MIX UP
Interview de juin 2001

Après un premier C.D. 4 titres ("Some Friends", 1998) distribué par Scalen et vendu à 6 000 exemplaires, le groupe Mix Up édite un premier album en 1999 intitulé "Les Enfants de Gondwana" distribué quelques mois après l'arrêt de Scalen par Tripsichord pour se vendre à plus de 10 000 exemplaires.
Fort d'un Reggae Roots puissant et envoûtant, Mix Up remplit les salles durant son "Gondwana Tour" (plus de 150 dates en 2 ans) et est reconnu par la presse (et par le public) comme l'un des leaders du Reggae Roots en France.
Il y a quelques mois, Mix Up entrait en studio afin d'enregistrer son deuxième album, "A l'Ombre de Babel". Une galette 12 titres (dont 3 live) plus un morceau caché, mixée par Timour Cardenas (Mister Gang, 38 Dub Band, K2R Riddim etc...).

"A l'Ombre de Babel" fera date dans l'histoire du Reggae français !

Mix Up a su réaliser un album puissant et imaginatif, tinté de belles mélodies soignées, de textes prônant le respect de l'autre ou critiquant les dérives de notre société.

La qualité musicale est excellente, le Reggae de Mix Up n'a rien de lassant et tous les titres de cet album s'écoutent avec un réel plaisir. Le groupe a apporté des touches Dub, Ska, Calypso, voire même Jazzy sur certains morceaux ce qui apporte un relief supplémentaire à l'ensemble. N'oublions pas non plus les énormes progrès au niveau du chant... Ruben semble de plus en plus à l'aise tout comme Birby et Siâhn que l'on entend plus que sur le premier album.

La qualité du mixage est (elle aussi) très bonne... la rythmique vibre, les cuivres brillent... bref... la big classe !
Terminons avec les trois titres live qui retranscrivent bien ce qu'est cette formation sur scène... Une machine à faire vibrer !
Dernière chose... pas de "Ras Stalag For Jah "(live) sur cet album... La version reste pour le moment uniquement trouvable sur la compilation "Frenchy 3".

" Al'Ombre de Babel " est disponible depuis le 2 mai dernier (Mosaic Music Distribution)

 

Interview de Franck, manager de Mix Up.

Skanews : " Mix Up existe depuis pas mal de temps… "

Franck : " Oui, le groupe a dix ans… Mix Up a démarré un peu en même temps que Sinsemilia. Sinsemilia avait tout de suite une envie d'aller très loin, de notre côté, ça a été plus doucettement. C'était plus l'envie de monter un groupe, de faire des concerts, de kiffer un peu plus loin cette musique puisque Bob Marley et Burning Spear étaient les grands inspirateurs de Mix Up à l'époque. C'est vrai que nous avions des relations avec des grenoblois un peu déjantés qui allaient devenir les Sinsemilia, ça a donné envie de créer ce groupe… c'est de là que nous sommes partis il y a dix ans. La formation c'est un peu plus forgée 2 ans après, il y a huit ans, en faisant des concerts, en enregistrant des cassettes qui passaient sous le manteau, de la main à la main etc… Le bouche à oreille c'est vite créé sur la région parisienne. Il y a quatre ans, le staff définitif c'est créé avec les cuivres, avec une section rythmique plus soudée autour des deux frères qui font de la basse et de la batterie. C'est à ce moment que le groupe a commencé à vraiment tourner. "

Skanews : " Il y a eu un premier CD quatre titres "

Franck : " Oui, " Some Friends ". Au départ il avait les mêmes vocations que les premières cassettes. On voulait qu'on le trouve à la fin des concerts. nous l'avons aussi distribué nous-mêmes en région parisienne. C'est tellement bien parti que Scalen a sollicité Mix Up afin de le distribuer nationalement. Nous avons accepté. Maxence Benin qui travaillait chez Scalen à l'époque était quelqu'un de très proche du groupe, il a beaucoup respecté notre démarche et ça nous a beaucoup plu. Le disque c'est vendu à 6 000 exemplaires et puis tout c'est enchaîné… Nous avons eu envie de faire un premier album. "

Skanews : " Justement, peux-tu nous parler de ce premier album, " Les Enfants Du Gondwana ".

Franck : " Il est sorti en 1999. Ce disque est un peu le bilan des trois années qui ont précédé sa sortie. Les morceaux qu'il y a sur cet album ont été composés il y a longtemps. Le groupe les jouait depuis environ deux ans sur scène. La vente du premier quatre titres et l'argent des concerts a permis de réaliser ce disque dans de bonnes conditions. Ca nous a coûté beaucoup d'argent, environ 120 000 Francs. C'est beaucoup pour un disque produit par le groupe lui-même. On retrouve ce genre de coût uniquement chez les majors ou chez des groupes comme Mister Gang ou K2R Riddim qui ont pu se le permettre parce que justement ils ont tourné beaucoup et parce qu'ils ont pu vendre pas mal de disques et donc mettre de l'argent de côté.
Nous avions envie de nous faire plaisir. Nous avons pris un bon studio à Bagnolet ainsi que des gens compétents pour nous guider un peu plus car notre expérience de studio n'était pas forgée encore et nous sommes plutôt contents du résultat. La superbe expérience était le mixage. On savait qu'il ne fallait pas plaisanter avec ça, nous avons essayé plusieurs pistes et au final nous avons travaillé avec Robert Gordon. Il habite en Angleterre, il travaille sur les sons digitaux, dub etc… Il a donné un son massif à ce premier album que nous avons aimé. "

Skanews : " Ce disque a été distribué par Scalen puis par Tripsichord "

Franck : " Le disque est paru en novembre 99 chez Scalen et il c'est très bien vendu à sa sortie. Et puis nous nous sommes rendu compte qu'il était difficile de le trouver partout. Maxence au sein de Scalen a trouvé qu'il n'était plus suivit comme il l'aurait voulu au niveau de la gestion etc… La société Scalen ne se portait pas au mieux et nous, nous voulions que le disque avance bien car la demande du public était forte, la tournée était massive à ce moment là. Il fallait que ça suive et ça n'était pas le cas. Avec Scalen nous nous sommes donc rapidement séparés. Nous avons tout expliqué à Maxence, il l'a compris aisément en se disant que nos chemins se recroiseraient peut-être. Nous avons donc été chez Tripsichord, essentiellement grâce à un monsieur qui est Stéphane Marchand, qui a un groupe et qui est donc proche de la vie des groupes en général. Il sait très bien comment nous parler, comment il faut être avec un projet comme le notre. Il a souhaité reprendre la distribution de cet album et ça c'est très passé avec Tripsichord. Néanmoins, si on parle développement de carrière, parce que c'est quelque chose d'important chez Mix Up, nous ne pensions que chez Tripsichord nous ne pouvions pas mettre toutes nos billes vraiment à fond parce que chez ce distributeur il y a beaucoup d'artistes, et qu'un groupe comme Mix Up demande de l'attention, du temps et de l'investissement, un peu plus que mettre des CD dans les bacs. On a donc laissé Tripsichord continuer le travail qu'ils font admirablement bien et puis nous avons voulu passer à quelque chose d'autre, c'est pourquoi on a souhaité passer chez Mosaic Music Distribution (rien à voir avec le label de disques Mosaïc d'une banque bien connue) qui est un tout nouvel appareil de distribution bien appuyé par un label qui va développer cet aspect Reggae / Ska / Rock français ou étranger. C'est de nouveau Maxence Benin qui est notre interlocuteur et qui revient avec cette nouvelle société dans laquelle il est beaucoup plus impliqué tant au niveau financier que décisionnel, ce qui nous permet d'être proche à toutes les étapes du développement d'un disque avec lui. Maxence est très proche de nous. Il n'est jamais fermé aux projets. Mix Up, c'est une image, une idée de cette musique qui doit absolument coller à notre raisonnement et lui nous suit sur tous les projets, c'est ça qui est bien. "

Skanews : " N'est ce pas un handicap de faire votre nouvel album chez un label qui démarre tout juste ? "

Franck : " C'est un avantage et un inconvénient puisqu'il faut tout prouver et ça c'est difficile dans ce métier parce qu'il est impitoyable en matière de musique. De la même manière que c'est un inconvénient, ça devient le meilleur de tes atouts parce que tu sais que tu dois tout prouver, donc tu vas tout donner dans la bataille et c'est ce que fait Maxence, c'est ce que l'on fait avec Mix Up. Nous avons relativement souvent mis toutes nos billes sur la table pour mieux y arriver, c'est ce que l'on fait tous les jours sur la route. "

Skanews : " Est-ce qu'un distributeur nouveau a les mêmes entrés dans les magasins de disques qu'un autre distributeur ? "

Franck : " Oui, nous en avons eu la preuve, c'est pareil. Maxence a su garder les contacts, il a créé une relation de confiance à l'époque de Scalen et cette confiance est toujours bien là. Le disque est partout. Le démarrage que j'ai vu est plus que correct. "

Skanews : " Pourquoi n'avoir pas essayé de sortir votre disque sur une major ? "

Franck : " Ca nous a été proposé, mais les propositions n'étaient pas exactement adaptées à ce que nous souhaitions en terme de développement artistique. Mix Up c'est avant tout une démarche, une image et une façon de faire cette musique dans le respect d'un lourd passé culturel et spirituel. Nous avons tellement le respect de cette musique et de ceux qui l'ont créé sur l'île de la Jamaïque qu'on ne peut pas faire tout et n'importe quoi. Si on devait signer sur un gros label on le ferait vraiment avec des gens qui porteraient le projet un peu plus qu'en imaginant un produit qui doit se vendre à tant d'exemplaires et qui doit respecter un formatage radio ou autre, ce qui n'est pas du tout notre façon de penser et de développer cette musique. Encore une fois, en respect de ce lourd passé spirituel et culturel que représente le Reggae, on ne fera pas n'importe quoi. Maxence Benin est arrivé avec un projet qui était proche de notre musique et qui correspondait à nos envies. Mais cela ne ferme pas la porte à des projets un peu plus grands. Je crois que pour passer de mieux en mieux ce message il faudrait pouvoir arriver à être encore plus présent en France et en Europe, ça nous ferait vraiment très plaisir de le développer et tout ça passera peut-être par une major, mais il faudra que les gens qui viennent bosser le projet avec nous soient vraiment ouverts à tout le respect que l'on doit à cette musique. "

Skanews : " Que pensez-vous des groupes Reggae qui ont signé chez des majors ? "

Franck : " je crois que même eux le disent, ils rencontrent beaucoup de soucis à se faire entendre. On a des exemples pleins les mains, plein la vue en permanence de groupes qui déchantent un peu de leur travail avec des majors. D'autres s'en sortent bien, tant mieux, le but du jeu c'est de faire passer le message du mieux possible tout en gardant une bonne image. L'exemple que l'on peut avoir de mieux sous les yeux, c'est K2R et Wagram. Aujourd'hui Wagram n'est pas vraiment un distributeur ou un label quelconque, ce label est très très proche des techniques de travail d'une major. Mais je crois que chez Wagram, on respecte énormément K2R. "

Skanews : " Beaucoup disent que Wagram est une major déguisée… "

Franck : " C'est vrai., Complètement. Quand tu vois les budgets qui peuvent être posés sur la table… Bon ça n'intéresse plus ou moins les gens, et nous aussi d'ailleurs… Simplement, il y a un respect de l'image de K2R et de la façon de travailler de K2R, donc à partir de là, rien à dire. L'argent est utilisé proprement pour faire passer le message, pour continuer à faire que les gens se rassemblent et c'est ce qu'il faut. "

Skanews : " Pourquoi avoir appelé ce disque " A L'Ombre de Babel " ? "

Franck : " Babylone pour nous est un model basé sur l'argent. Nous nous sommes aperçus que notre message était contre tout ce système basé autour de l'échange monétaire, mais que nous ne pouvions s'empêcher nous-mêmes d'y être impliqué parce que nous y vivons, tout simplement. On vit sur un système basé sur l'argent. C'est un peu en réponse à toutes les questions que nous nous sommes posées sur " Les Enfants du Gondwana ", le fait que l'on puisse vivre à l'ombre de cette cité basée sur l'échange monétaire, donc à l'ombre de Babel, mais faire une musique d'espoir, essayer de partager une bonne vibration avec tout le monde. Créer une relation d'unité qui va vers autre chose, vers plus d'humanité, vers plus d échange, plus de communication entre les êtres humains. C'est vrai que nous avons eu une réponse énorme du public et pas seulement du public, mais des gens, nous avons créé pas mal de liens et nous avons un espèce de cri d'espoir, c'est que l'on peut vivre à l'ombre de Babel, construire des choses complètement différentes de ce model babylonien qui se pose en permanence devant nous. "

Skanews : " C'est surtout Ruben qui écrit les textes de Mix Up… "

Franck : " C'est vrai que Ruben est celui qui est capable de prendre une guitare, d'écrire une base mélodique qui colle à un texte et d'amener la base essentielle d'un morceau qui sonne bien. Il a cette connaissance et ce respect du Reggae qui permet d'écrire de belles chansons. Ce sont certainement les plus belles chansons que l'on puisse avoir dans Mix Up, néanmoins, une chanson comme " L 'Eternel ", qui était sur une compilation bien connue, était écrit par Alexandre, le saxophoniste de Mix Up. Birdy a écrit sa chanson " La Bonne Nouvelle " sur ce dernier album, ce qui veut dire que dans Mix Up tout le monde peut écrire. Maintenant les textes qui ont été retenus sont essentiellement ceux de Ruben. "

Skanews : " De nombreuses personnes chantent sur " A l'Ombre de Babel "

Franck : " Oui, c'est logique, c'est en relation directe avec la maturité du groupe, ce que l'on aurait pas osé sur un premier vrai album on l'ose plus facilement après avoir fait quatre ans de route, 400 concerts et puis un album qui c'est pas mal vendu. On ose plus prendre la parole, être au micro au milieu de la scène et porter sa chanson aux oreilles de tous. "

Skanews : " Qui a mixé ce disque ? "

Franck : " C'est Timour Cardenas, C'est quelqu'un qui commence à être énormément connu puisqu'il est technicien du groupe FFF. Il a mixé la moitié de l'album de nos chers K2R, on parle beaucoup d'eux en ce moment, c'est vrai que leur album est très bon, et il a mixé aussi 38 Dub Band, Mister Gang etc… Le mixage, c'est quelque chose qui met la musique dans un écrin et c'est primordial. Timour a écouté le son Mix Up en concert, en pré-prod, en répétition, et quand il est venu mixer il était totalement en phase avec nous. "

Skanews : " Avez-vous envie de sortir un album Dub un jour ? "

Franck : " Oui, d'autant plus qu'il y aura deux styles radicalement différents. On retrouvera les Dub de Robert Gordon qui sont beaucoup plus à l'anglaise, torturés par des effets et puis les Dub de Timour qui sont plus de l'acoustique bien soignée. Le disque sortira certainement pour la fin de l'année… On ne sait pas encore tout à fait, les gens nous demandent aussi un album live ! "

Skanews : " Il y a déjà des titres live sur votre nouvel album… "

Franck : " Oui, mais ce n'était pas forcement notre volonté au départ. Lors de nos tournées, les gens nous disent qu'en live il y a quelque chose qu'ils ne retrouvent pas sur les albums, qu'il y a une magie qu'il faut absolument mettre sur disque. Ils nous demandent un album live. C'est vrai que nous avons de très nombreux fans en Ile de France et en Bretagne qui nous poussent à ça. "

Skanews : " Les critiques de votre nouvel album sont bonnes ? "

Franck : " Il y a de tout. Ce n'est pas un album dans lequel on plonge facilement. Ce qui apparaît le plus c'est qu'à la deuxième ou troisième écoute on se régale et on ne s'en lasse pas. "

Interview réalisée en juin 2001 par Jean-Pierre Boutellier.

Mix Up : 06.14.807.207
http://mixup.multimania.com

Copyright One Drop / Skanews
Toutes reproductions partielles ou totales autorisées
uniquement en citant la source (http://skanews.net)