HAO
Octobre 2001

L'art et la manière
Il y a quelques années, Hao envoya à la rédaction de Skanews quelques photos de ses oeuvres réalisées sur divers supports. Son travail nous a tout de suite fait tilter ! Hao est véritablement un maître dans l'art du pochoir. Détail non négligeable, une grande partie de ses oeuvres est consacrée aux portraits d'artistes jamaïcains. Il expose, depuis quelques mois, une partie de ses réalisations sur le site de Skanews (4 nouvelles ouvres présentées par mois), et c'est un véritable succès. Si vous rêvez d'avoir un portrait unique de Prince Buster, Laurel Aitken, Freddie McKay ou Max Romeo accroché dans votre salon ou votre bureau, c'est à ce p'tit gars plein d'avenir qu'il faut vous s'adresser !
Skanews : « Je crois que tu viens du Hardcore. En écoutes-tu toujours ? Comment es-tu arrivé à la musique jamaïcaine ? »
Hao : « C'est exact.
J'ai commencé à écouter du Hardcore vers 1984-85, en découvrant des groupes
comme Black Flag, Negative Approach, Septic Death. Puis j'ai évolué vers un
style plus radical en 1987 : le New York Hardcore (Agnostic Front, Carnivore,
Raw Deal.). D'ailleurs à Paris, à cette période, on était seulement une
cinquantaine à apprécier ce style, c'était mal vu : crâne rasé, violence.
C'est vrai, on était des anges aux figures sales : interdiction de concerts.
Et dire que maintenant c'est à « la mode » !!
Oui, ça m'arrive de temps à autre de réécouter mes vieux vinyles et de me
remémorer les bons vieux souvenirs. En fait, bien avant le Hardcore, j'ai écouté
comme tout le monde Bob Marley, Culture. Puis, j'ai découvert le Reggae / Ska
joué par des blancs avec des groupes comme The Clash, The Ruts, The Specials.
En ce qui concerne le Ska / Rocksteady / Early Reggae à proprement parlé,
c'est un pote, grand fan de Reggae, qui m'a fait écouter des vieux Trojan,
Studio One vers 88. je me rappelle encore, le premier squeud qu'il a passé était
un morceau de Laurel Aitken. Voilà l'histoire, depuis, j'ai toujours gardé un
oeil sur les productions Ska / Reggae. »

Skanews : « Quels genres de styles et quels groupes préfères-tu ? »
Hao : « Vaste question
! On ne peut pas se contenter d'aimer un seul style de musique. Personnellement,
j'écoute plein de trucs. Selon mes humeurs, ça peut être du R 'n' R, du Jazz,
du Boogie, de la Pop. Tout sauf de la Techno!
Concernant la musique jamaïcaine, c'est pareil, du Ska au Reggae en passant par
le Dub et le Ragga. Mais, j'ai un petit faible pour la période sixties. Mes
artistes préférés, il y en a tellement : The Clarendonians, Prince Buster,
Jackie Mittoo, The Blues Busters, The Gaylads. Ces temps-ci, je passe en boucle
le superbe CD des Gaylettes sur Westside. »

Skanews : « Tu exprimes ta passion pour la Soul et la musique jamaïcaine par le biais de graf'. Peux-tu nous expliquer tout ça. Comment est venue cette idée ? »
Hao : « C'était vers 1995, je voulais concilier ma peinture avec les musiques que j'aimais. Je voulais réaliser des ouvres assez expressives mettant en rapport direct peinture et musique jamaïcaine. Comment exprimer cela sans recourir à une peinture abstraite pseudo-intellectualiste s' expliquant davantage par les mots que le visuel (par exemple, une ouvre où il y a 2 taches, où l'artiste va t'expliquer par discours intello-artistique qu'il voit là tel ou tel aspect). Par conséquent, j'ai voté pour la simplicité : l'art figuratif du portrait. »
Skanews : « As-tu fait des études de dessin, de peinture ? »
Hao : « Non, aucune école d'art. »
Skanews : « Sur quels supports travailles-tu et de quels styles t' inspires-tu ? Quelles sont tes méthodes de travail ? »
Hao : « Au départ, je peignais uniquement sur des t-shirts en représentant des logos de groupes que j'aimais (SOIA, Merauder.). Puis, à une période, tous mes pochoirs étaient destinés à être bombés sur les murs de Paris. La rue, c'est le meilleur moyen « d'exposer », ça touche n'importe qui. Mais, ça devenait craignos : Renforcement de la brigade anti-graff, effaçage intensif des murs.). Alors, pour m'exprimer à moindre coût possible, je me suis mis à peindre sur des objets uniquement récupérés dans la rue ou donnés par des gens (planches de bois, portes.). Je redonnais une âme à ces objets insignifiants. Il est évident que je m'inspire beaucoup du « Custom Art » des 50's. Concernant les formes, les couleurs, et la technique, je m'inspire du « Pop Art » des 60's. Andy Warhol a été l'un des premiers à considérer la peinture au pochoir en tant qu'ouvre d'art à part entière. Auparavant, le pochoir était considéré comme une expression décorative. Au sujet de mes méthodes de travail, ça serait trop long à les développer, mais disons que je me prends beaucoup la tête pour la découpe (du pochoir) et le choix des formes, des couleurs pour le fond d'une ouvre. »
Skanews : « Tes oeuvres
sont exposées régulièrement ? »
Hao : « Non, hélas, les portes des galeries me sont souvent fermées. Le
travail au pochoir et à la bombe est mal reconnu par les responsables des
galeries. En plus, si tu n'as pas fait les Beaux-Arts, c'est encore pire pour
toi ! De toute façon, dans le monde de l'Art, c'est piston et compagnie ! La
seule pochoiriste qui peut se permettre d'avoir les galeristes à ses pieds est
ma copine Misstic. En France, si tu n'as pas un nom, c'est hard pour toi ! Il y
a plus de reconnaissance pour ton nom que pour ton travail.
»
Skanews : « Quel genre de lieux cherches-tu pour exposer ? »
Hao : « J'aime bien les bars, les boutiques. Ca touche un plus large public, mais ça vend mal. Mes meilleures expos ont été faites au « Silence De La Rue » (disquaire), « Ben Sherman » (vêtements), « Euro-bar ». »

Skanews : « Tu vends tes oeuvres à quel prix ? »
Hao : « En ce qui
concerne mes ouvres figuratives, elles se vendent très mal. J'en offre plus que
j'en vends ! Sinon, j'ai vendu pas mal d'ouvres abstraites. A croire que les
gens préfèrent exposer chez eux des ouvres neutres qui ne choquent pas.
Personnellement, je n'aime pas trop peindre de l'abstrait, c'est de la facilité,
je peux en faire 6 ou 7 par jour à la chaîne. Mes ouvres qui représentent
vraiment du temps de travail sont souvent sous-estimées, c'est l'éternel problème
des artistes : « L'art rend inquiet, insatisfait » (Henry Miller).
Toutes mes ouvres sont à 30 % de leur prix réel. Le marché de l'art a été
créé par les riches pour les riches ! Moi, je brade. Sauf pour les galeristes,
ils ont de la thune, en plus si tu leur vends un tableau à 400 Francs par
exemple, ils vont l'afficher à 4000 balles dans leurs galeries. »
Skanews : « Fais-tu des réalisations à la commande ? »
Hao : « Non, à vrai dire très rarement. Pourquoi ? Car souvent, on te demande de peindre telle ou telle chose imposée. Je ne travaille pas comme ça. Ca ne devient plus un travail où l'expression personnelle est mise en valeur. »
Skanews : « Quels sont les artistes que l'on te demande le plus de faire ? »
Hao : « Bob Marley avec ses dreads et son pétard ! Peut-être un jour. Mais ça sera sans dreads ni pétard (ah ! ah !)
Skanews : « Je crois que tu as beaucoup de choses dans les squats. Il en existe encore beaucoup sur Paris ? »
Hao : « Oh oui, j'ai
beaucoup bossé dans les squats qui ont fait grand bruit : « Rue Pastourel »,
« La Bourse », « Chez Robert-Rivoli ». Ca me permettait d'avoir un espace de
travail, un atelier. Mais, depuis peu, j'ai quitté ce mouvement car le folklore
pseudo-hippie commençait à me saouler. En plus, on m'a volé pas mal de matos,
d'ouvres. Tu avais un va et vient de gens perpétuel, alors pour bosser sérieusement,
c'était hard. De plus, 70 % de ces mecs sont issus d'un milieu aisé et se
prennent pour des artistes bohèmes sans thunes (alors qu'ils sont pleins aux
as), la majorité passait plus son temps à draguer les petites minettes qu'à réellement
bosser. Ils me prenaient la tête pour être plus présent dans les lieux, mais
moi, j'avais un travail à côté pour gagner ma croûte. Je n'ai pas d'appart
à Neuilly, ni papa qui me donne des thunes chaque mois. Les squats artistiques,
ce n'est pas les squats Punk que j'avais connus !
Oui, je crois qu'il doit en rester une bonne dizaine sur Paris. Mais je préfère
dorénavant peindre dans les cages d'escalier de mon immeuble la nuit, au moins
je suis tranquille ! »

Skanews : « Tu as aussi beaucoup peint dans Des magasins. »
Hao : « Oui, j'avais
peint la devanture de Patate Records à l'ancienne adresse (RIP). C'était cool,
Pierre Patate m'avait dit : « Tu peins ce que tu veux. »
Patrick de London Styl voulait aussi que je repeigne l'intérieur de sa nouvelle
boutique « Ben Sherman ». Ca me demandait trop de taf, j'ai refusé. »
Skanews : « Réalises-tu aussi des peintures directement chez les gens ? »
Hao : « Non, cela représente trop de taf au pochoir. Mais ce n'était pas les propositions qui manquaient. Souvent les gens me demandaient de refaire tous les murs et portes de leur appart. Ils ne s'imaginent pas le boulot ! En plus, ils me disaient : « Si ça nous plait pas, on effacera » (hic !) »
Skanews : « Que penses-tu de la scène Ska / Reggae actuelle ? »
Hao : « Question
difficile. Je vais te paraître ambiguë, mais il faut voir les choses en face.
Dans un sens, je trouve chouette que davantage de gens se mettent à apprécier
cette musique. Néanmoins, il ne faudrait pas que ce mouvement devienne une mode
engendrée par le mainstream. Cela serait négatif dans le sens où les big boss
vont s'approprier les fruits en faisant n' importe quoi, par exemple de faire
des éloges ou de descendre des groupes qui ne le méritent pas. Ou encore
d'influencer le choix d'un « public mouton ». (cf. ce qui c'est passé aux
U.S.A.)
Concernant les groupes, le nouveau millénaire commence bien, on voit de plus en
plus de groupes respecter les racines de cette musique, le « beat » originel
du Ska / Early Reggae revient en force avec des groupes comme Viking's Remedy,
ASPO, Moonhop, TopCats, Los Psico Rudeboys, Rude Rich.
Néanmoins, je trouve regrettable que certains groupes qui font du Ska crossover
disent dans les interviews qu'ils ne connaissent pas très bien ou s'en foutent
du Ska traditionnel des sixties. Il ne suffit pas de faire trois de notes de
cuivres pour se prétendre groupe de Ska ! Respect the Roots ! »
Skanews : « Est-ce que des groupes et des labels t'ont déjà contacté afin de réaliser des pochettes de disques ou des t-shirts ? »
Hao : Non, je n'ai pas eu de propositions concrètes récemment. Il y a 2 ou 3 ans, le mec de reggae Retro / Trybute Records voulait me proposer de réaliser les pochettes de Derrick Morgan, Lloyd Charmers. Mais pour des problèmes de contrat international, le projet est tombé à l'eau. »

Skanews : « Quels sont tes projets ? »
Hao : « Projet 1 : trouver un taf !! pas de boulot, pas de thunes ! Projet 2 : continuer les portraits d'artistes jamaïcains, soul. Projet 3 : développer mes autres thèmes de peinture. Projet 4 : Ouvrir un magasin de squeuds ! (sans rêve, on meurt !).
Pour tous contacts : lord.hao@caramail.com
Interview réalisée en octobre 2001 par JP-Boutellier / Skanews.
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