RUDE BOY
SYSTEM
Interview de juin 2000

Skanews : "L’actualité du groupe c’est "They Say", votre troisième album..."
Skanews : "Pourquoi tous ces changements de musiciens ?"
Fred : "C'estLa difficulté quand tu t’engages à faire que de la musique, à arriver à en vivre. Il y a des gens qui étaient dans les RBS qui travaillaient et qui n’ont pas pu suivre le mouvement et d’autres qui avaient une vie de famille. En même temps ils font toujours partie de l’équipe et sont dans le cœur des RBS. Nous nous voyons souvent et nous ne faisons des petites fêtes ! Neufs musiciens, c’est difficile à tenir sur 7 ans."
Skanews : "L’album a été enregistré l’année dernière..."
Fred : "Oui, au mois d’août, on l’a enregistré entre le Mans et Saumur, dans un studio en pleine campagne. On était très isolé, on est resté 21 jours en studio, c’était pas facile. Jusqu'à présent tous les enregistrements se faisaient plutôt sur des périodes courtes. Par exemple, le premier album, on l’avait fait sur 6 mois avec plein d’interventions différentes et puis les autres choses que l’on a enregistrés comme les 3 titres, les morceaux pour les compils se faisaient un peu dans l’urgence. Là, on a mis 21 jours ce qui faisait beaucoup et en même temps pas beaucoup parce qu’au début, on a été un peu fainéants sur le début et on a été obligé de mettre le turbo sur la fin. Comme nous faisons des concerts tout le temps, nous n'avons pas eu tellement le temps de le préparer cet album, ça c’est fait sur le tas au studio. Il y a la moitié des morceaux qui ont été crées au studio. Les morceaux commencent à bien tourner en concerts alors qu’ils ont été fait il y a 6 mois. J’espère que l’on aura encore plus de moyens pour le prochain disque."

Fred (Rude Boy System)
Skanews : "Comme les deux albums précédents, ce disque a été entièrement autoproduit ?"
Fred : "Oui, on a eu quelques subventions et on avait mis de l’argent de côté. Nous n'avons pas vraiment démarché des labels pour ce disque. il y en avait 2 qui étaient intéressés, MSI et Tripsichord. Puisque la Ruda n’était plus chez Tripsi, je pense que ce label voulait un autre groupe de Ska pour reprendre la relève. La proximité de Tripsichord, le fait qu’il soit à Paris... il y a 2 membres des Rude Boys qui sont à Paris, ça nous paraissait un plus pour pouvoir être en contact avec ce label, plus facilement que MSI qui est assez loin à côté de Bordeaux. Pour voir les gens concrètement, pour discuter de choses c’est pas très simple. Bien que le fax et internet fonctionnent très bien aujourd’hui, c'est toujours mieux de voir véritablement les gens. Il y avait un truc qui nous branchait pas trop chez MSI, c’est qu’ils veulent signer tous les groupes de Ska et nous nous sommes demandeés comment ce label pourrait travailler efficacement avec nous étant donné qu’il signait tout le monde."
Skanews : "La promo est meilleure qu'auparavant ?"
Fred : "Nous avons eu un budget pour faire de la promo. Nous n'avions jamais eu ça ! Auparavant, c'était un business avec Mélodie via On A Faim qui nous permettait d'avoir une distribution dans les Fnac, et partout finalement. Nous n'avions rien en promo. Désormais, nous avons un budget qui nous permet de faire de la pub dans les magazines, de faire des tracts, des affiches. Nous avons de très bons rapports avec les gens de Tripsichord, dont Stéphane qui joue dans le groupe Big Mama, avec qui nous avons fait quelques dates."
Skanews : "Le bilan des ventes de ce nouvel album est positif !"
Fred : "Oui, il est positif. Nous avons vendu à l'heure actuelle près de 5000 albums. C'est ce que l'on avait vendu en 4 ans avec les deux autres disques... On ne s'y attendait pas ! C'est juste un contrat de distribution, ce n'est pas le contrat de l'année. Nous avons eu accès à des salles que nous ne pouvions faire avant. Il y a peut-être aussi l'effervescence du Ska qui veut ça, mais on est bien content de se retrouver dans cette position là ! Je pense qu'il va falloir encore défendre cet album pour le faire connaître aux gens...."

Skanews : "Justement, peux-tu nous le présenter ?"
Fred : "Le disque reflète l'état de penser du groupe. Les nouveaux musiciens qui sont arrivés ont une approche 2-Tone. Ca, c'est lié à notre génération. Nous avons tous autour de la trentaine. Nous sommes arrivé dans le Ska à l'époque 2-Tone. maintenant, tout le monde sait que RBS a toujours été fan du Ska sixties et puis, la maturité du son nous aide bien dans cette démarche. Nous aimons le Ska des Skatalites, donc il y a du Ska dans ce style, mais aussi un peu de Rocksteady, du Dub, des influences plus 2-Tone et quelques clins d'oeil... Nous écoutons aussi pas mal de Ska américain comme Hepcat, Stubborn Allstars, New York Ska Jazz Ensemble et il des titres qui sont dans cet esprit là."
Skanews : "Il y a une reprise de "All Of Me" en duo avec la chanteuse des Viking's Remedy..."
Fred : "Oui, avec Sonia. Ca c’est fait très vite. C'est Yann, le guitariste, le frère de Sonia qui avait l’idée de reprendre ce morceau. Sonia est venue au studio, on a fait ça en 2 prises, j’avais jamais chanté ce titre. Nous avions envie de partager quelque chose avec Sonia. Nous ne sommes pas des Jazz man et nous sommes restés sur une base rythmique soft. C’était plus un clin d’œil à cette période là et puis nous avons fait un petit duo histoire de ravir les auditeurs !"
Skanews : "Parlez-moi de "Good Philosophy", enregistré en pleine campagne..."
Fred : "Oui, nous nous sommes ruinés les jambes dans les ronces, c'était assez original. On entend les grillons sur la bande. Nous avons enregistré en pleine nuit, c'était marrant, il fallait s'éloigner des micros parce que c'était très sensible, genre à 200 mètres, on entendait encore las pas dans l'herbe. Nous avons bien rigolé. Les Rude Boy System se déguisent en Tryo (rires)"
Skanews : "Pourquoi avoir intitulé l’album « They Say » ?"
Fred : "Très bonne question ! Ce morceau là, c’est un peu un constat de la société en fait, et puis de la volonté des RBS d’aller en avant dans les textes. Ca nous paraissait un bon résumé. C’était une volonté commune de l’appeler comme ça cet album par rapport à ce titre qui est le seul morceau Reggae de l’album et qui a un impact peut être un peu plus différent. C’est vrai, en concert ce morceau là accroche bien aussi. D’ailleurs on l’a modifié un peu, ça sera une petite surprise pour les gens qu’il l’on déjà bien en tête en concert. "They Say" (le titre) résumait un peu l’idée politique, plus un groove que l'on voulait poser sur l’album."
Skanews : "Il y a un Dub sur cet album que j’aime beaucoup intitulé « Ligerie Dub », pourquoi ?"
Fred : "La Ligerie, c’est la Loire, les ligériens se sont des gens qui habitent sur la Loire. Il se trouve que j’habite sur une Ile sur la Loire. En fait, c’est moi qui a eu l’idée de ce morceau, j’avais trouvé le riff de cuivre. Je suis un gros fans des bords de Loire, j’ai toujours défendu sa, c’est mon petit côté Zion, rasta à moi. Par le passé, on avait monté une asso fictive avec 2 potes de Saumur qui s’appelait "La Ligérie Indépendante En Guerre" et il se trouve que j’étais vice-président de cette asso et que le président, un pote à moi est décédé depuis, donc c’était une occasion aussi de lui rendre un hommage."

Skanews : "Il y a un autre groupe qui défend la Loire, c’est la Ruda Salska !"
Fred : "Oui, nous sommes de la même ville, donc on se connaît bien. A Saumur il y a pas grand choses à faire. Il y a l’école de cavalerie, le musée des champignons, un peu de vin rouge, il y a beaucoup de militaires ici. A part faire de la musique dans le local de répète et aller se détendre au bord de la Loire pour aller boire un coup avec des potes et faire un feu de joie quand il fait beau, c’est vrai qu’il y a pas grand chose d’autre a faire. Je pense que les gens qui habitent ici sont bien imprégnés de ça."
Skanews : "Il y a une autre asso qui a été monté par Lord dont le logo est sur votre disque, le "SARP".
Fred : "Il y a avait Lord, Vince le clavier, il y avait un peu tous les RBS un soir avant le concert. A l’apéro, on délirait là dessus, on nous branche tout le temps, « Oui les rillettes du Mans » et puis avec toute la finesse de Lord en fait c’est venu comme ça en rigolent et puis on a branché Gil de On A Faim qui nous a fait un beau logo.
Skanews : "Le logo est clin d'oeil au SHARP..."
Fred : " Yann le guitariste et Vince sont les 2 rude boys, skinheads du groupe, on les chicane tout le temps avec ça. Moustafa, le bassiste, le percussionniste et moi qui avons des dreads ils nous appellent les Kellocks, il y a un combat entre le kellocks et les skins au niveau de RBS. Tu vois toute la finesse du débat et en fait ça c’est fini avec le SARP."
Skanews : "Le SHARP veut dire SkinHead Against Racial Prejudice et le SARP..."
Fred : "Sartois Against Rillettes Préjudice."
Skanews : "Quels ont été vos actions ?"
Fred : "Nous avons mangé des rillettes, c’est une asso qui ne va peut être pas rester dans l’ombre mais elle sera très underground !"
Skanews : "Pour en revenir à l’album, il y a des morceaux comme « New Dance », « We Want You », tu peux me parler des autres textes, des choses qui vous font réagir ?"
Fred : "Il y a des chansons d’amour dont le morceau avec Sonia, ça parle aussi un peu de politique. On pointe personne du doigt, c’est un peu un constat de monsieur tout le monde, des petits truc qui peuvent t’emmerder dans la vie de tous les jours, ce qu’on voit à la télé lorsqu’on la regarde, ce qui nous énerve un peu. C’est une volonté, il ne faut pas baisser les bras par rapport aux problèmes qu’il y a autour et en s’unissant entres autres et en écoutant du bon Ska on peut aller de l’avant et rester positif."
Skanews : "Quels sont les difficultés pour un groupe comme vous pour pouvoir tourner, s’exprimer ?"
Fred : "En ce moment on se serre les coudes, c'est pas simpe. Nous sommes 12 sur la route dont 10 personnes payées, intermittents du spectacle. C'est assez énorme pour un groupe comme nous. Il faut que l'on rentre pas mal d'argent pour pouvoir payer tout le monde, nous allons presque y arriver. On a choisi cette démarche, on a choisi d’essayer d’être tous intermittents. C’est vrai que de payer 10 personnes, ça représente un budget assez conséquent. La Ruda arrive à se payer que depuis le début de l'année depuis toutes ces années de tournées." s
Skanews : "C’est difficile d’être intermittent aujourd’hui avec les nouvelles lois qui doivent arriver avec l’Europe ?"
Fred : "Nous avons la chance que cela existe en France. Maintenant c'est toujours compliqué. La difficulté, c'est quand il y a du monde dans le groupe. Nous, en gros, il faut que l'on rentre 50 000 Francs tous les mois pour payer tous les musiciens."
Skanews : "le fait que le Ska et le Reggae soient en vogue aujourd'hui doit vous aider..."
Fred : "Oui, tout à fait !"
Skanews : "Se sera par contre peut-être plus difficile dans quelques années..."
Fred : "Oui, je pense que l’on aura beaucoup moins de possibilités de jouer comme aujourd’hui. Maintenant peut être que cette vague, je ne sais pas combien de temps elle durera, mais il y a des gens qui vont tirer leur épingle du jeu là dedans. Peut être que ceux qui arriveront à bien se faire connaître pourront continuer à jouer en restant dans le groupe de Ska qui tourne. J’espère bien qu’il en restera quelques-uns. Maintenant on jouait déjà avant que se soit la mode donc on jouera encore après !"

Skanews : "Tu penses que cette vague profite à ceux qui sont là depuis longtemps ou alors qu’il y a beaucoup d’arrivistes qui ont du succès aujourd’hui et que ceux qui sont de la base ont du mal à pouvoir exister ?"
Fred : "Non, je sais qu’il y a des gens qui découvrent, mais il y a beaucoup de gens qui savaient que RBS existait. On a été joué dans pas mal d’endroit. C’étaient des petits lieux, beaucoup de bars. Aujourd’hui avec l’effervescence du ska on se retrouve un peu dans les pôles positions. Bon, il y a d’autres groupes qui émergent, je ne sait pas s’ils sont opportunistes, il y en a probablement mais il n'y en a pas tant que ça. Il y a aussi une nouvelle génération qui découvre du Ska, qui ont envie de monter des groupes. C’est un peu toute la vague Ska festif que l’on découvre en grosse partie dans le sud, il y en a énormément, ça fait boule de neige. Tant mieux pour les gens qui écoutent du Ska et pour ceux qui vont le découvrir. Curieusement, on nous pose toujours cette question, savoir pourquoi le Ska marche en ce moment. Ca marche d’une façon underground, c’est pas non plus médiatisé en dehors de 2 ou 3 publicités. Il n’y a pas de groupes de Ska signés par des majors. La Ruda Salska n'est pas véritablement un groupe de Ska. Pour l’instant tout le monde me dit ça mais nous n'en avons pas encore vu la couleur du truc ! Tant que ça restera underground, ça continuera à marcher, après je pense que se sera comme d’habitude, ils vont en prendre 4 ou 5 après ils vont en épurer 3 ou 4 et il en restera un ou deux que l’on va mettre devant et après ça retombera et voilà."
Skanews : "Au niveau de l'actualité, vous soutenez José Bové (concert de Millau) et vous venez d'enregistrer un titre pour la compilation de soutien aux FTP."
Fred : "Gi de On A Faim nous a branché sur ce coup là, se sont des amis à lui. Nous soutenons tous les gens qui sont contre le FN. Les FTP ont fait exploser un local. Je ne dis pas que l'on soutien tous les poseurs de bombe, il n’y a pas eu de morts. Tous les gens qui font reculer la bêtises, on veut les soutenir, c’est une façon pour nous de les aider puisqu’ils sont en galère en ce moment, de participer au truc. La compile ne va pas tarder à sortir. (Voir rubrique news de ce site, NDLR)
Skanews : "Pour terminer, un petit message pour les gens qui aime bien RBS ?
Fred : "Je remercie tous les gens qui aiment bien RBS. Je leur souhaite une bonne écoute de cet album. J'espère bien les rencontrer dans toute France cet hiver. Merci aussi à toute l'équipe de Skanews.
Interview réalisée par JP
Boutellier / Skanews, juin 2000.
Vous pouver télécharger 2 titres du nouvel l'album des Rude Boy System :
They
Say (extrait 58")
New Dance (extrait
24'')
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