8°6 CREW
Interview d'avril 2001

Après un premier album intitulé " Bad Bad Reggae " distrIbué par Tripsichord, le 8°6 Crew a enregistré ces derniers mois de nouveaux titres (très Reggae) en studio. La nouvelle galette de la formation " Menil'Express " plus la réédition remastérisée de " Bad Bad Reggae " seront disponibles dans les bacs quand vous lires ces lignes… l'occasion pour Skanews d'interviewer cette bonne formation.

Charly : " Le 8°6 s'est formé en 1995. Deux potes guitare/chant & batterie rencontrent deux gars. Un bassiste & un guitariste. on a décidé de faire quelques répètes. Les compos du début étaient 50% Ska, 50 % street punk. Pour les premiers concerts on était 4, ensuite 5 puis 6, on a eu un plan pour enregistrer et d'autres amis nous ont rejoins, clavier, percus et arrivée d'un nouveau batteur. Au fur et à mesure des concerts et des répètes on a définitivement arrêté la Oi! pour nous consacrer au Ska et au Reggae. Après une centaine de concerts en Italie, Allemagne, Suisse… et des changements de musiciens, le 8°6 2001 est toujours composé de 10 musiciens. "

Skanews : " Quelles sont vos influences musicales ? "

Charly : " Nos influences sont la musique jamaïcaine en général (du Ska au Rub a Dub), du skinhead Reggae à la Nutty Sound (pour notre nouveau clavier Iky)

Skanews : " Vous avez édité il y a quelques temps un premier album. Pouvez-vous nous le présenter "

Charly : " Notre 1er album " Bad Bad Reggae " a été enregistré en Allemagne pendant 15 jours sur Mad Butcher Records en collaboration avec Jérôme Arbez.
Après l'excitation générale et légitime du premier album nous avons plutôt un bilan négatif. Si nous n'avions pas été produit, nous n'aurions sûrement pas pu sortir notre album seuls et toucher un aussi grand nombre de personnes. Mais tout à été fait n'importe comment : pasde promo à la sortie - aucune facture justifiant tous les frais (imprimerie, pressage, nombre de disques…) - des contrats signés sans notre accord - du marchandising sans nous demander notre avis, ni accord, ni royalties - une pochette dégueulasse - un studio numérique avec de gros problèmes de mixages car les prises de son n'avaient pas été faites dans un esprit Reggae. Enfin, assez d'embrouilles pour ne plus jamais travailler avec Mad Butcher &
Jérôme Arbez. "

Skanews : " Parlez-moi des textes de cet album. Quels sont les messages que vous voulez faire passer au public ? "

Charly : " Nous voulons faire passer un message assez direct. Nous montrer tels que nous sommes. Ce n'est pas " fait ceci ou cela ", mais plutôt " regarde ça, qu'est-ce que tu en penses ? ", " moi ça me fait chier ou alors moi j'aime. " Si j'avais un message, ça serait " soyez honnête les uns avec les autres " (je parle de conscience pas de délit), plus qu'un message, c'est notre vie, nos quartiers, nos angoisses et la chance d'avoir des amis fidèles que nous tenons à exprimer. "

Skanews : " Le chômage, le racisme et les problèmes sociaux en général sont des thèmes importants pour vous ? "

Charly : " Le chômage, j'y suis plus, mais ça concerne tellement de monde. C'est dur d'être mis à l'écart, de se sentir coupable. Le racisme bien sûr, mais j'ai plus envie de dire " je t'emmerde " à un raciste que lui dire " c'est pas beau ce que tu penses ". La justice et l'injustice, la mauvaise foi et l'arrogance de la police, le mépris qu'ont les riches pour les classes défavorisées… Nous ne sommes pas dans l'esprit spirituel du Reggae, plutôt l'esprit " rough " du Ska ou des dancehall. "

Skanews : " Vous allez bientôt rééditer votre premier album épuisé depuis des lustres et en même temps sortir votre nouveau disque " Menil'Express "

Charly : " Oui chez Big 8 Records, distribué par Tripsichord. On a fait un break au niveau des concerts pour enregistrer 4 titres et mixer 2 dub que nous allons mettre sur notre nouveau disque. "

Skanews : " Le fait qu'il y ai des skins dans votre groupe est-il un problème pour certains organisateurs de concerts ou pour le public ? Vous posent-ils souvent des questions sur le mouvement skin et ses tendances ? "

Charly : " Non franchement. Même si certains cherchent la petite bête, même après avoir lu les paroles qui sont dans la " scène ", mais ils ne connaissent rien aux mouvements des jeunes, c'est de la jalousie. Le public novice dans le Ska hallucine parfois sur les skins que l'on voit dans nos concerts, mais quand tout le monde danse et s'amuse, tout le monde se fout d'une boule à zéro. S'ils ont des doutes, nous sommes toujours prêts à prouver notre bonne foi et à expliquer à quelqu'un qui se pose des questions comme s'est déjà arrivé. Mais si tout le monde s'en fout, nous n'allons pas crier que nous sommes skin antifasciste première génération esprit 69… car ce n'est qu'une partie du groupe (qui est skin) "

Skanews : " Que Pensez-vous du mouvement skin aujourd'hui ? A-t-il évolué et retrouvé ses racines non racistes ou est-il devenu obsolète à cause des bandes racistes qui existent toujours ? "

Charly : " Je pense que ce n'est pas obsolète même s'il y a des courants musicaux et des styles différents, les skins ont toujours leur place (et maintenant à travers le monde). Il y a toujours eu une minorité de fascistes et il y en aura toujours.
Ils ont fait l'actualité des faits divers, mais ils n'ont jamais rivalisé avec les grands rassemblements skin apolitique. De plus en plus de jeunes se retrouvent dans le move, car à Paris (en tout cas) c'est plus comme en 80, même si les skins n'étaient pas fafs, ils étaient dangereux. Maintenant à part quelques blaireaux qui se croient obligés de foutre la merde, c'est un move accessible à tous ceux qui aiment la vérité, l'amitié et le Reggae. "

Skanews : " Quelles sont les principales difficultés pour un groupe indépendant et auto produit comme le votre aujourd'hui ? Vivez-vous de votre musique ? "

Charly : " C'est l'organisation à notre niveau, car nous n'avons ni manager, ni asso, c'est un gars du groupe qui s'en occupe, c'est déjà beaucoup mais pas assez. C'est notre problème, mais il y a des groupes autoproduits qui se débrouillent très bien, car ils font un gros travail de fond comme l'ont fait les K2R ou Orange Street. Si on est motivé, il y a moyen de faire des choses, maintenant nous ne vivons pas du groupe. "

Interview réalisée par JP Boutellier / Skanews.

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