MISTER GANG

Attention ! Mister Gang n'est pas un groupe de "p'tits jeunes" recruté par une maison de disques afin de ramasser plein de blé durant cette période faste pour le Reggae en France. Je tiens absolument à le dire, car j'ai déjà entendu ce genre de propos, tenu par des mauvaises langues, lors d'un des derniers concerts Reggae que j'ai pu voir en Région Parisienne. Mister Gang est un groupe authentique formé par des musiciens qui ont déjà tous pas mal bourlingué par le passé. Cette formation distille sur scène un Reggae Roots puissant, coloré et excitant appuyé par textes bien ciselés.
Après avoir entièrement autoproduit son nouvel album, "Liberté Illégale", Mister Gang a signé une licence chez Epic / Sony, qui a édité la galette en juin dernier. Le bilan s'avère positif, le disque se vend bien, le groupe a entamé une tournée marathon jusqu'à l'été prochain et était en live à Nulle Part Ailleurs (C+) il y a quelques semaines. Le clip "Tout Le Monde Est là", premier extrait single de l'album est diffusé sur de nombreuses chaînes et le disque passe en radio !
Le seul reproche que l'on peut faire à ce groupe est le fort décalage entre le son sur scène et sur disque. Si les concerts sont très "Roots", le disque en revanche offre un son très "F.M." avec des voix mixées trop en avant à mon goût. C'est dommage, car les compositions sont excellentes et les textes veulent vraiment dire quelque chose. Je rêve d'entendre un jour ce disque mixé "plus Roots" (disons à la K2R Riddim pour rester dans des références françaises) ou tout simplement d'avoir le bonheur de me procurer chez mon disquaire dans un avenir proche un album "live" de Mister Gang tiré de la tournée actuelle.
Mister Gang est un groupe à soutenir, ces sont des mecs cools, ils font de la bonne zique et savent écrire des chansons qui tiennent la route. Skanews les a rencontré pour vous lors d'une répétition à l'E.M.B. de Sannois. La basse vibrait, les cuivres étincelaient, le Roots Reggae était dans la place pour mon plus grand bonheur...
Skanews : "Pouvez-vous nous présenter votre groupe ?"
Mister Gang : "Ca c'est une vieille, vieille histoire. C'était fin 89, une bande de potes qui s'est rencontré plus ou moins un peu au hasard, des anciens de l'ancêtre des Silmarils qui s'appelait Silmarils and the big noise. On s'est rencontré dans une MJC, en fait, à la base sur la formation actuelle il ne reste que deux musiciens. Donc au début, on faisait pas mal de Ska et de Reggae, c'est à dire que l'on faisait des reprises des Clash, des Busters. Genre, il y avait un titre des Busters qui était notre morceau qu'on a joué pendant... pendant 1 an, on ne jouait que ça en répète, on a quasiment joué que ça."
Skanews :"C'était lequel ?"
M.G. : "Small Town", ouais, on tripait Madness, tout ça, les Specials, enfin le Ska, Ska anglais des 70’s."
Skanews : "Donc quand le groupe s'est formé, c'était pour jouer cette musique là, c'était vraiment la base de départ de votre formation ?"
M.G. : "La base de départ c'était ça, mais il y avait aussi pas mal d'influences genre R&B, je pense, on kifait la Soul, donc on a commencé à mélanger tout ça quoi !. On ne pensait pas spécialement faire des concerts ou quoi que ce soit, on était des minots, on tripait , on faisait un peu tout ce qui nous branchait. On était une bande de potes sur Courcouronnes dans l’Essonne (91) et il y avait pas mal de trips autour du Ska. On écoutait aussi les Bérus, c'était le trip de l'époque quoi ! Et puis en même temps, on kifait tout ce qui était James Brown, Otis Redding. C'est clair on avait pas mal d'influences black music dans l'ensemble et puis on a mélangé un peu tout ça, on a fait des reprises, après on a très vite fait des compos, et on a très vite arrêté de faire des reprises."
Skanews : "Les premières compos étaient du Ska aussi ?"
M.G. : "Ouais, " Le P’tit Chap’" qui est sur le premier album, l’album vert, c'est vraiment l'un des plus vieux morceaux. Le premier c'est "Power Soul", c'était un truc un peu Soul, Funk, machin... la première compo en fait c'était ça et ce n'était pas du Ska. Le deuxième, c'était le "P’tit Chap’", et puis du Reggae. On avait un truc qui s’appelait "La Mort Du Lion", c'était sur Bob Marley."
Skanews : "Le premier album est arrivé très vite après la formation du groupe ? Vous l'avez édité quand ?"
M.G. : "Le premier album est sorti en janvier 94 il me semble, et en fait tout c'est enchaîné assez vite, disons que du groupe qui répétait dans une cave, en 2 ans on a commencé à faire nos premiers concerts avec des potes qui nous ont vraiment influencé. C'est un groupe qui s'appelle Carré Blanc Pour Série Noire. Mols, notre trompettiste à d'ailleurs a joué avec eux, ainsi qu’avec les Washington Dead Cats."
M.G. : "Nos pères spirituels, ce sont vraiment eux, Les Carrés Blancs. Ces concerts là, ça m’a marqué, ça m’a donné envie de jouer dans un groupe. Et donc tout c'est goupillé assez rapidement, de la cave on est passé à un local municipal qui se situe à Evry, un truc qui s'appelle "La Halle du Rock", qui au début était un truc assez modeste, où il y avait une trentaine de groupes et au fur et à mesure des années c'est devenu un truc assez bien. Ce sont des studios de répète mais il y a aussi maintenant une partie enregistrement. Ils font quand même beaucoup de choses maintenant pour les groupes, on leur doit énormément, ça c'est clair. Parce que nous ne leur payons que 500 balles par mois, tu vois, à 8 cela ne fait pas très cher. On avait plusieurs créneaux avec eux, on s’arrangeait, enfin tu vois, le nombre d’heures qui te branche et c'était bien. Grâce à eux, on a vraiment pu démarrer, faire les premiers concerts, les premières parties intéressantes genre F.F.F., Massilia, Human Spirit. Au début, on a commencé comme ça, on a fait notre premier album sur le tas, en 3 jours. mixé, enregistré en 3 jours. En fait, on était dans une salle avec cabine son. Un genre de petit studio et on a joué en live ce qui fait que le résultat est un peu étrange. Ouais, c'était même pas un studio d’enregistrement, c'était un studio de pré-productuion de scène où en fait les groupes venaient préparer leurs scènes, leurs sons, des choses comme ça. Donc, en fait pour enregistrer, pour faire du live, pour faire vraiment du live, et nous on a fait l’album là dedans. Il y avait les retours qui étaient dans la salle et tout en live direct. Le mixage, ça a été un peu l‘enfer mais bon il est là !"
M.G. : "Ouais, le matos que l'on avait à l'époque n'était pas non plus hyper adéquate, c'est à dire que nous n’étions pas super au courant de tout, donc le matos que nous avions loué, genre les écoutes c'était des "Ramsay" en plastique, genre pas du tout précises, il y avait des micros qui étaient un peu fatigués. La console, c'était une console de live. C'était vraiment un peu tiré par les cheveux, et puis ça a donné un résultat qui est hyper péchu parce qu'on avait la dalle grave. Mais par contre c'est spécial, au niveau du son, mais nous on adore cet album !"
M.G. : "Ce premier album était une autoproduction. Disons que nous avions économisé un petit peu de tunes avec tous les concerts que nous avions fait, puis nous nous sommes rapidement mis en association pour pouvoir, disons, mettre en commun l'argent qu'on gagnait, enfin le peu d'argent que l'on gagnait sur les concerts. L’album nous a coûté, je sais pas... L’enregistrement nous a coûté 20 000 balles, le pressage nous a coûté... au total il nous est revenu à peu près 50 000 Francs. C'est Night & Day qui l'a distribué. Je ne sais pas combien on en avait tiré, 5000 exemplaires je crois, je ne suis pas certain..."
M.G. : "On a fait 3000 exemplaires et après on en a tiré de nouveau 2000. C'est resté confidentiel et maintenant encore des gens nous le demande. Cet album est un peu mythique parce qu'on commençait les compos, elles sont... elles valent ce qu’ elle valent mais il y a vraiment, je trouve, des moments de bravoures. C'est vraiment genre la grande époque quoi ! On était énervé, on jouait, ouais c'était ça, on mélangeait en plus vraiment pleins d’influences. c'est à dire, il y avait un morceau Ska comme " le p’tit châp'", il y avait quatre morceaux Reggae, et puis le reste c'était un mélange de Funk, R&B, voire Fonk à la F.F.F. quoi ! Fonk-Rock à mort !"
Skanews : "Vous souhaitez les réenregistrer un jour ?"
M.G. : "Les réenregistrer peut-être pas, mais les remixer.... Peut-être qu’un jour on le remixera vraiment bien... parce que c'est clair, à mon avis ça va être dur ! parce qu'on les a réécouté il n'y a pas longtemps et se sera quand même difficilement mixable... Ou alors, on le rééditera peut-être tel qu'il est, je ne sais pas, en collector pour ceux qui veulent, il est tel qu'il est ! (rires)
Skanews : "De toute façon, c'est le reflet de ce qu’était le groupe à cette époque là..."
M.G. : "Exactement, on ne va pas renier ça et après on a continué en fait, on a enchaîné...
M.G. : "Par rapport au nouvel album qui est sorti en juin dernier, nous avons encore reçu un coup de téléphone, encore une autre personne qui redemandait le premier album, qui demandait si c'était possible de l'avoir ou qu'est-ce qui allait se passer sur cet album, parce qu'il y a des rumeurs qui disent qu'il va ressortir, parce qu’en fait on a fait un 4 titres juste derrière et il y a une rumeur en ce moment comme quoi on va sortir un espèce de coffret avec le nouvel album "Liberté Illégale", le 4 titres et le premier album."
Skanews : "Mais ça serait une bonne idée ça..."
M.G. : (Rires) "Mais ce n'est pas vrai, c'est pas un truc qui a été, enfin tu vois, annoncé et lui, lui il veut l’album, mais on lui a dit qu'on allait peut-être le remixer, le remasteriser, mais lui, il le veut tel quel, tel qu'il a été enregistré ! Donc c'est marrant, ça ressort, il y a toujours des mordus au concert, c’t’album, il va faire son chemin, il a une personnalité. Si on le remixe, c'est plus pour nous, c'est plus pour le trip ! Je pense qu’il est bien comme ça avec ses défauts."
M.G. : "Après ce premier album, nous avons fait un 4 titres, "Réagis", qui est pour moi et pour la plupart d’entre nous celui qui est vraiment le moins réussi (rires). C'est à dire qu'on est passé d’un 12 titres, prises en live, mixé, tout en 3 jours avec du matos "armoire" ! Après, on a gagné un prix, c'était dans le cadre de "Campus à l’oreille". Donc on a eu un peu de tunes, on s'est dit, on va faire un quatre titres avec un pur son quoi ! On était au studio Plus 30, donc tu vois, méga studio, gros moyens, on a passé 10 jours là-bas, on a vraiment... on a chiadé le truc le plus possible et au final on obtient un truc avec un ingénieur du son qui ne connaissait pas notre type de musique, qui était très bon, mais qui ne connaissait pas notre style de musique. On s'est retrouvé avec un truc, gros son mais alors froid...! Le disque a été distribué par Night & Day en 1995."
M.G. : "Depuis ce quatre titres, nous avons fait pas mal de concerts, une petite pause en 97, mais disons que le premier album et le quatre titres nous ont permis de trouver beaucoup de concerts, de faire des festivals, de commencer à faire des petites tournées. Tout cela a été vraiment super important de se faire connaître vraiment ailleurs, de sortir... Je crois même que c'était une des premières fois que l'on sortait de l’Ile de France. Ca a permis à Mister Gang d'aller en Sibérie et à Moscou. Tu vois, ces 2 albums autoproduits et en petite distribution, ont permis de faire tout ça et la Russie."
Skanews : "Et comment c'était là-bas, le public connaissait-il le Reggae, ont-ils été surpris, déroutés ?"
M.G. : "C'était un festival international en 1995. Non ils ne connaissaient pas et ouais, surpris. En fait on a fait 2 concerts, le premier jour, c'était dans un théâtre, il y avait 2000 personnes, les gens nous regardaient un peu comme des animaux, tu vois. Qu’est ce que c'est que ce délire et puis petit à petit, petit à petit, c'est monté, monté et ça a fini genre grosse teuf !! Le lendemain c'était en extérieur, là, il y avait 6000 personnes, un truc comme ça, ou peut-être plus et là c'était le feu absolu. Les gens avaient capté le délire et sont entrés tout de suite dedans. Ca, c'était mortel, mais ce qui était encore plus mortel c'était autour, la rencontre avec les gens, la demande de contacts qu'ils avaient puis d’échanges, c'était mortel quoi, mortel ! La musique pour eux c'était pas seulement un moyen de s’éclater ou quoi que ce soit, c'était vraiment un échange. Ils se prenaient des vibes quoi, ouais c'était mortel."

Skanews : "99 a été une bonne année pour vous. Parution de votre nouvel album "Liberté Illégale", licence avec Epic... Expliquez-moi tout ça..."
M.G. : "C'est un album autoproduit, mais ce qui s'est passé, c'est que nous avons toujours fonctionné en indépendant. On a toujours tout fait tout seul, tout le temps, en allant voir les majors avec nos disques, nos maquettes, nos bidules, voilà, en faisant écouter. Voilà, au cas ou un plan en licence se présentait. On voulait signer en licence et ça c'est pas fait pour diverses raisons, et là on a produit c’t’album là, dans notre studio qu'on a construit de nos mains. On a eu des avances par un pote qui loue du matos, et au final on a fait le disque, on a fait la pochette, on a tout fait tout seul, on l’a autodistribué tout seul au début et puis voilà ça a fait monté le buzz, parce que l’album est plutôt bien. On a eu des propositions et la plus intéressante venait d’Epic parce que Laurent CLERY, chef de produit est un mec avec qui on a eu la vibes. Il n’y a pas cru tout de suite, il n’était pas spécialement fana. En fait, notre grateux le connaissait, c’était une relation à lui, disons qu’il manageait plus ou moins à distance Nothing un groupe de Hard-Core dans lequel joue Marco notre grateux. Et donc ils se connaissaient, mais il écoutait pas spécialement du Reggae, et Marc lui avait passé notre C.D. en lui disant : "voilà si tu peux le faire tourner dans Sony..." et puis il l’a mis sur sa platine et puis il a fait : "merde (rires) attends, j’vais pas le faire écouter chez Sony quoi ! J'vais le garder pour moi !". Après on s’est rencontré, et à la limite, la proposition financière était moins intéressante que ce que l’on aurait pu avoir avec d’autres labels que nous ne citerons pas, mais au niveau humain, c’était ça le mieux !"
M.G. : "Nous voulions signer une licence et non pas directement sur une major. Pour nous cette démarche là était vraiment hyper importante dans le sens où les majors, on a couru après pendant 3 ans avec nos maquettes. Au début on te dit : "ça c’est pas très carré, c’est un peu faux là", et au fur et à mesure t’apprends. On te dit : "faut chanter en français, faut que les morceaux ne soient pas trop longs". On s’est vraiment pris la tête sur les compositions, on a fait des maquettes, et puis on retourne les voir et ils disent : "ouais c’est bien, mais on peux pas vous signer", donc on s’est dit : cela fait 3 ans que l’on attend, qu’on a rien sorti, on fait le truc en indépendant. C’est vraiment une démarche à laquelle on était vraiment attaché, de contrôler l’histoire, même si dans un sens c’est un peu plus chaud quand tu es ton propre producteur. Il faut sortir un nouveau disque, prévoir le budget pour le faire nous même etc... Rester indépendant c’est clair, on a vu trop de groupes qui se sont fait produire et qui n’étaient pas maître de leur truc, et le fait que c’est distribué, au bout d’un moment tu contrôles plus l’effet que ça a sur les gens. Au moins que nous contrôlions la base, c’est vraiment important. Le fait de rester indépendants nous a permis, sur plusieurs années, de rencontrer pas mal de gens. Ce côté démerde nous a permis aussi d’avoir des contacts pour enregistrer cet album, de pouvoir louer du matos à un bon prix, d’ailleurs on salue Hughes Defrance qui nous a vraiment permis de réaliser ce disque. Rester indépendants nous a permis d’aller à fond dans notre truc et pas de rester assistés. Et ça c’est ultra important dans un groupe comme nous. Tu vois on est un dizaine, il y a toute une régie technique derrière et on se prend en main. On est une grosse famille, on est ensemble. Même artistiquement pour nous, ces 3 années qu’on a passé à démarcher les majors après le quatre titres, on a construit notre studio, on l’a aménagé etc.... avec l’isolation sonore, et on s’est vraiment penché sur le travail du studio, on a fait beaucoup, beaucoup de maquettes, d’enregistrements, on a travaillé le son et pour nous c’était quelque chose aussi super important, c’est à dire de s’impliquer vraiment dans le travail de la production. C’est la synthèse des 2 disques. Tu vois, le premier album était Roots avec un son peut être pas au point mais la patate ! Le quatre titres avec un gros son mais du coup t’as perdu un peu tes repères. Eh bien voilà pour le nouvel album, il fallait mélanger les deux, c’est à dire avoir les vibes, donc le faire chez nous avec le son, c’est à dire louer du matos de qualité et avec en plus un travail d'arrangements."
Skanews : "Vous êtes en licence avec une major. Est ce que Sony est vraiment autant derrière vous que s'il avait produit votre disque. Au niveau financier, cela doit être différent pour cette maison de disques ?"
M.G. : "A la base, non..."
Skanews : "C’est moins intéressant pour Sony de vous avoir en licence que de vous avoir signé directement. Est-ce que ce label joue vraiment le jeu ? Comment ça se passe ?"
M.G. : "Au début, en fait, l'intérêt, c’était que Laurent Clery y croyait dur comme fer. Mais il ne pouvait pas demander monts et merveilles pour nous. Pour une licence, ça fonctionne comme ça : il y a des choses préétablies, et si ça marche un peu comme ça, le label réinjecte un peu d’argent dans la distribution. Ce qui se passe en fait, les retombées sont suffisamment conséquentes pour que là, le label considère le groupe comme une priorité. "
Skanews : "C'est vous qui avez décidé d'appeler ce disque "Liberté Illégale" ?"
M.G. : "Oui, on se sert un peu de la pochette de l’album comme d’une vitrine pour dénoncer une hypocrisie de notre société au sujet de cannabis, qui est largement consommé par beaucoup de monde et pas forcement dans l'excès et pas forcement en faisant n’importe quoi. Le texte est suffisamment explicite, je pense, pour qu’on en rajoute pas. Nous, on ne pousse pas les gens à fumer, on veut juste arrêter l'hypocrisie, qu’on en parle ouvertement, mais ce n'est pas un fer de lance pour nous ce thème là. Ca fait parties des nombreuses hypocrisies de notre société et voilà on s’est servi de ce titre parce qu’il était assez évocateur. C’est le paradoxe."
Skanews : "Il y a un premier single qui est extrait de cet album, "Tout Le Monde Est Là". Le clip tourne sur de nombreuses télés. Vous pouvez me parler un petit peu de tout çà, au niveau du clip par exemple, qui l'a financé ?"
M.G. : "Alors justement, là encore une fois, c’est peut-être un des avantages d’être indépendant, enfin d’être le producteur du produit. C’est que nous avons quasiment imposé pour le clip un pote à nous réalisateur, qui fait des choses et qui nous connaissait visuellement, et on a réussit à montrer à Sony, qu’il fallait que nous bossions avec Christian. Ouais, on a vraiment réussi à les convaincre et le groupe est co-producteur du clip sur le premier single. Tu vois, ça aussi c’est un des avantages et quelque part c’est aussi une marque de confiance de la part de Sony d’avoir accepté qu’on choisisse le réalisateur."
M.G. : "Ouais parce qu’à la base, c’était pas gagné non plus. On arrive, le clip d’accord, on fait un clip mais nous on voudrait que ce soit Christian Boiliveau qui le fasse. C’est un pote à nous, il va nous filmer avec une caméra vidéo, voilà. Pour eux (Sony), c’était... (rires), ils flippaient, même Laurent Clery, qui ne nous connaît pas tant que ça... Donc ils flippaient, donc il y a eu des conditions assez sévères pour que ça le fasse. C’est à dire que si cela ne leur plaisaient pas, ils risquaient de ne pas payer, tu vois, il y avait le problème, ce n’était pas non plus hyper détendu, mais tu vois, ils ont pris le risque de financer le truc et au final ils ont été super content. Chez Sony, tout le monde sortait des bureaux et ils nous disaient : "super le clip, c’est hyper frais, mortel !". Au final, ça montre que c’est possible de travailler avec les majors à partir du moment ou toi t’es carré et que tu ne fais pas n’importe quoi. Tu vois, Christian, ça fait 6 ans que nous le connaissons, c’est un super pote, il est venu nous filmer pleins de fois, il a déjà fait des petits clips d'essai comme ça dans son coin donc le jour J il était prêt et on avait confiance en lui. C’était pas pour placer un pote parce que c’est juste un pote, c’est un vrai pote et en plus il est compétent."
M.G. : "Mols disait que c’était pas évident, toi tu parlais de contrat de licence, tu vois, genre la limite et c’est vrai pour eux le clip c’est un outil de promo, tu vois, chez les majors et donc tu vois, c’était à eux de gérer ça et nous, nous avons mis notre nez dedans, tu vois (rires)..."
Skanews : "Déjà en licence vous avez le contrôle de ce que vous faîtes musicalement et vous vouliez aussi avoir le contrôle de l'image le plus possible."
M.G. : "Tout à fait. En fait, quand tu arrives dans une major, les choses s'accélèrent, tu es de plus en plus occupé. Là on va beaucoup tourner, on va avoir des interviews comme aujourd’hui, on va avoir des choses qui vont nous prendre beaucoup de temps et qui vont faire qu’on va pas pouvoir forcement suivre le business au jour le jour, tout le temps avoir le nez chez Sony à regarder ce qui se passe, donc il y a un minimum de confiance à avoir en eux et comme dit Toko, c’est d'anticiper, c’est à dire qu'il faut pas attendre le dernier moment pour dire "non, c’est pas bon" alors que le truc est fait. Il faut anticiper, prévoir les choses et faire des propositions et eux après se démerdent avec ça."
M.G : " Et c’est ça l’avantage d’être un groupe de 8 parce que chacun dans le groupe à ses compétences et cela permet de déléguer le travail. Il y en a un qui s'occupe de ça, l'autre va gérer ça, donc cela permet vraiment de le faire avec du temps. En fait, le but du jeu c’est d'anticiper tout les besoins afin de ne pas se retrouver avec des choix qui soient imposés par la major, c’est vraiment ça quoi. Eux ils vont hyper vite, quand il y a besoin de quelque chose, c’est dans la semaine, tu vois, si c’est pas fait, bon ben... ça trace , ils trouveront quelqu’un pour le faire."
M.G. : "Pour ce qui est du single, nous avons choisi " Tout le monde est là". C’était logique, c’est le titre pour faire connaître le groupe. Au niveau artistique, c’est pas celui que représente forcement le plus le groupe, mais en tout cas, c’était celui qui permettait au groupe de se faire entendre par un maximum de personnes. Donc d’ouvrir une brèche et ensuite de pouvoir faire écouter le reste, c’est ça l'intérêt."

Skanews : "Il y a aussi le morceau qui a donné le titre à votre album, "Liberté Illégale" qui pourrait tout à fait faire un bon single..."
M.G. : "C’est prévu, le prochain. C’est le prochain, bien vu !"
Skanews : "Qu’est ce que ça vous a fait de voir votre clip à la télé...?"
M.G. : "Ca fait super bizarre. En fait c’était plus fort pour moi le jour ou l'on a vu le clip tous ensemble au studio parce que je n'avais pas vu le montage. Tu sais, c’est un peu comme en studio, quand tu enregistres un truc, si tu vas pas voir le reste, tu vois, si tu viens juste enregistrer ta partie et que tu vois pas les autres enregistrer et mixer... D’un seul coup, t’as le truc qui arrive tout mixé, tout fait, cela te fait une espèce de surprise et nous, pour nous, ça le fait pas parce qu’on assiste à toutes les étapes. C’est vraiment hyper important pour nous et quand je l’ai vu ça m’a scié quoi ! Ca m’a fait vraiment un émotion assez forte c’est clair, j’étais émue."
Skanews : "Alors justement, imaginez par exemple que dans trois semaines le single "Tout le monde est là" monte dans le top et que vous arriviez en tête comme Zebda cet été... Vous avez déjà pensé à ça ?"
M.G. : "Oui c’est clair, on y pense forcement, mais on essaye de relativiser les choses de toute façon. Nous sommes comme St Thomas. Tant que cela n’est pas arrivé, cela ne sert à rien de se prendre la tête dessus."
Skanews : "Les retombées par rapport à la presse, les médias, sur le disque, le clip, comment avez-vous ressenti les critiques ?"
M.G. : "Pour l’instant, franchement, on est comblé. C’est pas forcement dithyrambique, il y a des gens qui trouve cela mortel, d’autres qui trouvent ça bien, d’autres encore qui trouvent ça pas mal.... On s’est jamais fait cassé, ah si, une fois par Rock & Folk mais c’était pas grave !"
Skanews : "Avec quelques mois de recul, comment jugez-vous votre album ?"
M.G. : " Nous sommes super contents. On est fier d’avoir fait ça, parce qu’on a tout fait tout seul. On est vraiment fier d’avoir obtenu un truc qui sonne presque comme une grosse production, et le reproche que l’on ferait c’est que cela manque un peu de folie, parce qu’on manquait de temps. On a vraiment tout axé sur la chanson et ça nous a pris beaucoup d’énergie, beaucoup de temps, et on a manqué un peu.... ouais de folie voilà. Partir en couilles certaine fois ça fait du bien !"
Skanews : "J'ai l'impression que les voix sont un peu trop mises en avant et que le mixage est très soft, on se rapproche du son "Reggae F.M..."
M.G. : "Ouais, mais ça c’est un choix. C’est vraiment un choix, c’est simple on veut ça, on a de belles voix, c’est rare en France d’avoir de belles voix. Il y a de belles voix dans le groupe, les 2 chanteurs, vraiment, ils assurent et les textes... on a travaillé sur des textes qui signifient des choses et on veut que les gens les entendent et c’est aussi important que la musique, c’est à dire que longtemps la musique a été en avant, les voix sous mixées parce qu’on avait pas grand chose à dire, machin... et on basait tout sur l'émotion musicale. Aujourd’hui on a des choses à dire, on a envie que les gens entendent et en plus elles sont dites avec de belles mélodies."
M.G. : "Les choses importantes... elles sont multiples, il y a l'hypocrisie sociale, pour moi c’est une chose qui est dramatique, c’est à dire les gens ne se parlent plus, alors comme ils ne se parlent plus, ils appellent les flics pour régler les problèmes, tu vois, ça c’est un vrai problème, c’est la communication. Sur "Sniper", on parle de racisme..."
M.G. : "En fait, nous on joue du Reggae, mais nous ne sommes pas des Rastas, on ne va pas dire Rastafari en concert ou Jah. On a notre culture d’Essonniens. En fait on parle beaucoup de ce que l'on voit, on essaye pas d’avoir des textes "moralisateurs", on essaye plutôt de raconter des histoires, comme sur notre morceau : " La place des mots" qui est un titre, enfin je trouve, au niveau des textes qui est terrible, il est super simple, le refrain dit : "Les coups ont pris la place des mots", et ça parle d’un gamin qui voit son père bourré qui rentre le soir et qui frappe sa mère. Tu vois, c’est un thème assez délicat à aborder et la façon dont c’est dit, c’est suggéré. C’est un texte qui est très très fort, sinon il y a "De l'autre côté" qui traite des problèmes des SDF. C’est l’histoire d’un mec qui est sur son trottoir, qui tend la main. tu vois ça pourrait t’arriver de te retrouver de l’autre côté. On essaye de faire des textes simples parce qu’on est pas Gainsbourg ou Cabrel, mais on est assez fier de nos textes parce qu’ils sont personnels, simples et compréhensibles par tout le monde. C’est juste raconté des histoires comme on peut raconter des histoires entre amis, tu vois, ça reste toujours très simple mais il y a des thèmes là dedans, c’est vraiment des histoires, on ne va pas essayer de se prendre le chou pour que ça se fasse... non, non, on raconte des histoires."
Skanews : "Il y a du Dub aussi sur votre album..."
M.G. : "Oui c’est une volonté. Pour nous le Dub, c’est quelque chose qui est hyper important dans le son, en fait c’est même plus largement au niveau du Reggae. Le Reggae, ça a vraiment amené une autre façon de mixer la musique, et le dub en particulier avec les effets, etc. C’est ce côté vraiment "flying", c’est à dire tu flottes dans un espèce d’univers sonore très large."
Skanews : "Vous pensez déjà au prochain album ?"
M.G. : "Oui, un petit peu, on a de nouvelles compos qui arrivent... disons que le problème, pour le moment, est qu'il va falloir que l’on s’occupe de promouvoir celui-là auprès de tous les gens qui ne connaissent pas, ce qui veut dire que l’on va être en tournée pendant au moins un an, donc le prochain album, on va s’y attaquer l’été prochain ou beaucoup plus tard, mais disons que l’on commence à travailler des morceaux, on a toujours des grattes sèches avec nous. En tournée dès que l’on a une idée, on enregistre ça sur un petit Dictaphone."
Skanews : "L'année 2000 va donc être chargée !"
M.G. : "Concerts à gogo partout en France, et peut-être aussi à l’étranger, un peu en Belgique, en Suisse, peut-être au Canada parce qu'apparemment le disque est sortit là-bas, en plus à la demande de Sony Canada.... On a halluciné, il y a des disques qui se sont retrouvés là-bas, on ne sait même pas comment. Le disque passait sur les radios au Canada, donc du coup Sony Canada a fait : "Allô, on a besoin de votre disque pour les distribuer ici" Donc nous sommes vraiment hyper contents !."
Skanews : "Que pensez-vous de tout cet engouement pour le Ska et le Reggae en ce moment. La presse s'intéresse de plus en plus à ces mouvements musicaux. Pour vous c’est très bien ou alors ce n’est qu’un phénomène de mode et cela va retomber d’ici un an."
M.G. : "Je pense que c’est un phénomène de mode, c’est indéniable, mais comme dans tous les phénomènes de mode, les meilleurs resterons, tu vois c’est clair. Ceux qui on vraiment quelque chose à dire, ils continueront à les dires et cette musique permet de dire beaucoup de choses de part les mélodies, de part l’harmonie, tu vois ça permet de poser des textes, c’est une musique intemporelle, qui est universelle, et elle a de long jours devant elle que ce soit en France ou à l’étranger. Et puis, il y a beaucoup de journalistes qui nous posent la question, "pourquoi le Reggae aujourd’hui ?", enfin tu vois, et oublient qu’il y a des groupes qui existent depuis plus de dix ans, qui sont vraiment sur la route, qui ont tourné, les salles sont toujours pleines, enfin tu vois, les festivals, les festivals Reggae / Ska sont souvent vraiment remplis, donc c’est un mouvement qui est aujourd’hui ressorti par la presse et les médias mais demain il y aura encore du monde aux concerts. C’est une évidence."
Skanews : "C’est vrai que les médias pensent que les groupes se sont formés il y a juste 6 mois et qu’il n’y avait rien avant alors que depuis des années ces groupes tournaient déjà !"
M.G. : "Exactement, exactement ! Des groupes comme les Ejectés, ça fait plus de 10 ans qu'ils sont là, on peut aussi parler de Baobab, K2R Riddim ou La Ruda ! En fait, le phénomène de mode, il est médiatique, cela ramène cette musique peut-être a un plus large public aujourd’hui, mais les salles seront toujours pleines et les gens vont toujours venir écouter du Ska et du Reggae parce qu’il y a un public français qui adore ça. Je ne sais plus qui est-ce qui disait d’ailleurs que la France était la deuxième terre du Reggae parce qu’à Londres, maintenant c’est beaucoup plus électronique..."
Skanews : "Steve Barrow disait qu’en France les gens avaient la chance d’avoir une culture Reggae parce qu’en Angleterre aujourd’hui, le Reggae est considéré comme le Raï l'était en France il y a dix ans."
M.G. : "Oui, mais en fait ce qui se passe, c’est que les jeunes générations en Angleterre, les jeunes disent que le Reggae c’est la musique de leurs parents, et ils vont plus aller chercher leur plaisir vers les mouvements électroniques..."
M.G. : "Il y a un truc, mon frère habite en Angleterre. Il me parle un peu des critiques là-bas, mais pour les anglais, de ce qu’il me disait, le Reggae c’est jamaïcain. Ce sont des jamaïcains qui font le Reggae, donc quand tu fais du Reggae comme les jamaïcains et que tu n'est pas Jamaïcain, ça le fait pas du tout pour ! Pour eux, faut vraiment que tu fasses..... si tu fais de la musique, il faut que tu fasses, de la musique qui te ressembles vraiment par rapport à ta culture, et pour eux, le fait que des français fassent du Reggae comme des jamaïcains, tu vois ça leur fait bizarre quoi !"
(la conversation sur le sujet dura encore au moins 30 minutes...)
Skanews : "Un dernier mot ?"
M.G : "Big Up à tous les indépendants qui bossent en souterrain et qui font que le Reggae aujourd’hui peut s’exprimer via pas mal de médias. Big Up aussi au public, qui est là depuis le début et qui nous soutien. Si nous sommes là aujourd’hui, c’est grâce au public.
Pour plus d'infos allez sur le site des Mister Gang
Interview réalisée à l'E.M.B. de Sannois, été 99, par SKANEWS
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