CAYENNE STUDIO
Interview
d'octobre 2001

Depuis 1998, le studio Cayenne d'Ivry-sur-Seine est devenu un lieu incontournable pour de nombreux groupes Ska et Reggae. Son fondateur n'est autre qu'Albert Milauchian, ingénieur du son réputé sur la place parisienne, ex-guitariste des Checkmate !, combo Ska du début des années 90. Après avoir enregistré des groupes comme Orange Street, Western Special ou 8°6 Crew et travaillé sur le nouvel album d'Horace Andy, Albert, aidé par Thierry " Malph " Arnold (ingénieur du son et bassiste de Boy In The Boat) viennent de réaliser " 2001 Dub Odyssey " chez Big 8 Records / Tripsichord, un CD regroupant 14 titres remixés en Dub à Cayenne (K2R Riddim, Improvisators Dub, 100 Grammes de Têtes, ASPO…). C'est la première fois en France que ce genre de disque est produit. Un rencontre avec mister Albert s'imposait !

Albert : " J'ai découvert le Ska et le Reggae en 1979 lors d'un voyage en Angleterre. Le 2-Tone commençait à beaucoup faire parler de lui et le Reggae marchait bien. Un jour, lors de ce voyage, des amis m'ont emmené voir un concert de Steel Pulse. Ca a été une révélation totale pour moi. Dans les différentes sorties que nous faisons, dans les pubs, les soirées, j'ai découvert Madness et The Specials qui ont aussi été des révélations. De retour en France, avec quelques disques sous les bras, je les ai fait écouter à des gens de ma région (banlieue sud de Paris), là où il y avait un mouvement Rock très fort, et ça les a tout de suite branché. Pour nous c'était des sons complètement nouveaux. A part Bob Marley que les gens commençaient à découvrir, la culture Reggae, Ska, Rocksteady n'était pas encrée dans la culture musicale française.

J'ai commencé la musique à l'âge de 6 ans, j'ai appris la clarinette. J'écoutais surtout les disques de Jazz de mon père. Vers l'âge de 14 ans j'ai essayé de jouer avec des musiciens. Mais l'image de la clarinette est plutôt classique et on m'envoyait balader. On me disait, reviens avec un saxophone. J'ai plus ou moins laissé tomber cet instrument et j'ai commencé à jouer de la guitare et de la basse.
J'ai joué dans divers groupes de Rock dont un où l'on faisait des reprises de Police, qui pour moi était une référence car il amenait un son nouveau, métissé et une énergie nouvelle.
Les Checkmate ! c'est bien plus tard, à la fin des années 80. C'était un peu un hasard. C'est un pote qui commençait à jouer avec eux, Ivan le premier batteur, qui m'a proposé de venir faire de la guitare avec eux. J'ai intégré le groupe et nous avons
rapidement commencé à faire des concerts. C'est un groupe qui s'est formé spontanément, dans l'esprit post 90. A l'époque, les groupes se formaient au hasard des rencontres. Je pense que nous avions réussi à trouver notre son du fait que tous les musiciens venaient d'horizons divers. Beaucoup connaissaient bien la musique Reggae et Ska, mais pas tous les membres du groupe. Hervé notre clavier était très influencé par la Soul.

Skanews : " Je me souviens d'un concert en première partie de Bad Manners à la salle Ornano (Paris) ou vous aviez fait une belle reprise des Untouchables… "

Albert : " Oui tout à fait "

Skanews : " Vous avez pas mal tourné et vous aviez une bonne réputation à l'époque. C'était au début des années 90. Vous faisiez partie des nouveaux groupes qui arrivaient après Les Frelons, La Marabunta, Beurks Band, Verska Vis et les Ejectés. C'était un peu la fin d'une période et le début d'une nouvelle. Saxawhaman, Frelons et Marabunta n'existaient plus et d'autres formations arrivaient. "

Albert : " Oui de nouveaux groupes et de nouvelles personnes arrivaient. Ces nouveaux musiciens faisaient de la musique depuis peu de temps et je pense qu'ils amenaient de nouvelles influences. "

Skanews : " C'était aussi facile d'enregistrer un album il y a dix ans qu'aujourd'hui ? "

Albert : " Non, pas du tout, ce n'était pas forcement un bonne période. Il y avait très peu d'ouvertures discographiques pour les musiques que nous faisions. Le Rock alternatif était là, mais il était tinté Rock / Punk… "

Skanews : " Ces labels n'étaient pas encore vraiment ouverts au Ska parce qu'il y avait encore une réputation Ska = fachos. "

Albert : " C'est vrai que les soirées qu'il y avait à l'époque se terminaient mal à cause des skins fachos qui étaient là pour casser le mouvement. Ils donnaient une mauvaise image de cette musique là. "

Skanews : " Ca a porté préjudice aux groupes français de l'époque (fin des années 80, début des années 90) "

Albert : " Oui, je pense. J'ai le souvenir de soirées Ska sur Corbeil, Melun, où il y a eu des histoires de bastons violentes qui ont découragé pas mal de gens, impliqués dans le mouvement, à organiser des soirées et des concerts de Ska. "

Skanews : je pense que des groupes comme La Marabunta, Ejectés, Frelons, Verska Vis et les formations arrivées après comme les Checkmate ! ont un peu débroussaillé le terrain . Ils ont fait un gros travail au niveau de l'information, en expliquant véritablement les choses. En disant par exemple que tous les skins ne sont pas fachos, En expliquant aussi les racines du Ska, musique noire jamaïcaine. Ca a beaucoup aidé les groupes qui sont arrivés après comme Rude Boy System, K2R ou La Ruda, qui ont eux aussi continuer à prêcher la bonne parole. "

Albert : " Oui, les groupes qui sont arrivés en 93 / 95 ont pu s'appuyer sur le travail que les groupes d'avant avaient fait. "

Skanews : " Revenons aux Checkmate ! "

Albert : " Le groupe n'a pas duré longtemps, environ 2 ans. Nous avons arrêté le groupe alors que nous avions la possibilité de sortir un album, nous avions quelques contacts. "

Skanews : " Léo, votre chanteur avait des contacts avec le leader d'Electric Light Orchestra, grand groupe Pop de la fin des années 70 et du début des années 80… "

Albert : " Oui, ils habitaient le même immeuble à Paris. Le groupe a splitté juste à cette période là, en 1992. Il n'y a pas vraiment de trace discographique des Checkmate !, à part sur une compilation (" Christmas Party " chez Division Nada avec les titres " Ranking Hold Up " et " Dr. Jeckyll and Mister Rudy " et une démo 4 titres. "

Skanews : " As-tu toujours des contacts avec les membres du groupe ? "

Albert : " Léo fait des one man show. Il a fait un spectacle à Paris au Point-Virgule. Il a écrit aussi quelques pièces de théâtre. Hervé le clavier est musicien d'un label (Tricatel), il est aujourd'hui batteur. Il joue dans A.S. Dragon. Ce groupe joue pour le
chanteur Burgalat. Ils ont une musique très tintée Pop sixties. Il y a peu de temps le label où il travaille a fait un remix pour Depeche Mode. Avant, Hervé a joué dans plusieurs groupes dont les 100 Grammes de Têtes et Montecarl. Nous avons perdu de vue les autres.

Skanews : " L'après Checkmate pour toi. "

Albert : " Avant Checkmate ! j'étais déjà ingénieur du son. J'avais travaillé pendant 3 ans dans un studio banlieue Sud de Paris. J'y ai fait la démo 4 titres des Checkmate !, et puis j'avais enregistré des groupes comme les Wampas, Silmarils (qui était un groupe de Ska à l'époque), Mister Gang. L'après Checkmate ! ça a été la continuité de mon travail d'ingénieur du son. J'ai travaillé beaucoup en free-lance dans de nombreux studios. Je n'enregistrais pas que du Reggae et du Ska. Je travaillais aussi bien sur du Jazz, du Hip Hop, de la Funk… J'étais amené à travailler avec tous styles de musiques. Comme la majorité des groupes que j'enregistrais n'était pas Ska / Reggae. C'est une des raisons pour laquelle j'ai monté Cayenne.

Skanews : " L'histoire de Cayenne Studio… "

Albert : " Le nom du studio est venu par hasard. Quand j'ai commencé à faire les travaux, un ami est venu me voir. Il m'a vu couvert de poussière (le studio est situé dans les sous-sols d'une ancienne savonnerie) et je lui ai dit : " Ici c'est le bagne, on se croirait à Cayenne ". Il m'a répondu que Cayenne serait un super non pour le studio. Voilà pourquoi j'ai donné le nom de Cayenne à mon studio. Nous étions en 1996. Il a ouvert 2 ans plus tard. Comme je n'avais de quoi le financer, j'ai été obligé de continuer mon métier d'ingénieur du son la nuit dans d'autres studios afin de pouvoir faire les travaux la journée.
Ca a été long, mais je voulais faire un studio professionnel avec des locaux et du matériel adapté. Avec mon expérience d'ingénieur du son, j'ai beaucoup travaillé pour des groupes et des maisons de disques différents, aussi bien majors qu'indépendants, je me suis rendu compte que quand je travaillais pour une major c'était comme si tu étais à l'usine et qu'en fin de compte là-dedans, tu ne participes pas à une création artistique. Ils n'ont pas l'amour de la musique. Je me suis dit, le jour où je monterais mon studio, je travaillerais pour des groupes qui s'autoproduisent ou des labels indépendants qui défendent des groupes et une forme d'expression artistique réelle. Pas pour des gens qui sont là pour faire des produits "

Skanews : " Comment pourrais-tu te définir dans le milieu de l'enregistrement ? "

Albert : " Je me considère comme un artisan du son. Comme un ébéniste qui va faire son meuble, j'essaie de coller au maximum à ce que veut le groupe et travailler projet par projet. Pas faire un travail de son, comme ça existe dans la plupart des studios, où un jour le mec enregistre un groupe de Reggae, le lendemain un groupe de Rock et après un groupe de Rap, et qui n'a pas le temps ou ne s'intéresse pas à la spécificité d'une musique. Le fait de créer sa propre structure, son propre studio permet d'avoir plus de recul par rapport à ça. Ca m'a permis de travailler sur de vraies collaborations et de développer un son propre au studio. "

Skanews : " Est-ce que cela ne demande pas plus de temps de studio et plus d'argent aux groupes ces méthodes de travail ? "

Albert : " Ca demande plus de temps, mais je l'offre aux groupes. Pour être concret, quand le groupe prend une semaine, quinze jours ou trois semaines de studio, il arrive que l'on aille jusqu'à un mois de travail. Je prends les heures en plus à mon compte car j'ai envie de m'investir par rapport au groupe et par rapport à leur projet. C'est vrai que cela demande un investissement de la structure qui accueille le groupe. Pour moi, à chaque fois qu'un groupe vient pour un projet, c'est vivre une histoire ensemble. Je pense que c'est payant car aujourd'hui le public commence à connaître le nom Cayenne et il s'aperçoit que par le biais du studio il y a aussi un mouvement musical et une énergie par rapport au Reggae. "

Skanews : " C'est un studio numérique ? "

Albert : " Non, analogique, complètement analogique. Mon idée était de faire un studio dans la tradition analogique, et c'est vrai que beaucoup de gens m'ont dit que j'étais fou, que l'analogique c'était terminé et qu'il fallait passer au numérique.
J'ai travaillé dans des studios analogiques et dans d'autres entièrement numérisés. Dans ma tête il n'y avait pas de doute, ma préférence allait vers le son analogique. Surtout pour le type de musique que je voulais enregistrer et pour le type de son que j'affectionne. Ma console à transistors est des années 80 et mon magnétophone est un 24 pistes 2 pouces analogique, le format le plus important dans l'analogique. Tout le reste est du matériel des époques 60 , 70 et début 80. "

Skanews : " Quel groupe est venu enregistrer le premier ? "

Albert : " C'est un groupe de Salsa, suite à une rencontre avec des musiciens cubains. Ils voulaient enregistrer un album avec des musiciens français mais ils n'avaient pas de moyens. J'ai donc produit ce disque là qui hélas n'a pas été distribué, mais il a beaucoup aidé ces musiciens là, car deux d'entre eux font aujourd'hui partie de Sergent Garcia. Ce disque a permis de me faire la main sur le matériel et démarcher en faisant écouter ce que je savais faire dans ce studio. Etant donné que j'avais aussi des contacts avec de nombreux groupes, ils sont venus naturellement enregistrer à Cayenne. "

Skanews : " Quel a été le premier groupe Ska / Reggae à venir enregistrer à Cayenne ? "

Albert : " Orange Street, pour leur premier album " Step' In ". Ca a été un peu comme une révélation pour moi. Je les avais rencontré par le biais de Thierry " Malph " Arnold (bassiste de Boy In The Boat, NDLR) qui est ami et qui a collaboré sur pas mal de projets à Cayenne avec moi. Il faisait le son en live d'Orange Street, il m'a présenté le groupe et l'album c'est fait dans mon studio. C'est un album important pour moi. C'est le groupe que je rêvais d'enregistrer depuis longtemps. Un groupe qui a fait le choix d'avoir une couleur Roots et qui l'affirmait réellement. Nous étions tout à fait sur la même longueur d'onde et nous sommes arrivés à un résultat satisfaisant. C'est un disque qui se démarquait et qui revenait à une couleur originale. "

Skanews : " Certains ont été très satisfaits de la production, d'autres ont été déçus en disant que la puissance était faible par rapport à d'autres disques à niveau égal de volume sur une chaîne Hi-Fi, et que le son était un peu étouffé. "

Albert : " Les choix qui ont été fait par rapport au son de l'album d'Orange Street sont des choix d'une époque. Ce que je peux répondre aux gens, c'est qu'ils mettent un disque des années 70 sur leur chaîne, qu'ils mettent le volume à une puissance de leur choix et ensuite de prendre un disque d'aujourd'hui et de faire la comparaison. Ils seront obligés de monter le niveau du disque des années 70. Pouquoi ? parce que la couleur et la patte du son des années 70 faisait qu'en fin de compte, on ne recherchait pas la puissance, on recherchait plutôt le grain, l'espace et la profondeur. C'est vrai que sur l'album d'Orange Street par rapport aux productions de notre époque, il se démarque complètement. La recherche n'est pas dans le niveau, qui est le critère actuel dans la musique et que je trouve dommage car cela ne fait pas place au son. "

Skanews : " L'album Dub d'Orange Street est beaucoup plus percutant… "

Albert : " Il y a plus de liberté au niveau du mixage dans les Dub, ce qui fait que l'on peut plus se lâcher et faire que l'on privilégie la dynamique et la puissance, ce que l'on ne peut pas faire dans une version chantée ou une version normale. J'ai aussi voulu faire plus de compromis sur le Dub. Faire un son pas plus actuel, mais plus puissant. "

Skanews : " L'album Dub D'Orange Street a été mixé avec la photo de King Tubby au-dessus de la console ? "

Albert : " Oui. Il était toujours présent au-dessus de la console. C'était plutôt un " joke " qu'on avait avec Thierry. Quand on faisant tourner les versions et qu'elles n'étaient pas forcement bonnes, on se tournait vers la photo de King Tubby et vu la pose qu'il prenait, on s'imaginait qu'il nous disait : " Bon, les gars, il faut recommencer… " (rires) "

Skanews : " Comment c'est passé le travail sur les deux albums d'Orange Street étant donné que vous étiez deux ingénieurs du son, Thierry et toi "

Albert : " Je me suis occupé de la prise de son. Ensuite nous nous sommes mis d'accord sur la recherche du mixage. Ce travail a été réalisé avec Thierry. Avec mon expérience, je pouvais apporter plus par rapport à la couleur, faire plus de propositions. Thierry m'a beaucoup assisté. C'est un travail de collaboration. Nous avons fait beaucoup de mixages à " 4 mains " sur le premier album d'Orange Street. "
Sur le Dub, ça a été un travail à deux, Thierry et moi-même. Thierry avait amené l'idée de faire l'album Dub d'Orange. Travail que le groupe nous a confié et que nous avons réalisé à deux, à part le titre caché du CD qui a été mixé par un ami de Thierry. "

Skanews : " Quels autres groupes Ska-Reggae as tu enregistré à Cayenne ? "
Albert : " 8.6 Crew pour leur dernier CD, ASPO pour deux titres inédits, Western Special (album " Hot Jamaican Mixture "), Manutension, Pepitas, J'ai enregistré 3 titres pour Juska, mais ça n'a pas été une collaboration très fructueuse.
En ce moment, j'enregistre le nouvel album de Jah On Slide qui sortira en février prochain.

Skanews : " Tu as travaillé il y a peu pour Tabou 1 sur le nouvel album d'Horace Andy "

Albert : " C'est un album qui devrait sortir avant la fin de l'année voire début 2002. C'était un travail assez court, mais une belle expérience pour moi. On m'a amené des bandes d'Horace Andy enregistrées avec des musiciens comme Sly and Robbie. Je devais refaire ou réactualiser certaines parties, surtout au niveau des basses et des claviers. Pour cela, ils ont fait appel au clavier des Ruff Cut qui est basé à Londres. Nous attendions la venue d'Horace Andy, mais ça ne c'est pas fait. C'était un grand moment d'émotion pour moi à Cayenne studio. "

Skanews : "Vous venez de sortir " 2001 Dub Odyssey " chez Big 8 Records distribué par Tripsichord. Comment est née cette compilation ? "

Albert : " L'idée est venue après le mixage du " Cayenne Dub Session " d'Orange Street. Nous étions dans la dynamique de cet album Dub avec Thierry. Pendant le mixage on parlait de réaliser une compilation de Dub avec une dizaine de groupes français. Le projet est né spontanément. Nous avons eu cette idée là et nous avons contacté des groupes et leur avons proposé le projet. C'est à dire de nous fournir un de leur titre que nous allions remixer en version Dub au studio Cayenne. Nous voulions faire une compilation comme cela se faisait dans les années 70 en Jamaïque, comme Lee Perry et King Tubby. Prendre des bandes de différents studios et de compiler ça sur un album. Faire une compilation produite dans un studio avec la couleur et la patte du studio avec les gens qui travaillent dans ce studio là. Ca n'avait jamais été fait en France. Les groupes ont tout de suite accepté le concept. Ca les sortait du cadre classique. "

Skanews : " Est-ce que les groupes ont eu des exigences ? Obligation par exemple d'avoir un de leur membre ou leur ingénieur du son avec vous dans le studio ? "

Albert : " Etant donné que le nom Cayenne avait circulé avant, nous avons eu carte blanche de tous les groupes. "

Skanews : " Après écoute des mixages Dub, est-ce qu'un des groupes impliqué a été déçu et à refuser d'apparaître sur la compilation ? "
Albert : " Pratiquement 100 % des groupes ont découvert le mixage à la sortie du disque. C'est ça qui nous a motivé pour donner le meilleur de nous-même. Il y avait un challenge et une réputation à tenir. Le but est que tous les groupes soient satisfaits, tous à égalité. Tout le monde a été pris au sérieux. Tous les mixes ont été faits avec la même volonté. Ce qui est satisfaisant, c'est que les groupes ont été surpris. Ils nous ont appelé pour nous dire qu'ils avaient aimé le mixage de leur titre. Ca confirme que la direction est bonne et qu'il faut continuer sur cette lancée. L'année prochaine il y aura un " 2002 Dub Odyssey ". Nous allons travailler avec Jérôme du label Big 8 pour une deuxième aventure. On commence à contacter des groupes complètement différents du volume 1. Certains avaient déjà été contactés pour le volume 1 mais n'avaient pu répondre favorablement pour des questions de temps. Il y aura entre 12 et 15 morceaux sur ce volume 2. A l'avenir, l'idée est aussi d'ouvrir cette compilation à des groupes étrangers. Le top serait d'avoir accès à des bandes d'artistes jamaïcains et de pouvoir les remixer. J'ai une ouverture sur ça, donc je vais travailler dans ce sens pour avoir deux titres d'artistes jamaïcains. "

Skanews : "Les critiques des médias sont bonnes ? "

Albert : " Le disque est récent, il n'y a pas encore eu beaucoup de chroniques dans la presse. Nous attendons novembre. La réaction du public est positive. Le disque se vend bien. L'accueil des magasins pour ce disque est très bon. A chaque fois que je me suis présenté auprès d'un disquaire en tant que réalisateur de cette compil, cela a toujours été chaleureux et positif. C'est un disque qui ne laisse pas indifférent. "

Skanews : " J'ai entendu dire avant la sortie de votre disque, qu'un projet similaire devait sortir sur un autre label… "

Albert : "Jérôme du label Big 8 avait contacté différents distributeurs. Wagram avait dit à Jérôme qu'un projet Dub était déjà prévu chez eux et que " 2001 Dub Odyssey " ne les intéressait pas. Je n'ai pas plus de nouvelles, mais je pense que se sera une compilation classique où les groupes fourniront un de leur Dub. Ce qui n'est pas du tout la même démarche que la nôtre. "

Skanews : " Parle-moi du travail de mixage effectué sur cette compilation. Thierry avait l'air très excité à l'idée de ce disque et voulait beaucoup s'investir. Ce travail semblait important pour lui. N'est-ce pas difficile d'avoir deux ingénieurs passionnés en même temps derrière la même table de mixage ? "

Albert : "Avant, la musique s'enregistrait sur peu de pistes. Le mixeur avait les mains assez libres pour pouvoir envoyer les effets sans trop se prendre la tête sur le nombre de pistes à gérer. Aujourd'hui la musique s'enregistre plutôt sur 24 pistes. Ce qui fait qu'enfin de compte, cela demande un travail plus conséquent. Le fait d'être à deux permet de se partager le travail sur les envois d'effet. Chacun à son rôle, l'un s'occupe de la rythmique, l'autre de ce qui est harmonique. Il y a des morceaux que j'ai mixé seul, et d'autres que l'on a fait à 4 mains. "

Skanews : " J'ai entendu dire que tu avais eu des problèmes de locaux et que tu devais peut être déménager à la Caserne de Pontoise avant la fin de l'année. "

Albert : " Pour l'instant Cayenne studio est toujours en place. Le studio se situe dans un local qui appartient au domaine, au département du Val de Marne. Le département veut récupérer cet endroit pour des projets qui le concerne. Il y avait une menace pour les gens qui avaient des activités dans ce lieu là. Maintenant, je suis le seul occupant dans ce local là. Après certaines démarches juridiques, j'ai réussi à repousser l'échéance. Quant à l'éventualité d'aller s'installer à la Caserne à Pontoise, il y avait bien cette idée là, mais elle a été mise en stand by du fait que je peux encore rester sur le site à Ivry, jusqu'à la mi-2002. Ensuite je compte m'installer à Marseille. J'ai une affection particulière pour cette ville, je la connais depuis longtemps et j'ai une partie de ma famille qui est là-bas. J'ai la volonté de m'y installer pour travailler dans un autre cadre et prendre du recul sur la région parisienne. Il y a moins de groupes sur Marseille que sur la région parisienne, mais il y a un mouvement Reggae important. Les groupes se déplacent facilement. J'ai un projet de monter à côté de quoi loger les groupes afin de permettre à des groupes de toute la France de venir enregistrer un disque à Cayenne et de prendre du recul par rapport au lieu qu'ils habitent, dans un cadre serein. Ce sera un studio avec résidence d'artistes. "

Skanews : " Ca va être facile de retrouver les mêmes sonorités par rapport à la conception du studio, l'acoustique ? "

Albert : " Je pense que l'univers sera différent. Sur le nouveau projet, je veux aller encore plus loin, pour avoir une salle de prise de son très grande pour pouvoir faire de l'enregistrement live total. A Ivry je suis limité par la place. Je veux retrouver cet état d'esprit des années 60 et 70 live studio avec toute la souplesse qu'il faut. Pouvoir réenregistrer certaines parties, les retravailler, mais avoir une base live qui apporte beaucoup au niveau de l'énergie. "

Skanews : " Le studio te laisse du temps pour ta vie de famille ? "

Albert : " Non, c'est un peu une vie de moine. Je me consacre à 100 % au studio. On verra la vie de famille pour plus tard. "

Skanews : " Tu nous a dit vouloir enregistrer des groupes jamaïcains. Au niveau de la scène française, qui voudrais-tu enregistrer ? "

Albert : " Jim Murple Memorial, c'est un de mes rêves de travailler avec eux. "

Interview : Jean-Pierre Boutellier / Skanews.

 

Cayenne Studio
7 Rue Francisco Ferrer
94100 Ivry Sur Seine
01.49.59.87.85


Various Artists : " 2001 Dub Odyssey " (Big 8 Records / Tripsichord)

Improvisators Dub : "The Bird, The Frog & The Dub"
Sism.X Dub : "I Can Stand"
K2R Riddim : "Reggae Music Everyday"
ASPO : Furioso"
Rude Boy System : "They Say"
Western Special : "Le Chat"
Jah On Slide : "Slide Theme"
100 G. De Têtes : "Why Did You"
Orange Street : "Keep You Job"
Manutension : "Sir Warrior Dub"
Boy In The Boat : "Caledonian Road"
One Race : "We Wanna Play"
Pepitas : "Boléro Dub"
8°6 Crew : " Marseille Dub "

Tous les titres sont en version Dub et mixés à Cayenne Studio.

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