour les classes défavorisées. Nous ne sommes pas dans l'esprit spirituel du reggae plutôt l'esprit rought du Ska ou des dancehall.

SKANEWS : Le fait qu'il y ai des skins dans votre groupe est-il un problème pour certains organisateurs de concerts ou pour le public ? Vous posent-ils souvent des questions sur le mouvement skin et ses tendances ?

CHARLY : Non franchement, même si certains cherchent la petite bête, même après avoir lu les paroles qui sont dans la « scène », mais ils ne connaissent rien aux mouvements des jeunes, c'est de la jalousie. Le public novice dans le Ska hallucine parfois sur les skins que l'on voit dans nos concerts, mais quand tout le monde danse et s'amuse, tout le monde se fout d'une boule à zéro. S'ils ont des doutes, nous sommes toujours près à prouver notre bonne foi et à expliquer à quelqu'un qui se pose des questions comme s'est déjà arrivé. Mais si tout le monde s'en fout, nous n'allons pas crier que nous sommes skin antifasciste première génération esprit 69 car ce n'est qu'une partie du groupe et c'est personnel.

SKANEWS : Que pensez-vous du mouvement skin aujourd'hui ? A-t-il évolué et retrouvé ses racines non racistes ou est-il devenu obsolète à cause des bandes racistes qui existent toujours ?

CHARLY : Je pense que ce n'est pas obsolète même s'il y a des courants musicaux et des styles différents, les skins ont toujours leur place (et maintenant à travers le monde), il y a toujours eu une minorité de faf et il y en aura toujours. Ils ont fait l'actu des faits divers, mais ils n'ont jamais rivalisé avec les grands rassemblements skin apolitique. De plus en plus de jeunes se retrouvent dans le move, car à Paris (en tout cas) c'est plus comme en 80, même si les skins n'étaient pas faf, ils étaient dangereux.
Maintenant à part quelques blaireaux qui se croient obligés de foutre la merde, c'est un move accessible à tous ceux qui aiment la vérité, l'amitié et le reggae. Et la Oï! Il y a des gens très positifs qui y croient et la fait vivre depuis longtemps (les origines). Heureusement qu'ils évoluent, on ne vit plus comme il y a 30 ans.

SKANEWS :  Quelles sont les principales difficultés pour un groupe indépendant et auto produit comme le votre aujourd'hui ? Vivez-vous de votre musique ?

CHARLY :  C'est l'organisation à notre niveau, car nous n'avons ni manager, ni asso, c'est un gars du groupe qui s'en occupe, c'est déjà beaucoup mais pas assez. C'est notre problème, mais il y a des groupes auto-produit qui se débrouillent très bien, car ils font un gros travail de fond comme l'on fait les K2R ou Orange Street. Si on est motivé il y a moyen de faire des choses, maintenant nous ne vivons pas du groupe.

SKANEWS :  Etes-vous intermittents ?

CHARLY :  Certains le sont, mais c'est tout neuf et ce n'est pas par le 8°6.

SKANEWS :  Que pensez-vous de la scène Ska aujourd'hui ?

CHARLY :  La scène Ska est au top actuellement, avant c'était plus un public avertis ou des nostalgiques des 80'. Quand on parlait du Ska c'était Madness ou Specials, maintenant beaucoup connaissent les Skatalites ou découvre le Ska jamaïcain sans passer par le Two Tone. Les groupes sont plus roots, ils ont une vraie identité moins caricature.

SKANEWS :  Allez-vous sortir un nouvel album en 2001 ?

CHARLY :  Peut-être, on compose pour ça en tout cas. On fait un break au niveau des concerts pour enregistrer 4 titres et mixer 2 dub que nous allons sortir en attendant l'album.

SKANEWS :  Que pensez-vous du MP3 et de Napster ?

CHARLY :  Pour ma part je suis encore à l'époque du tourne-disque.

Site du groupe : www.multimania.com/le86crew

Interview de Charly (chant / guitare) réalisée par JP Boutellier / Skanews.

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