A.S.P.O
Interview de 1998

ASPO est l'un des trois ou quatre meilleurs groupes Ska que l'on compte aujourd'hui en France. Les amoureux de Ska sixties devraient sombrer aux sons de cette formation magique qui offre des compositions originales excellentes à l'image de "No Pasaran" ou "Acoustic Ska" éditées sur leur première cassette 4 titres, et des reprises jouées magnifiquement.

Après le Festival Off des Francofolies, le Mémorial Bob Marley, les premières parties des Gladiators et de Jazz Jamaica, les Skatalites bordelais vont sortir à la rentrée un album explosif tinté de Ska et de Dub. "Free" sons à la Skatalites et Good Vibes garantis !

Skanews : "Comment s'est décidée la création du groupe ?

ASPO : "L'idée était dans l'air depuis 3 ou 4 ans parce qu'une douzaine de musiciens appartenant à des groupes différents avaient eu l'occasion de se croiser dans tel ou tel concert, dans des festivals, ou encore avaient joué ensemble et s'étaient découvert un point commun : ils écoutaient tous du
vieux Ska, du Rocksteady, du vieux Reggae et du Dub et ils aimaient ça ! Il y avait là des gens qui jouaient dans des groupes Hard-Core ou Punks et des gens qui faisaient de la Pop, d'autres appartenaient à la scène "Afro-Reggae" et d'autres enfin faisaient de la "Chanson-Rock". Certains
avaient intégré quelques références au Ska dans une poignée de compositions de leurs groupes respectifs, d'autres n'avaient jamais eu l'occasion de pratiquer cette musique. D'où l'idée, souvent évoquée au hasard des rencontres, de former un groupe spécifique exclusivement consacré à ce
répertoire. Pour que le projet voit le jour, il fallait encore un catalyseur : ce fut  le passage à Bordeaux du New York Ska Jazz Ensemble fin décembre 1996.
Dès janvier 1997 le noyau initial de l'Aspo se retrouvait une fois par semaine dans le bar que tenait notre ami Abdu dans des derniers quartiers du centre ville encore épargné pour un temps par les promoteurs immobiliers. On puisa ensemble une quinzaine de reprises dans le répertoire des Skatalites et secondairement dans celui de Jazz Jamaica. Quelques partitions furent établies par ceux d'entre nous qui savaient écrire la musique, pour le reste chacun se mit au travail chez lui, avec les disques.
Durant sa première année d'existence, l'Aspo n'a jamais répété en privé, en effet la formule que nous nous étions imposées en commun supposait dès le début l'exécution publique des reprises. Et nous souhaitions jouer ce répertoire "à la Skatalites" : exposition du thème puis 2, 3 ou 4 chorus... tous ceux qui le souhaitaient pouvaient prendre un chorus, aucun ordre n'était fixé à l'avance et il fallait réagir à l'appel de tel ou tel instrument ou bien au coup d'oeil, au feeling, etc...
Le bar dans lequel nous nous retrouvions tous les mardis de 22 heures à 2 heures du matin pour répéter en buvant le rhum arrangé que préparait Abdu devint en quelques semaines un endroit très fréquenté ce soir là.
Au départ, le groupe était très ouvert et tous ceux qui désiraient prendre part à la répétition le pouvaient. Il nous est ainsi arrivé de jouer dans la plus extrême confusion avec une section de 10 cuivres (3 trompettes, 3 trombones, 3 sax et une flûte) dont la moitié ne connaissait aucun morceau. A partir de là et sans que nous ayons à intervenir un tri s'opère de lui-même. Ceux qui sont vraiment motivés s'accrochent, bossent les morceaux chez eux et quel que soit leur niveau musical parviennent à trouver leur place dans le groupe et prendre des chorus sans se planter toutes les deux mesures.
Ceux qui sont peu disponibles ou moins motivés ou ceux qui ont peur du vide qui s'ouvre devant eux lorsque vient leur tour de prendre un chorus disparaissent totalement au bout de quelques répétitions publiques ou bien reviennent de temps en temps pour un boeuf sur un ou deux thèmes...
Il n'y a eu par exemple un merveilleux tromboniste à piston qui est apparu un soir, a pris un chorus magnifique sur "Barbados"... nous ne l'avons jamais revu. Au total, nous sommes assez fiers de cette formule ouverte, souple et en même temps très exigeante. Elle nous a permis en quelques mois de nous trouver et stabiliser un groupe sans exclure personne. Tous ceux qui le souhaitaient sont restés quelque soit leur niveau.
Le 27 mars 1997, moins de 3 mois après la création de l'Aspo, nous pouvions donner un premier concert au Jimmy de Bordeaux en première partie des Crazy Skankers."

Skanews : "Présentation des musiciens"

ASPO : "Non seulement ça risque d'être un peu fastidieux mais les caractéristiques musicales vous sembleront peut-être fantaisistes !

- Batterie : Xavier ("Gravier") Fraineau. Il bat aussi pour les Rageous Gratoons et La Replik (Java Rock).
- Basse : Pierre ("Pierrot") Lefort. C'est le bassiste de Moon Hop qui remplace depuis 3 mois Jean-Philippe Louis notre ancien contrebassiste parti pour un temps accompagner Edgar De L'Est (le frère d'Hagard Du Nord ? NDLR) et Scotch Miot (Folklore écossais).
- Guitare : Thierry ("Tot") Boireau. Lui c'est notre folkeux, il jouait dans la Garluche et sévit aussi dans les Rageous Gratoons.
- Claviers :  Séverine Bassière. Elle a joué dans Reggae Stream (Rocksteady) et joue de la basse avec Kim (Pop Low-Fi).
- Trompette : Michel Roux. Ca sera plus long parce qu'il est plus vieux ! Il vient de la scène Garage-Punk locale , a joué avec les anciens Camera Silens dans les Whôdunit puis dans Crashmoon Project (Rock), Soap (Pop), les Rageous Gratoons et Reggae Stream. C'était le trompettiste / tromboniste des Have Nots et Edgar De L'Est et en plus de L'Aspo il joue actuellement dans
les Straw Dogs (Noisy-Pop) où il s'efforce de souffler dans tout ce qui présente un orifice (coquillage, flûte traversière, hautbois pakistanais etc...).
- Trombone : Arnault Augier, percussionniste classique de formation.... et de profession puisqu'il enseigne. Il joue du trombone chez nous. Il vient de Moon Hop où il a abandonné cet instrument pour passer derrière les fûts.
- Sax Alto : Stéphane ("Jacob") Biabiany. Lui aussi c'est un batteur à l'origine et nous devrions recevoir une prime pour le reclassement des joueurs de tambour accompagné d'un diplôme nous reconnaissant le mérite d'avoir démontré que les batteurs n'étaient pas uniquement les meilleurs
amis des musiciens mais qu'ils parvenaient parfois dans certaines circonstances à faire de la musique. Plaisanterie mise à part, Jacob joua de la batterie dans Gainde (Afro-Reggae) et Reggae Stream.
- Sax Alto et soprano : Marc ("Marco") Mouches. Il vient également de l'Afro-Reggae (Yassa, New Deal). Il est passé par le Crashmoon Project et sévit actuellement dans les Rageous Gratoons, Glèta Bluz, les Straw Dogs et accompagne en outre parfois son frère Jean Mouches qui exerce le beau métier de chanteur.
- Sax ténor : Nicolas ("Nico") Boumama. Encore un ancien de l'Afro-Reggae (Gainde). Nico fut le premier saxophoniste des Rageous Gratoons et joua un rôle central dans la fondation de l'Aspo et de Reggae Stream.
- Flûte et percussions. Bertrand ("Berty") Fondraz ("Zardnof"). Après avoir joué dans RRR, il opère actuellement au sein de La Replik ou il joue de la flûte, de la courge (sic) et du piano. Ce fou de Salsa tente de nous attirer en douce du côté du Mento et du Calypso.
- Sonorisateur : Eddy "Mr Eddy" Da Costa Freitas. Il n'est jamais sur les photos compte tenu de ce que la plupart du temps c'est lui qui les prend.... C'est aussi le sonorisateur des Rageous Gratoons."

Skanews  : "La grande histoire du nom du groupe"

ASPO : " La grande histoire c'est beaucoup dire :  nous avons donné nos premiers concerts au printemps 97 sous le nom de  Saint-Michel Ska Jazz Ensemble , puis nous sommes devenu successivement  L' Acoustic Ska  Paradise Orchestra  et About  Some Precious Oldies.
Ceux que cette valse des étiquettes déroute, a commencer par nous mêmes, se contentent des initiales
: nous sommes l'ASPO. Nous aimions bien notre premier nom qui faisait référence a un quartier
populaire de Bordeaux ou vivent certains d'entre nous  et beaucoup de nos amis ...en même temps le nom sentait trop le plagiat du New York Ska Jazz Ensemble.
Notre seconde dénomination, présentait exactement les mêmes inconvénients ! D' un côté l'Acoustic, nom du bar ou nous répétions, de l'autre le Tokyo Ska Paradise Orchestra ...encore raté.
Comme les initiales commençaient à circuler nous nous sommes contraint à trouver un nouveau nom qui colle à ces initiales " About Some Precious Oldies , comme tu le vois c'est plutôt de la petite histoire."

Skanews : "Quelles sont vos influences musicales? "

ASPO : " A l'écoute du groupe en concert ou de nos enregistrements l'influence prédominante est évidemment celle des Skatalites et de leurs divers Allstars, Supersonics, Studio One Orchestra, Soul Vendors, etc.....
En second lieu nous aimons beaucoup les héritiers américains (New York Ska Jazz Ensemble ) ou anglo - jamaïcains ( Jazz Jamaica ).  Nous écoutons aussi les orchestres contemporains des Skatalites tels que ceux de Carlos Malcom ou de Byron Lee qui n'ont connu ni seconde jeunesse ni consécration internationale.
Enfin, si ces influences sont massives nous n'entendons pas nous y tenir et outre les goûts personnels de chaque musicien nous apprécions le Rocksteady et le Dub."

Skanews : "Est ce facile de créer et de répéter avec de si nombreux musiciens ? "

ASPO : " Nous ne rencontrons pas de réel problème pour répéter. Depuis 18 mois que nous jouons ensemble la répétition hebdomadaire du mardi a largement eu le temps d'entrer dans les moeurs du groupe et c'est un jour de la semaine où en général tout le monde est sur Bordeaux (les groupes
auxquels appartiennent les musiciens de l'Aspo sont généralement occupés le week-end et seuls les Rageous Gratoons sont susceptibles parfois de tourner également en semaine).
Après qu' Abdu ait fermé sont bar durant l'été 97 nous avons déplacé notre répétition publique en banlieue chez Régis qui nous accueille maintenant le mardi dans son "Bateau Ivre" à Pessac, l'endroit est plus vaste, le publique différent, nos "fans" du centre ville ne nous ont pas suivi et on a dû
composer avec un public d'habitués, des quadragénaires et des quinquagénaires qui nous demandaient de leur interpréter "Etoile des Neiges". Finalement ils sont devenus aussi enthousiastes que ceux qui nous encourageaient l'an passé lorsque nous jouions à  L'Acoustic.
En même temps quelques anciens Have Nots ont monté une association ( Rastaquouère) qui entre autres activités ( VPC, diffusion, organisation de concerts, label 45t ) a aménagé un local de répétition que nous avons utilisé en janvier dernier pour préparer l'album et que nous fréquentons ponctuellement depuis.
Côté création c'est une autre paire de manches ;  Si le nombre est source de richesse ( jusqu'à présent chaque composition fut proposée par un musicien différent) il suscite aussi bien des difficultés. Pas de problème même si la compos est présentée " clefs en main", ( arrangements et harmonisation pour
les cuivres, grille pour la rythmique ). Dans ce cas les modifications apportées sont systématiquement testées puis adoptées ou rejetées après comparaison avec la version d'origine qui fait référence.  Si le morceau est présenté incomplet, inachevé, c'est la pagaille, chacun, à juste titre estime devoir mettre son grain de sel et certaines propositions sont rejetées ou tombent dans l'oubli avant même d'avoir été testées musicalement.
Le caractère public des répétitions ajoute parfois à la confusion et après quelques tournées, nos fans du "Bateau  Ivre" se font un devoir de donner également leur point de vue. Pour couronner le tout, lorsque les 6 cuivres demandent aux 4 de la  rytmique de faire interminablement tourner un riddim pour travailler une phrase ou une harmonisation, la rythmique comme le public finissent par s'ennuyer et par le faire savoir !"

Skanews : " Du point de vue concerts, est ce facile de trouver des dates de libre quand la plupart des membres jouent dans d'autres groupes  ? "

ASPO :  " Non,  c'est presque impossible et si depuis 18 mois nous avons fait plus de 50 répétitions publiques,  nous n 'avons donné qu'une quinzaine de concerts, il y a 3 raisons pour cela :

1 - Les membres de l' Aspo jouent dans 6 groupes  ( Rageous Gratoon, Straw Dogs, Glèta Bluz, Kim, La Replik, Moonhop) et si parmi ces groupes il y en a qui font très peu de concerts ( Kim et les Straw Dogs) les Rageous  en revenche ont de 6 à 12 dates en moyenne par mois, si bien qu'il y a presque toujours des membres de l'Aspo indisponibles le vendredi et le samedi, deux jours privilégies pour l'organisation de concerts.
2 - Reste le milieu de semaine, mais on aborde là un autre problème, seul le1/3 des musiciens vit (mal) de l'intermittence et parmi les autres il y en a qui travaille et pour qui il est difficile de faire une date éloignée en milieu de semaine.
3 - Reste Bordeaux le milieu de semaine. Troisième difficulté, on y joue déjà en public gratuitement tout les mardis. On ne voit  pas très bien pourquoi les gens seraient assez pigeon pour venir nous voir un autre jour en payant! sauf évidement si nous passons en première partie d'un groupe qu'ils ont
envie de voir ! Résultat des courses, nous ne jouons pas toujours au complet.
Nous ne jouons le vendredi ou le samedi que lorsque les Rageous Gratoons ne font pas de concerts. Nous jouons plutôt en semaine non loin de Bordeaux en première partie de grosses pointures. Cette situation est relativement frustrante pour ceux d'entre nous qui ne jouent que dans l'Aspo  et on éprouve une certaine amertume lorsqu'un organisateur annule une date 4 jours avant un concert parce que les locations sont insuffisantes ( 1er partie de Mystic Revelation of Rastafarai ) ou bien lorsqu'un limonadier estime qu'il nous fait un tel cadeau en nous proposant de remplacer Princesse Erika en première partie de Toots & The Maytals  qu 'en contrepartie nous devrions accepter de jouer à l'oeil....
Comme solutions à part l'apprentissage de la patience et le fast de ne pas toujours jouer au complet, il y a bien les concerts communs avec les Rageous mais l'expérience montre que c'est fatiguant pour ceux qui jouent dans les deux et que ça peut nuire au groupe qui passe en second. Reste la solution
qui consiste à posséder des remplaçants. La Replik fonctionne déjà de cette maniere avec 2 rythmiques ( basse batterie ), une issue des Rageous et l'autre qui intervient en cas d'absence déjà été remplacé pour deux dates en décembre 97 par Prosper Mac Gregor le trompettiste de Skalastino un groupe Lot et Garonnais ; en outre la rythmique remplaçante de la Replik (Fred le batteur des Sleepers et d' Edgar de l'Est et JP l 'ancien contrebassiste des Rageous et de l'Aspo  connaissent à peu près le répertoire."

Skanews : "Parlez nous de votre première K7 4 titres"

ASPO : " Cette K7 contient 4 compositions, exclusivités d'un album dont nous achevons le mixage. A l'origine nous étions parti pour enregistrer un 45t 4 titres et nous avions réservé 3 jours de studio pour les prises (un jour pour la rythmique, un jour pour les sections de cuivres  et un jour pour les
chorus ).
C'était en janvier de cette année et nous avons dû à cette occasion acheter une bande de 30 mn qui nous coûtait dans les 750 Frs et dont nos 4 compos n'occuperaient que la moitié ! Comme nous sommes radins nous avons décidé au dernier moment de compléter la bande afin d'occuper les 30 mn. Un des morceaux que nous avons ajouté, une reprise de Lee Perry n'avait même jamais été interprétée par l'Aspo et fut montée sur le tas ... et sur le tard, directement en studio."

Skanews : "Et votre projet de 45t s'est transformé en projet d'album à sortir en septembre "

ASPO : " Nous nous retrouvions donc avec 30 mn enregistrées, trop pour un 45t , pas assez pour un album.  Nous n'avions ni assez d'argent, ni assez de nouvelles compos achevées pour enregistrer de nouvelles prises. Nous avons donc décidé de faire appel aux amis pour " rallonger la sauce" sur le plan musical en réalisant leur propre version de nos morceaux. A Bordeaux nous avons la chance d'avoir aujourd'hui deux labels indépendants : Vicious Circle et Total Heaven. Luc qui s'occupe de Total Heaven qui a déjà publié l'an passé le premier album des Improvisators Dub,  s'est tout
de suite déclaré intéressé par le notre. Par ailleurs des amis parisiens l'ont proposé Marsu de Crash qui n'était pas preneur et l'ont envoyé à Epitaph Europe. On est flatté mais on y crois pas." Il sortira donc selon toute vraisemblance en octobre ou novembre 1998 chez Total Heaven sous le nom " Love Potion n°1".

Skanews :  "Sur ce disque on trouvera du Ska Sixties et du Dub ?"

ASPO : " On trouvera les deux ;  tout d'abord 3 mn de Ska Sixties instrumental suivies de 30 à 40 mn  de versions remixées " ASPO IN DUB ".

Skanews : " Quelques reprises ? "

ASPO : " Il y en a trois : "Black Sunday" de Tommy Mc Cook, "Ramblin" de Rico Rodriguez et "Night Doctor" de Lee Perry .

Skanews : "Il parait qu'il va y avoir de nombreux invités sur votre album ".

ASPO : " Oui, il y a tout d'abord des musiciens qui furent invités lors des prises : Dominique Rateau, un des meilleurs trombones de le région, ancien de la compagnie Lubot, omniprésent sur la scène Afro-Reggae locale ( Some Style, Seyni 2 Routsaba, Same Blood etc.. ). Domi fut le premier trombone de l'Aspo et joue parfois avec nous en concert; pour l'album nous lui avons demandé de venir jouer avec nous une de ses compositions "No Passaran".
Autre invité, Francis Passieus, grand voyageur devant l'éternel, nous avons réussi à le saisir au vol et à lui faire prendre un chorus de terroir sur le titre "Acoustic Ska" ( on peut également l'entendre au sitar cette fois, sur un titre du dernier album des Sleepers).
Il y a en autre 6 invités remixeurs :
- Fred Norguet du studio Pôle Nord dont le CV en matière de Rock est impressionant ( Spicy Box, Bassement, Seven Hate, Burning Heads etc..).
- Jacques Garnavault, le sonorisateur des Burning Heads, ex Near Death experience, producteur des derniers Sleepers.
- Improvisators Dub, en compagnie d'Yves leur sonorisateur, ils nous préparent quelques overdubs et vont remixer un titre.
- Chinoi, il a travaillé avec les Carayos, les Negresses Vertes, la Mano Negra, Edgad de l'Est et c'est le sonorisateur actuel de Spook & The Guay.
- Bruno Coy, il tenait la guitare et chantait dans Wet  Furs  puis dans Mush dont il  compose  une bonne partie du répertoire. Il a produit le dernier album des Straw Dogs.
- Thierry Duvignaud, certains des lecteures de Skanews se souviennent peut être du rôle qu'il joua il y a une dizaine d'année sur la scène Rock Française sous le pseudonyme de "Kid Pharaon ". Cest depuis toujours un grand fan de Rocksteady et de Reggae.
Certains de nos invitès réaliseront leurs versions à La Grosse Rose Improvisators Dub et Chinoi), et d'autres chez eux  en "home studio". Les deux dernières versions seront faites respectivement au studio Pôle Nord de Blois  et au studio  Le Chalet près de Bordeaux. Ca nous promet quelques
difficultés pour la masterisation !
Pour en finir  avec les studios il nous faut dire ici tout le bien qu'on pense du studio La Grosse Rose  où nous avons effectués nos prises et nos premiers mixes. Ce studio, qui à l'origine fut installé par Noir Désir pour y produire ses maquettes, a été depuis quelques années mis à la disposition, lorsque ND ne l'occupe pas , à des groupes qui peuvent ainsi enregistrer sur 16 pistes dans de bonnes conditions et pour des tarifs défiant toute concurrence .... Cela a vraiment été une chance pour la scène Rock bordelaise et la plupart des albums publiés sur les 2 labels indépendants Bordelais y furent enregistrés."

Skanews : "Vous avez travaillé sur le dernier album des Burning Heads. Racontez nous tout cela "

ASPO : " L'album des Burning Heads a été enregistré en janvier 1998 au studio  Le Chalet  de Bordeaux, il nous était donc facile de leur prêter des cuivres. Ils voulaient faire une reprise de "Draw Your Brakes", un titre de Scotty (connu aussi sous le nom de "Stop That Train", repris par exemple sur l'album live des Potato 5, NDLR) .
L'Aspo n'a pas participé en tant que tel à cet album. Seuls Michel ( trompette et melophone ) et Nicolas (sax tenor) sont intervenus. Michel les connait depuis longtemps;  les Wet Furs dont il était le trompettiste avaient joué avec les DDT auquel appartennaient Pierre le chanteur et JB le bassiste des Burning Heads. Wet Furs et Burning Heads débutants avaient gagné en commun un tremplin Rock à Fontenay le Comte vers 90-91. Quant à Fred Norguet le producteur de l'album ? Michel l'avait rencontré en juin 95 au studio Pôle Nord de Blois en enregistrement  des cuivres pour l'album "June" du groupe Soap (Total Heaven). C'est Fred qui a pensé à Michel pour venir faire des Skanks sur " Draw Your Brakes",  Michel a proposé un arrangement très simple pour une trompette et un ténor.
Une première piste a été enregistrée avec ces deux instruments puis une seconde avec un ténor et un mélophone ( instrument dont le registre s'apparente à celui du cor d'harmonie et que Michel a ramené de Prague). Ensuite Pierre, Phil et Thomas des Burning Heads ont enregistré les choeurs puis Naj Naj  de  Spicy Box  a toasté. Dans un premier temps Nico et Michel qui aiment bien que les toasts laissent " respirer "le riddim ont été surpris par la phrasé assez dense de Naj Naj qui leur faisait plutôt penser 
à ce que pourrait donner la bande son d'un film de Kung - Fu  doublée par Michel Lebb. Au bout du compte, après le mix ça ne sonne pas si mal. Mais Michel préfère quand même les autres titres de l'album."

Skanews : " Parlez nous de la scène Ska Reggae Bordelaise"

ASPO : " Question délicate, tu veux qu'on se fasse des ennemis ! Plus sérieusement, il nous est difficile de te donner vraiment un point de vue de groupe par ce que  chacun  d'entre nous a à la fois une expérience et un jugement différents à propos de cette, ou plutôt de ces scènes.
Il faut en effet commencer par dire qu'on ne peut pas parler d'une scène Ska Reggae Bordelaise. Il y a à Bordeaux une scène Afro-Reggae d'une part et par ailleurs une scène Ska / Rocksteady / Dub plus récente. Bordeaux fut avec Nantes une des grandes villes du commerce triangulaire et la ville a gardé des liens "privilégiés" (Néo-coloniaux) avec l'Afrique. D'ou entre autres une présence africaine importante et ancienne notamment à l'université. La scène Afro-Reggae est donc solidement implantée ici. Niominka-Bi en est le représentant le plus connu. En font aussi partie des groupes tels que Some Style, Some Blood, Rockers Melody, New Deal, Gaïnde, Ifficial Riddim, Small Axe, Seyni et Routsaba. Une partie des cuivres de l'Aspo est issue de cette scène et où avons de très bons amis. Mais musicalement ce n'est pas notre tasse de thè ..... ou notre assiette de maffé.
A part Aspo, la scène Ska Bordelaise compte deux groupes, Moonhop et Chubaska, qui se situent plutôt dans la tradition des groupes 2 Tone évidemment ces clonifications sont toujours schématiques). Depuis la cessation d'activités des Have-Nots il ne se passe pas grand chose sur le
terrain du Punk Ska ou du Ska Core. Quant à Wanna Dance, composés de Rochelais venus s'installer à Bordeaux, ils ont splitté en avril 98.
Enfin le Dub est représenté à Bordeaux par nos amis d'Improvisators Dub, ils vont bien finir par susciter quelques vocations. Pour l'instants c'est plutôt côté sound system que ça bourgeonne. Nico notre sax tenor est en train de s'y mettre ."

Skanews : "Que pensez vous de la scène Ska Française et Internationale ? "

ASPO :  " Tu veux donc vraiment notre mort ? On évitera le piège en laissant Michel aller tout de suite au casse pipe, on pourra toujours dire ensuite qu'il n'y connaît rien.

Michel : "C'est vrai que je connais assez mal cette scène, aussi bien sur le plan français qu'international. En matière de Ska français je possède une seule compilation, "Stomping With The Froggs 2". On me l'a donné parce que j'y jouais sur le "Nicky Brown" des Rageous Gratoons et j'ai eu honte en découvrant une pochette consternante de bêtise machiste et chauvine. Quel repoussoir ! On me dit que ce n'est pas représentatif, tant mieux ! Toujours est-il qu'en ce qui me concerne, même si les noms me sont parfois connus, je n'ai jamais eu l'occasion d'entendre une bonne moitié des groupes qui font partie de la compilation consacrée au Ska français qui va sortir chez Moon
Ska Records. Les membres de l'Aspo qui ont eu l'occasion d'entendre Rude Boy System, Western Special, Loskabos et Jim Murple Memorial disent beaucoup de bien de ces formations dont nous serions très proches sur le plan de la démarche. je doit avouer qu'en règle générale je préfère écouter le Ska français en live que sur album et que si j'apprécie des groupes que j'ai pu croiser sur scène, en festival, comme La Ruda, Spook, les Kargol's, Skunk etc... leurs enregistrements ne me font pas vibrer.
Au fond je suis assez puriste, j'aime le Punk, le Hard-Core, le Ska, le Rhythm And Blues, je n'aime ni le Ska Two Tone, ni le Ska-Core (à l'exception des premiers Mighty Mighty Bosstones) et je donnerai 1000000 d'albums des Voodoo Glow Skulls pour un seul titre du dernier et magnifique album de Fugazi, ou bien pour n'importe quel titre de Clash, chanson d'Otis Redding ou chorus de trompette
de Johnny Moore. Au coeur du Ska et du Rocksteady, tels que je les aime, il y a une pulsation, un groove que je ne retrouve ni dans le revival, ni dans le crossover. le port du pork pie rime malheureusement trop souvent ici avec raideur rythmique digne du grand Orchestre Du Splendid. Evidemment ces jugements n'engagent que moi et sûrement pas les autres de l'ASPO. Sur le plan international, nous avons la chance à Bordeaux, grâce aux efforts de l'association "Allez Les Filles" et des tourneurs de 3C, de voir passer de très bons groupes. A part le New York Ska Jazz Ensemble et Jazz Jamaica, j'aime bien Eastern Standard Time et les Slackers, mais je place les Hepcat très loin au dessus du lot, c'est à mon sens de très loin ce qui se fait de mieux dans le monde du Ska. J'ai été un petit peu déçu par le Dr. Ring Ding, sans doute parce qu'on m'en a dit trop de bien auparavant. C'est évidement un très bon groupe mais en disque comme en concert je trouve que ça n'échappe pas toujours à une certaine "propreté" et à une certaine "raideur" qui ont souvent été les marques de fabrique du Ska en Allemagne (on pourrait citer par exemple un groupe comme "No Sport" pour illustrer cela)."

Skanews : "Vos autres projets à venir."

ASPO : "Notre objectif immédiat : finir les remix et les versions de l'album. Et puis pour l'automne : sortie de l'album chez Total heaven, sortie de la compilation "Skappelation D'Origine Contrôlée, A French Ska Compilation" chez Moon Ska avec un de nos titres ("No Pasaran"), et sans doute aussi un morceau sur la compilation "Let's Skank Volume 2" (Patate Records). Pour le reste il nous faut travailler dans deux directions : d'une part accroître dans notre répertoire la proportion des compositions par rapport aux reprises. D'autre part profiter d'une relative polyvalence du groupe sur le plan instrumental (il y a  dans l'Aspo 3 personnes qui peuvent jouer de la batterie, deux de la guitare et deux des claviers par exemple) pour diversifier notre répertoire en nous mettant aussi à jouer du
Rocksteady.... pas seulement instrumental... il faut donc que nous nous décidions à chanter.
Enfin nous avons en commun avec Rastaquouère, Moon Hop, La Replik et les Rageaous Gratoons un ambitieux projet de salle de concert / bureaux / locaux de répétitions / bar associatif / hébergement pour les groupes amis passant à Bordeaux etc... des représentants de chacun des groupes ont formé un collectif, une association qui bosse actuellement sur cette question."

Interview réalisée par Jean-Pierre Boutellier / Skanews.

A.S.P.O. : "Love Potion N°1" (Total Heaven / PIAS).

A.S.P.O signe un disque haut en couleurs et pleins de bonnes vibrations dans des styles très ouverts. A.S.P.O. est le groupe Ska sixties parfait par excellence. La première partie du C.D. offre de subtils instrumentaux de compositions originales ou "coverisées". La maîtrise de l'instrument est parfaite et leur Ska-Jazz fleure bon la Jamaïque des sixties, avec quelques relents à la Tokyo Ska Paradise Orchestra, ce qui n'est vraiment pas pour déplaire. Ecoutez donc "Acoustic Ska" ou encore "No Pasaran !" (bravo pour le titre !) et vous serez aux anges ! les approches du "Ramblin'" de Rico et
du "Black Sunday" des Skatalites est aussi très évocatrice du niveau de ce groupe, qui n'est pas tombé dans le piège du "copier / coller" !
Tout comme Les Ejectés, sujet de la chronique précédente, A.S.P.O. sait donner de l'originalité dans ses reprises pour le plus grand plaisir des fans ! Notons aussi une reprise  du "Night Doctor" de Lee Perry : magnifique ! La deuxième partie du compact est nettement différente. Le groupe a confié ses bandes à différents ingénieurs du son (méthode jamaïcaine à saluer bien bas) qui s'en sont donnés à coeur joie pour confectionner des Dubs. On trouve pêle-mêle du Dub très actuel, de l'Acid voir même de la Techno ! mais ne vous fiez pas aux appellations de ces musiques, écoutez le résultat et
vous verrez que l'ensemble est tout à fait excellent ! A.S.P.O. joue l'ouverture d'esprit et cela paye ! bravo encore une fois, ce premier album est une totale réussite avec un hommage touchant à Tommy McCook en guise de final. Terminons en disant que la pochette est très bien réussit aussi, rappelant de vieilles production jamaïcaines des sixties.

J-Pierre Boutellier / Skanews

Copyright One Drop / Skanews
Toutes reproductions partielles ou totales autorisées
uniquement en citant la source (http://skanews.net)