THE
ADJUSTERS
Interview
réalisée à Bordeaux en janvier 2000
Les Adjusters, pour ceux qui ne les connaissent pas encore font partie de ce genre de groupes qui amènent un petit coup de frais salutaire dans le tourbillon Ska qui semble avoir submergé la moitié Nord du globe. Non qu'il faille s'en plaindre, mais ce groupe de Chicago ajoute une touche Soul, R & B à son sixties Ska qui pourra certes déconcerter le profond adepte du Rock & trompette… mais qui nous renvoie à quelques chose de plus sensuel. Ecoutez leurs cousins des Inciters, Robustos et autres Deals Gone Bad, eux aussi dans cette tradition très U.S. sixties.
The Adjusters, c'est Clancy Eccles comme influence, la rage au ventre des Redskins (le groupe U.K.) avec la sincérité des Commitments (le film). En preuve, cette interview réalisée un jour de janvier 2000 lors d'un concert où les Adjusters ont surpris agréablement un public, qui, excepté une dizaine de quidams était venu voir les Caméléons et leur " Arriba la banana " stylee…

Emile Skatopek : " C'est votre premier passage en France et en Europe où vous êtes encore méconnus. Pouvez-vous nous résumer l'histoire des Adjusters ? "
The Adjusters : " Nous venons de Chicago, où nous étions étudiants. Nous avons commencé il y a environ 4 ans, et nous avons toujours essayé de jouer du Ska et de la Soul Music. Nous avons réalisé un premier 45 tours sur Jump Up Records, puis nous sommes apparus sur un volume de compilation American Ska-Thik…
Emile Skatopek : " Vous avez par la suite réalisé un premier album sur ce label (l'excellent Politic Of Style). "
Adjusters : " Exact. A l'origine cela devait être un split C.D. avec un groupe de l'Illinois appelé The Species (NDLR : c'est du moins ce que l'on a compris). Mais ceux-ci ont laissé tombé. Ils ne pouvaient le finir, alors nous avons décidé de faire un album en entier. "
E. Skatopek : " A L'origine, qu'est ce qui vous a donné l'idée de faire de la musique ensemble, de faire un certain style et de défendre certaines idées ? "
Adjusters : " Nous avons toujours voulu intégrer du Ska et de la Soul dans notre musique, le tout associé avec un message politique. Une importante partie de la genèse du groupe était la diffusion de ce message à travers ces deux musiques (Ska et Soul). A l'origine, nous étions un groupe de lycéens impliqués dans les démocrates Socialist Of America (sorte de P.S américain mais beaucoup marqué à gauche et beaucoup plus petit). "
E. Skatopek : " Chicago possède une tradition très ancienne autant en matière de Soul Music qu'en matière de lutte sociale, non ? "
Adjusters : C'est vrai pour la Soul autant que pour le Blues. Le Blues est très important à Chicago. Le Blues et la Soul ont toujours un contenu très politique et ce, traditionnellement. Etre à Chicago est intéressant pour ces traditions de Blues, de Soul et de luttes socialistes. Mais la majorité d'entre nous ne vient pas de Chicago. Elle vient d'ailleurs, comme de Californie ou du Maine et en fait, d'un peu partout dans le pays. "
E. Skatopek : " Vous soutenez ouvertement les D.S.A. Pouvez-vous me donner de plus amples informations ? "
Adjusters : " c'est une organisation sociale-démocrate basée à New York, et nous sommes impliqués dans sa section jeunes à Chicago. Un de nos membres est maintenant organisateur à plein temps des jeunesses du parti à New York, qui fait partie de l'internationale des jeunes socialistes. Ce n'est pas un très grande organisation car le socialisme est assez mal vu aux U.S.A., mais nous faisons ce que nous pouvons. Nous avons aussi réalisé des concerts de soutien pour les sections du R.A.S.H. (Red & And Anarchists Skinheads). Daraka t'en parlerai mieux que moi, mais ce qui est sûr c'est qu'il est très dur d'être socialiste aux U.S.A.. Si là bas, tu dis " Combattons le capitalisme ", au mieux on te rira au nez, croyant à une blague. On nous prend d'ailleurs pour des communistes. Les gens d'Europe sont plus militants et plus à gauche, mais aux U.S.A, tu ne peux être aussi radical si tu veux toucher les gens. Nous sommes des libéraux, mais aux U.S.A., nous sommes considérés comme des radicaux car nous utilisons les mots " syndicalisme ", " droit des travailleurs ". En fait, ici en Europe, on passerait plutôt pour les centristes (rires). "
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E. Skatopek : " Pour en revenir à la musique, quels musiciens vous ont influencés ? "
Adjusters : " La liste est longue… Stax, Booker T. & The Mg's, Otis Redding, Wilson Pickett (dont nous faisons une reprise). Nous adorons le Northern Soul. Certains d'entre nous sont plus branches par les productions R & B Atlantic mais aussi James Brown, les Skatalites, tout l'Early Reggae, même le Reggae plus récent, Bob Marley & The Wailers, Peter Tosh, Clancy Eccles… "
E. Skatopek : " Dans vos textes, il y a des références très précises sur la récente histoire sociale de la Jamaïque. Un thème que l'on retrouve rarement chez les autres groupes actuels… "
Adjusters : " C'est vrai, Daraka est à moitié jamaïcian, et son père a été impliqué dans beaucoup d'actions politiques en Jamaïque. Il soutenait le P.N.P. (People National Party), parti national du peuple. "
(Parti socialiste radical jamaïcain mené par Michael Manley, qui tentera, après sa prise de pouvoir en 1972 de mener à bien des réformes sur le droit à la santé et l'éducation. Par peur d'une deuxième révolution cubaine, les U.S.A. par l'intermédiaire de la C.I.A. et avec l'aide du Fond Monétaire International soutiendront l'adversaire ultra libéral de Manley, Edward Seaga, en étouffant financièrement le gouvernement réformiste et en introduisant en masse les armes de guerre. Le P.N.P était soutenu par de nombreux artistes jamaïcains tels : Max Romeo, Peter Tosh (qui paiera de sa vie cet engagement) ou encore Clancy Eccles. NDLR)
Adjusters : " Il est vrai que nous lisons beaucoup à ce sujet. Le Reggae a toujours été utilisé comme missile de campagne chez les Rude Boys. Nous avons pour cette raison un morceau sur Clancy Eccles.
E. Skatopek : " Il y a d'ailleurs dans votre premier C.D. un encart relatif à une juste redistribution des bénéfices créés par le Ska joué par les blancs de la classe moyenne en direction des jamaïcains défavorisés. C'est la moindre des choses. Mais, dans les faits, est-ce qu'il y a des actions dans ce sens ou est-ce un idéal ? "
Adjusters : " C'est hélas une vision idéaliste, car nos disques ne génèrent aucuns profits. Mais c'est comme une promesse. Je crois qu'une partie a été redistribuée par l'intermédiaire de Daraka. Il n'est de toute façon pas normal que la culture jamaïcaine soit exploitée sans que les jamaïcains reçoivent une compensation pour cela. "
E. Skatopek : " Vos relations avec Moon Ska… "
Adjusters : " Elles sont bonnes. Ce sont des indépendants. Nous n'avons aucuns problèmes, y compris avec notre message politique. "
E. Skatopek : " Vous faites souvent référence au Modern Action Club. Qu'est-ce que c'est ? "
Adjusters : " A la base, c'est une organisation politique. Plus précisément, nous cherchons à ce que les gens fassent des " actions modernes " dans la contre culture, dans la liberté de parole, des campagnes d'infos, ou même créer des albums à colorier, sans prendre les choses trop au sérieux. On a fait un livre à colorier contre le film Space Jam pour dénoncer le travail des enfants chez Nike. Le but était d'informer les enfants. Ce livre a été vendu devant des théâtres, des cinémas où était diffusé le film. Le but de M.A.C. est de réintégrer des idées politiques par le biais de la musique mais aussi la culture jeune en général. "
E. Skatopek : " Vous sentez-vous intégrés sur la scène musicale de Chicago ? "
Adjusters : " Nous l'étions, mais nous n'y avons pas joué depuis longtemps, alors actuellement… Nous avons joué avec Deal's Gone Bad. Ils ont des vues différentes, mais leur musique est bonne. L'un de nos groupes favoris là-bas s'appelle Teenage Frames. Ils font du Mod Rock. "

E. Skatopek : " Votre deuxième album est produit par Victor Rice. Anecdotes ? "
Adjusters : " Très bonne expérience. Il a produit aussi notre troisième disque à sortir sous peu. Nous adorons son travail. Il est venu à Chicago pour l'occasion. C'est un grand monsieur. Excellent bassiste, excellent ingénieur du son pour les Dub. "
E. Skatopek : " Une rumeur de séparation des Adjusters a circulé juste après la sortie de votre deuxième album… "
Adjusters : " Il est vrai que nous n'avions pas joué pendant un long moment. De plus, Matt est partie vivre en Californie entre autres. En fait, nous avons fait une longue pose. "
E. Skatopek : " Parlez-moi de votre troisième album. "
Adjusters : " Il y aura des morceaux anciens remixés avec les nouvelles technologies, quelques éléments Dance et Hip Hop. Mais pour le moment, il n'est pas encore tout à fait terminé. Il va sortir sur Moon Ska, même si ce label a quelques difficultés financières actuellement et qu'à cause de ça, notre budget pour ce disque a été un peu réduit. Le label a d'ailleurs réduit son personnel et fermé ses magasins. Dans ce disque, il y aura beaucoup de Reggae, un peu de Funk, plus des éléments Hip Hop. Je pense que tu peux écouter les trois albums et te dire qu'il y a une continuité et une progression vers plus d'expérimentation et quelques surprises. "

E. Skatopek : " Parlez-moi de votre 45 tours sur Rosa Luxembourg RCS "
Adjusters : " Ca, c'est Daraka (chant) qui l'a sorti. Autoproduit en association avec le DSA. Comme son nom l'indique, c'est un disque très politique. C'est un vieux disque. "
E. Skatopek : " Vos impressions sur votre tournée en Europe… "
Adjusters : " Nous avons joué en Allemagne (3 dates), en Suisse (1 date), en France (3 dates). Nous avons joué avec Dr Ring Ding, Ngobo Ngobo, Court Jester Crew. Excellente tournée !
E. Skatopek : " Un mot pour conclure… "
Adjusters : " Nous tenons à dire aux gens : N'ayez pas peur du Ska et de la Soul et surtout du socialisme (rires), car chez nous les gens qui aiment le Ska n'aiment pas que l'on joue de la Soul, et les gens qui écoutent de la Soul nous détestent car nous jouons du Ska… et les gens qui écoutent du Ska et de la Soul nous détestent car nous sommes politisés… "
E. Skatopek : " On termine par le petit jeu Skanews, définir par mot ou une phrase les mots suivants : "
-Sixties Ska : " Superbe musique, les racines ! "
-2-Tone Ska : Ils ont fait leur possible, très politique, très Hard-Core. Beaucoup de gens disent que ce n'est pas du Ska. Mais le 2-Tone est plus authentique que la plupart des groupes actuels, malgré cette énergie Punk. Tout le monde parle d'Operation Ivy comme les fondateurs du Ska-Punk, alors que The Specials, c'est du vrai Ska-Punk ! "
-Ska-Punk / Ska-Core : " Certains dans le groupe trouvent que ça joue trop vite, d'autres aiment bien des groupes comme Rancid. Mais beaucoup de groupes actuels de soi-disant Ska-Punk sont des groupes Punk pas Ska ! "
-Scooterisme : " J'adore me balader en scoot. Je haïssais Chicago car ce n'était pas une ville de scoot, il y fait trop froid. A L.A., c'est tous les jours ! "

-Skinheads : " Il y a du bon et du mauvais (rires). J'adore le style mais je n'aime pas la baston suffisamment. Je ne comprends pas les skins apolitiques, ça n'a aucun sens. "
-Revolution : " Ca va arriver ! C'est un mot incendiaire, nous ne voulons pas la violence mais le changement. La révolution est en chacun… "
Interview réalisée
par Emile " Vincent " Skatopek en janvier 2000 pour Skanews.
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