LA
RUDA SALSKA
En 6 ans, La Ruda Salska a connu une ascension fulgurante. Remarqué par tous les zines indépendants en 94, comme l'un des meilleurs espoirs de la compilation "Ni Jah Ni Maître" d'On A Faim label, La formation a vite fait honneur à son rang en sortant un premier album excellent, "Le Prix Du Silence", recueil Ska-Rock aux textes anti-connerie qui est vite devenu un disque de chevet pour tous les amoureux du rythme à contretemps mélangé au Rock positif. Grâce à cette galette et à ses concerts endiablés, la Ruda est devenu l'un des moteurs du Rude Rock hexagonal, faisant table rase des idées reçues et annonçant ouvertement la couleur : "Mélangeons nos cultures, pratiquons l'ouverture".
Après 3 ans sur les routes, à faire vibrer le public, qu'il soit à Nantes, Strasbourg ou Marseille, le groupe signe un nouvel album en mars 99, "L'Art De La Joie" distribué par Tripsichord, comme le premier opus. Courtisé par la majorité des gros labels, la Ruda signe ensuite chez Yelen / Sony afin de rééditer dans un premier temps son dernier album, puis de remettre en bac "Le Prix Du Silence".
Ne nous fâchons pas, La Ruda Salska vient de passer chez une major, mais ce n'est pas pour ça que ses musiciens se prennent pour des pachas ! ils ne fument plus, ne boivent plus, mais causent dans le micro de Skanews entre deux concerts, viennent de tourner un clip avec en guest Bernard Menez, prouvent que leur dernier disque n'a rien à voir avec du "tout venant" rendant aveugle (et même sourd !) tout acheteur potentiel. Non, les tontons skankers de Saumur n'ont pas fini de nous filer des bourre-pifs à grands coups de guitares et de cuivres. Et c'est heureux, car si par malheur cette formation perdait son âme dans les méandres du show-biz, nous serions les premiers à leur chanter le fameux "Requiem Pour Un Con..."
Ruda Salska : "le début du groupe c'est fait en 2 étapes qui correspondent à deux formations qu'a connue le groupe. La première, c'est donc la naissance du groupe en 93, en septembre, date de notre premier concert qui avait lieu à Saumur dans le Maine et Loire. Aujourd'hui on se situe plus proche d'Angers et de Nantes puisque se sont les villes où l'on habite actuellement, on répète à Angers. Le groupe est née à Saumur, nous sommes donc resté un groupe Saumurois à la base. La création du groupe a eut lieu un petit peu par hasard. Nous, on était un peu des branleurs quoi, on avait pas vocation à pérenniser notre histoire sur plusieurs années, donc c'était plutôt une façon de s'occuper un peu le dimanche car à Saumur, on se casse un petit peu les couilles..."
Skanews : "Vous êtes des copains d'enfance ?"
Ruda Salska : "Non pas vraiment, nous nous sommes découverts par hasard, finalement par la passion qui nous liait au Rocksteady au départ et comme on était pas nombreux à écouter cette musique, ça nous a fait des atomes commun qui ont fait que l'on a eut envie de créer des morceaux, donc nous nous sommes retrouvés dans notre petit local de répète. On a fait tourner deux, trois morceaux puis dix et puis ensuite on a joué au Café de la Plage et puis ensuite dans un plus grand café et après les petits cafés-concerts, les petites salles et les grandes salles. Ca a fait boule de neige, jusqu'aux 350 concerts d'aujourd'hui. Au départ ça s'est fait un petit peu par hasard, c'est juste par envie de s'essayer à la chose et de vivre plus pleinement notre amour pour le Rocksteady, le Ska en général et puis aussi pour la scène alternative dont on allait voir souvent les concerts et puis pour le rock aussi qui constitue la base de notre musique."
Skanews : "Pourquoi la Ruda Salska ?"
Ruda Salska : "En fait au départ on sait jamais trop pourquoi on s'appelle comme ça. Mais nous on avait trouvé se nom là par hasard, c'est une ville de Pologne et ça allait assez bien avec notre façon de voir les choses. On avait l'ambition de mélanger 3 styles qui étaient le Rock, la Salsa et le Ska. Alors la Salsa, on à vite laissé tomber puisque ça n'apportait rien du tout à cette musique, c'était pas terrible du tout. On s'est vite rendu compte avec le temps que notre musique s'articulait plus autour du binôme Rock et Ska. Ruda, ça désigne un petit peu une référence, côté rude boy, le côté un peu rude qui désignait le Rock. Ca sonnait bien à nos oreilles. C'est l'adéquation de ces 3 musiques Rock, Salsa et Ska qui a fait qu'au départ nous avons choisi ce nom."
Skanews : "Le premier enregistrement sur disque, c'était sur Ni Jah Ni Maître ?"
Ruda Salska : "Voilà c'est ça, nous avions trois mois d'existence. Le groupe est née en septembre 93 et on avait enregistré un petit peu par hasard un morceaux qui s'appelait "Radio Ska", et deux mois après ON A FAIM, l'asso de Poitiers nous a permis de le placer sur cette compile, ça nous a bien aidé. Ca nous a permis de nous faire un petit nom au départ sur la scène. Sur la scène française, On A FAIM a vraiment fait un travail important. Quand on est un groupe, au départ, on a pas les moyens d'enregistrer, ni même la possibilité de le faire et ça nous permettait d'avoir un support qui était transmissible et de se faire un nom, de pouvoir vendre nos concert avec ce petit bout de morceau sur cette compile qui a très bien marché."
Skanews : "Tout à fait, et en plus c'est important puisqu' à l'époque, il n'y avait pas beaucoup de compiles française Ska / Reggae !"
Ruda Salska : "Oui, c'était même une initiative isolée. Pour nous ça a été un petit peu la première, mais c'était aussi la première du genre dans le truc. C'était une compile qui se voulait pas forcément que Ska, mais qui regroupait tout l'univers du contretemps entre autre avec le Reggae, le Ska et le Ragga. On retrouvait des groupes Punk, Rap, ou Ska comme nous."
Skanews : "C'est vrai que cette compilation est importante, elle a fait connaître des groupes comme vous, la Ruda Salska, mais aussi les Rude Boys System ou les Kargol's. C'est une belle étape dans l'histoire du Ska et du Reggae français. Peu après avoir participé à "Ni Jah Ni Maître", vous avez placé un titre sur une compilation de Moon Ska U.S.A."
Ruda Salska : "Là c'est pareil, Bucket cherchait des groupes qui chantaient en Espagnol et à cette époque là on chantait un peu en Espagnol. Il cherchait des groupes Ska français pour une compilation Internationale qui s'appelait "100% Latin Ska", c'était en 95 aussi. Comme il n'y avait pas beaucoup de prétendants, il est tombé sur nous par hasard. On lui avait envoyé une démo aux Etats Unis puis ça avait collé, donc pour nous c'était un grand honneur. Moon Records, ça représentait tout l'univers du Ska que l'on écoutait. On était fans des Toasters, des Busters et de tout ce que sortait Bucket et Moon Records. Pour nous c'était une consécration à notre échelle, presque inespérée..."
Skanews : "Ca vous a apporté pas mal de contacts ces deux compilations ?"
Ruda Salska : "Pour "100% Latin Ska" nous avons eu quelques contacts mais qui était plus des contact de personnes à l'étranger qui se demandaient un peu se que venait foutre ce groupe Français dont personne n'avait entendu parler ! Elles nous ont demandé des infos. Et puis nous avons aussi eu des contacts avec un groupe du Venezuela qui était aussi sur le disque. Des contact avec des fanzines canadiens et surtout, ça nous a permis d'approfondir un peu plus les démarches avec Bucket et les Toasters. Et puis, comme tu le sais, nous sommes aussi sur "Skappellation d'Origine Contrôlée" édité aussi par Moon."

Skanews : "Be oui ! Ensuite on arrive tout doucement à votre premier album, tu peux m'expliquer comment il a été enregistré ?"
Ruda Salska : "Le premier album, c'est comme le deuxième, il a été autoproduit, donc financé par nous même. Le premier album à été enregistré dans un garage, on a essayé de l'enregistrer dans notre studio de répète mais c'était un peu trop petit. Nous avons donc squatté le garage avec nos 40 000 balles et on a essayé d'optimiser avec l'argent que l'on avait et donc enregistré un petit peu à la "roots" si on peut dire."
Skanews : "Vous avez lancé une souscription pour se disque..."
Ruda Salska : "Oui, nous n'avions pas les moyens de l'autofinancer par nous même, donc nous avons lancé le mode de la souscription. Les gens achetaient l'album à l'avance et puis une fois qu'il était réalisé, on l'envoyait chez eux. C'est grâce un petit peu à la solidarité des gens qui nous soutenaient et nous suivaient que l'on a réussi à mettre ça en branle, sans les souscriptions ça aurait été plus difficile".
Skanews : "L'album s'appelle "le prix du silence", il a été distribué par Tripsichord. Ca a été difficile de trouver un distributeur à l'époque ?'
Ruda Salska : "Oui c'était assez difficile. Nous avions essayé un peu tout le monde même des plus indépendants au plus gros. En fait, nous avions acheté l'Agenda du Rock, et puis nous avions fait tout le monde. Nous n'avions pas eu de réponse, finalement, nous l'avons proposé nous même à Tripsichord qui finalement l'a distribué. C'était en 96. "
Skanews : "Tu peux me parler des textes de cet album, par exemple "Orange" ou "devoir de mémoire" ?"
Ruda Salska : "Ca, c'est des textes qui sont assez marqués et que l'on appelle volontiers revendicateurs, mais qui sont plus pour nous des textes dans une démarche concernée qu'engagée, puisque ça se passe plus dans une démarche citoyenne que militante. En fait, dans les textes on parle toujours des choses que l'on aime et que l'on aime pas. Ce qu'on aime pas c'est la connerie en général et évidemment le fascisme, il a sa part et c'est même énorme ! Ca en est même une résultante. Donc nous, on avait à coeur d'exprimer ça de la façon la plus crédible possible. D'essayer de le dire en toute sincérité de façon objective. En plus, on avait besoin aussi à cette époque de remettre les pendules à l'heure par rapport à une discrimination dont a été victime le Ska. C'était une musique qui avait été braquée à la fin des années 90 par les fafs et il avait une corrélation qui se faisait vite entre la musique Ska, le mouvement skinhead et les fascistes. Donc au départ on l'avait fait aussi pour mettre un peu les pendules à l'heure là dessus."
Skanews : "Quelle a été la réaction des médias par rapport à ces textes dans les chroniques qu'ils ont fait sur votre premier album ?"
Ruda Salska : "D'une façon générale, il y a eut un peu de tout. Le fait de faire le concerné, on passe souvent pour un adolescent à acné qui dit des choses débiles ou au contraire on passe pour quelqu'un qui a des choses à dire et qui essaye de les dire au mieux. Les gens s'approprient la chose de plusieurs façons différentes. Nous, on l'a dit avec conviction et d'ailleurs on le dit toujours aujourd'hui mais de façon un petit peu différente puisque on aime pas dire les choses toujours de la même façon pour pas que ça devienne justement de l'opportunisme. L'accueil médiatique a été très limité et il a été fait justement par les assos, les radios Fera Rock et par les fanzines et donc des gens qui étaient justement concernés par ce type de problèmes et qui militaient dans ce sens, donc vis a vis des gens qui se sont intéressés au disque, c'est bien passé."
Skanews : "Il y a aussi des morceaux sur cet album comme "taper la manche" par exemple qui parlait de tout autre chose..."
Ruda Salska : " taper la manche", c'est un morceau qui a souvent été mal compris. Qui à été pris comme une apologie au fait de tendre la main, ce qui n'est pas le cas et qui en fait repose sur la notion d'échanges. Nous, on a fait ce morceau en 94, enfin bref, quand on tournait en été. On tournait avec le groupe l'été avec nos bagnoles et une remorque et donc on allait un petit peu de villes en villes. On avait 4 dates dans le mois et entre ces 4 dates, il fallait qu'on arrive à pérenniser l'histoire. On tapait la manche sur la côte, à droite, à gauche... comme on était un petit peu timide, au départ on mettait notre tract devant nous et personne nous filait de blé, donc on s'égosillait pendant 3 heures pour pas grand chose. Donc on s'était dit pour vaincre cette timidité que l'on allait faire un morceau pour expliquer aux gens que l'on tape la manche et donc on a écrit un couplet et on a fait tourner le truc en boucle. Du coup, quand on a fait le morceau, nous avons multiplié par 10 l'histoire et on s'est rendu compte que le morceau marchait bien, donc on en a fait une chanson définitive. C'est une chanson qui est basée en fait sur l'échange, taper la manche, mais en offrant quelque chose et nous en l'occurrence on offrait notre musique."
Skanews : "Avec cet album, nous avons aussi découvert votre passion pour les polars et les dialogues de Michel Audiard..."
Ruda Salska : "Oui, ça c'est récurant, depuis tout le temps. Nous avons toujours été imbibés par l'univers du polar, Simonin, Auguste Le Breton, et du cinéma noir Français en général, donc avec Audiard. Ca c'est quelque chose qui transparaît tout de suite dans les textes et c'était une référence quasiment innée pour nous. C'est vrai même dans notre parlé, nous y faisons souvent référence. Le thème des frères Volfoni pour nous c'était une façon d'évacuer cette passion et s'en servir justement pour pouvoir la pousser encore plus loin."
Skanews : "D'ailleurs votre asso s'appelle "Ne Nous Fâchons pas " ! Titre d'un film mythique avec Michel Constantin, Lino Ventura, Jean Lefebvre et Mireille Darc, dialogues géniaux d'Audiard, musique influencée par le mouvement Mod..."
Ruda Salska : "Oui, ben voilà, c'est toute cette imagerie qui tourne autour du polar et donc des textes d'Audiard qu'on aime bien et qu'on aime exprimer. C'est un peu notre fil conducteur, on fera tout le temps ça !"
Skanews : "Comment vous juger justement ce premier album "le prix du silence" après 3 années quand vous le réécoutez ?"
Ruda Salska : "Honnêtement, nous n'avons pas la démarche de se dire, "tiens on va réenregistrer ce morceaux". Pour nous un morceau correspond à une époque et la façon dont il a été enregistré correspond à la façon dont vivait le groupe et à la philosophie du moment. Justement il se trouve que les morceaux tiennent leur crédibilité dans ce contexte là, de l'époque. Sinon c'est un album qui vieillit plutôt bien. C'est un album qu'on revendique complètement et d'ailleurs autant que le deuxième. Dailleurs c'est un album que l'on joue quasiment en entier sur scène et c'est aussi un disque que l'on va promouvoir à l'avenir au même titre que " L'Art de la joie". Ca fait partie de notre histoire. On a envie de le défendre tout autant que le deuxième, même si il à déjà 3 ans, pour nous ça correspond toujours à notre état d'esprit et à notre façon de voir les choses."
Skanews : "On pourra certainement les retrouver un jour sur un l'album live ?"
Ruda Salska : "Oui, oui, à coup sûr. Le problème de l'album live c'est qu'il faut bien jouer et ça c'est pas évident... (rires)"
Skanews : "Après ce premier album, vous avez fait pas mal de concerts, parlez-moi du contact que vous avez avec le public. C'est important pour vous de le rencontrer, de parler avec lui, d'échanger quelque chose ?"
Ruda Salska : "on existe par le public. On a besoin de ça, de cette connivence entre nous et le public. Et si le public bouge pas, pour nous on sait qu'on a mal joué, c'est pas passé, c'est que la sueur est pas passée !. Pour nous un bon concert c'est quand le public bouge. Notre but, c'est que l'on reparte usé par la scène et que le public ait un petit peu se sentiment là aussi. Ca à été un révélateur pour nous. C'est qui nous a permis de toujours avoir la volonté de continuer parce qu'au départ, il y en avait 50, 100 et puis ainsi de suite. Aujourd'hui les salles où nous jouons sont pleines et c'est notre plus grande fierté."
Skanews : "Pourquoi 3 ans entre le premier et le deuxième album ?"
Ruda Salska : "Justement à cause de ça. Quand on sort un album sur la scène indépendante, on ne jouit d'aucune promotion. Ni de celle du distributeur, ni de la notre. Parce qu'on a pas les moyens d'en faire !. Donc la seule façon de promouvoir sa musique, c'est de jouer, de jouer encore un petit peu plus loin, un peu partout. D 'aller voir se qui se passe à Strasbourg, du côté de Marseille, de Bordeaux et ça prend du temps, il faut jouer tout le temps. Comme on ne vivait pas de la musique, la semaine nous étions occupés à essayer de gagner trois francs six sous à droite à gauche en faisant trente six choses en même temps. On se retrouvait le week-end et on partait sur la route. Et il faut du temps pour régénérer l'inspiration. L'inspiration on l'avait, c'était juste du temps qui nous manquait, on a pris le temps de donner le maximum pour que l'album fasse boule de neige et puis un jour nous nous sommes dit, "bon ben ça va, ça fait déjà 200 concerts". Il a fallu se dire un jour "stop, allez, on se colle au deuxième."
Skanews : "Dans quelles conditions vous l'avez enregistré ce disque ?"
Ruda Salska : "Ca n'a pas trop changé, à part que se n'était plus un garage, mais une ferme, un peu plus grand. Il a fallu manger beaucoup d'oeufs parce qu' il a fallu des boîtes pour tout insonoriser ! (rires). On a fait ça en plein mois d'hiver, donc pas de chauffage. Il a fallu se relayer pour dormir là bas pour surveiller le matos. C'était du "roots" mais c'était comme ça que l'on voulait le faire parce que déjà, on était pas prêt et on avait envie d'avoir du temps pour l'enregistrer, de répéter en même temps que l'on enregistrait, de faire des prises, de poser une voix et ensuite d'en poser une autre et de pouvoir revenir sur les morceaux. En fait, l'histoire c'est que pour nous c'était une démarche qui était différente puisque le premier album c'était une sorte de condensé de 4 ans d'expériences, des morceaux qu'on avait fait sur scène, il y avait un vrai vécu. Nous n'avions plus qu'à les panacher sur une galette. Sur le deuxième, il a fallu s'arrêter, on avait zéro morceaux. Il a fallu en faire treize et donc nous avons commencé en septembre 98. L'album est paru en mars 99. On avait 6 mois pour faire ça. C'était intéressant, il a fallu faire des choix, trancher vite. Forcer un peu sa nature et voir si il y avait encore du jus. Sur un deuxième album c'est pas facile, on a l'impression d'avoir tout dit dans le premier et en pressant on a vu qu'il y avait encore des choses qui sortaient !"

Skanews : "Pourquoi l'avoir intitulé "L'Art de la joie" ?
Ruda Salska : "C'est pas évident de choisir un titre et puis, "L'Art De La Joie", ça correspondait à un titre de morceau, en général on aime bien reprendre ça. " L'Art de la joie", il y a 36 définitions parce que ça nous correspond assez bien. Ca veut dire que c'est la façon de construire un petit peu son bonheur de vie et l'intelligence de vie avec tous les éléments que ça comporte. Il faut toujours penser positif et aller de l'avant. La joie, ça ne tombe pas du ciel. Il faut la mériter, la construire. Pour nous cette construction, elle passe par la musique. La joie c'est notre musique. L'art de la joie c'est un peu notre façon de voir."
Skanews : "Je vois, en regardant la pochette, que la Ruda Salska fait aussi bronzer les femmes..."
Ruda Salska : "Oui, oui (rires). On savait pas se que l'on allait mettre sur cette putain de pochette. Puis nous avons décidé de trancher, de prendre un truc qui est complètement décalé. Nous sommes tombés sur ce truc là et puis nous avons décidé d'en faire la pochette. En plus ça fait un peu polar à 3 Francs 6 sous qu'on aimait bien. On voulait une pochette qui parle d'elle même au delà du contenu."
Skanews : "Justement, au niveau du contenu, au niveau de la musique est ce que tu peux me parler de l'atmosphère musical que dégage cet album et des différences qu'il peut y avoir avec le premier, de l'évolution du groupe ?"
Ruda Salska : "Les deux bases sont les même, le Rock et le Ska. Le but du deuxième album, c'était de ne pas répéter le premier, mais de garder l'esprit du groupe. Nous nous sommes aperçus que notre musique avait sa force, une dynamique, mais qu'elle pouvait avoir aussi ses finesses. Nous avons essayé d'épurer, de gratter plus, de jouer plus sur les couleurs, les contrastes. De mettre chaque instrument à sa place, de poser un peu plus le chant parce qu' il avait parfois tendance à être bouffé par le reste. D'aborder les choses d'une façon plus chanson que sur le premier. Essayer de tendre à affiner la personnalité du groupe, à avoir comme tous les groupes une musique qui soit plus propre. D'élargir les horizons, Rock et Ska, ça peut paraître peu mais finalement c'est beaucoup. Le panel était large."
Ruda Salska : "Dans la vie, des thèmes il n'y en a pas 36 000 ! mais nous avions envie d'essayer d'aborder nos textes d'une façon différente, de les faire plus variés par rapport au premier, de se renouveler. On aime bien que les textes soient un peu le reflet de la vie. Chaque texte a une humeur différente. Le deuxième album est traité un petit peu par chapitres différents. On décline différentes humeurs de différentes façons. On aime qu'il y ait une vraie histoire, une vraie connivence entre les textes et la musique."
Skanews : "Comme par exemple dans "Rien Venir" ?
Ruda Salska : " Rien venir" c'est une biographie, c'est notre histoire un petit peu à nous. C'est 6 ans de sacrifices et au regard des autres, ils comprennent pas trop, au regard de la famille. On passe toujours un petit peu pour des moins que rien. Quand on multiplie les concerts, les actions, qu'on donne tout ce que l'on a et que l'on voit rien venir, des fois on a des petits coups de blues. On a l'impression de tourner en rond. Dans le texte ce qui était intéressant c'était de finir ça d'une façon positive et que finalement se sont ces années là que l'on regrettera, se qui peut paraître des années de galères au départ sont sûrement les plus belles. Nous avons la chance de créer des choses, de pouvoir s'exprimer, de vivre pour notre passion."
Skanews : "L'album "L'Art De La Joie" a été édité pour la première fois en mars dernier chez Tripsichord. Avez-vous tenté de relancer les majors avant cette parution ?"
Ruda Salska : "Oui, nous avons démarché, et puis, personne ne voulait du truc. PIAS voulait nous signer et finalement ils ont refusé. On nous a ensuite annoncé chez East / West, E.M.I, Chrysalis, chez Polydor... Nous avions la volonté de mettre un peu de beurre dans les épinards, de vivre de notre musique. C'est à dire passer du R.M.I. au S.M.I.C. ! Et donc nous avions besoin, nous sommes 13 personnes, de moyens pour pouvoir se développer. Nous avions besoin d'un partenaire. Ce qui est assez marrant, c'est qu'en 6 ans nous n'avions pas eu un coup de fil, et qu'en 3 mois, nous avons eu tout le monde ! Il y a eu beaucoup d'usurpateurs, beaucoup de gens avec qui nous nous entendions pas. Nous avions l'oreille ouverte, mais nous ne trouvions pas de gens qui pensaient et qui avaient la même démarche que nous, ce qui est venu plus tard avec Yelen, qui un est label enraciné dans le Rock 'N' Roll, enfin du moins dans la démarche, qui est un label familial qui regroupe 4 groupes, et donc qui suit les concerts et qui a la même philosophie que nous dans la musique, mais avec les moyens de pouvoir la faire"
Skanews : "Je reviens un petit peu à mars dernier. Vous décidez donc de sortir ce disque, comme le premier, en distribution chez Tripsichord. Comment ça c'est passé avec Tripsi ? Vous étiez pas très contents du travail, ou alors pour vous c'est une structure trop petite au niveau de la promo et du reste ?"
Ruda Salska : "Tripsichord a fait un bon travail sur nous, la sortie de "L'Art De La Joie" a été assez réussie. Mais nous, nous avions besoin pour l'avenir d'avoir des aides financières, car Tripsichord n'a qu'un rôle de distributeur, nous sommes propriétaire de nos bandes. il faut produire les disques nous-mêmes. Il faut faire les cachets nous-mêmes. La Ruda, c'est 13 personnes, des camions à acheter, c'est beaucoup d'argent mine de rien. Et donc, nous avions des besoins pour pouvoir continuer, pour pouvoir pérenniser l'avenir. Nous avions besoin de partenaires, donc le fait que des labels s'intéressent à nous a été une chance pour pouvoir continuer. Trouver un label qui nous correspond, ça a été plus dur, mais nous l'avons trouvé et il pourra faire ce que Tripsichord ne pouvait pas faire, ce qui est logique. N'empêche que Tripsichord a fait du bon travail pour nous."
Skanews : "Vous avez signé chez Yelen en licence ou comme artiste ?"
Ruda Salska : "Nous avons signé en licence"
Skanews : "Vous êtes toujours propriétaires de vos enregistrements ?"
Ruda Salska : "Oui, oui..."
Skanews : "L'Art De La Joie" a été réédité. Vous n'avez pas eut un petit peu peur que les radios et médias voient cette deuxième sortie si rapprochée comme du réchauffé, étant donné que ce disque est identique à celui qu'avait distribué Tripsichord ?"
Ruda Salska : "Si, mais se sont des périodes qui sont assez délicates, il faut faire des vrais choix. Pour La Ruda c'est vraiment un vrai tournant, nous sommes obligés d'aborder la chose un peu plus pro. Moi, je comprends, deux sorties du même disque, la même année, sur deux labels différents, ça fait un peu réchauffé. Notre but, c'est de se développer. Ca aurait été plus simple si nous avions eu des contacts avant le deuxième album, mais ça n'a pas été le cas. Maintenant après ça, il faut rebondir et se sont des chances qu'il faut saisir pour un groupe. Ca permet de voir l'avenir plus sereinement et de pouvoir envisager la chose comme métier, ce qui est un rêve de gosse. Il a donc fallu faire ce pari là. C'est un truc qu'on assume par la force des choses. Dans la musique il faut faire les choses avec conviction et regarder droit devant soit... et puis ça va permettre de toucher plus de personnes."
Skanews : "Il y a un clip qui va être fait ?"
Ruda Salska : "Nous avons l'ambition d'en faire un. On aimerait bien faire ça genre court métrage, en noir et blanc, genre polar. On va essayer de tabler ça sur "du Rififi chez les Branques".. On veut inviter Bernard Menez, on essaye d'avoir des acteurs. Nous, nous ne sommes pas des acteurs. Alors maintenant, c'est facile de le dire, on va voir ce que ça va donner ce projet, c'est pas Star Wars ! on va faire avec les moyens que l'on a !"
Skanews : "J'ai vu la plaquette promo qui a été édité sur vous par Yelen. Au niveau presse, radio, T.V., clip, il y a pas mal de choses qui vont se passer..."
Ruda Salska : "Oui, nous avons fait par exemple "Pollen" sur France Inter. C'est tout l'effet signature ! C'est peut être malheureux, mais il y a pas d'autre façon d'atteindre ce type de média, il faut avoir les clefs pour le faire. Donc ça passe par ce type de label. Depuis 4 mois on parle du groupe !
Skanews : "N.P.A. sur Canal +, c'est pour bientôt ?"
Ruda Salska : "Oui, mais ça nous fait un petit peu peur, et ça nous parait tellement improbable. Ca fait bizarre !"
Skanews : "Et si un jour on vous propose de passer à la télé en play back ?"
Ruda Salska : "Non ! non, à part N.P.A., je ne vois pas quelle émission on pourrait faire. On ne peut pas revendiquer la sueur, le contact, et faire un truc en play back, se serait ridicule !"
Skanews : "Le prochain album de la Ruda ?"
Ruda Salska : "Notre ambition, c'est qu'il sorte fin 2000. On tourne jusqu'à fin janvier et puis ensuite on s'arrête 3 mois pour faire des nouvelles compos et après on remettra une couche de concerts."
Skanews : "Que penses tu du développement, du grand boum, de la scène Ska / Reggae française ?"
Ruda salska : "J'en pense du bien, c'est mérité, parce que ça n'a pas été une fin en soit. C'est tout un travail de fond. c'est rassurant, c'est une scène qui est active et qui à toujours existé. Aujourd'hui, on a l'impression que c'est un phénomène qui est nouveau parce que aujourd'hui les médias en parle. Il doit y avoir une soixantaine de groupe de Ska en France, la musique Ska et Reggae, c'est une musique qui est saine. Elle vient des caves, c'est l'école de la débrouille qui passe par la scène et je trouve ça bien pour le paysage audiovisuel de s'intéresser à cette musique là. C'est là que les choses se passent, quelque part ça diminue le décalage d'un coté les médias et de l'autre la réalité de la scène. Les médias ne voient les choses en surface, ils voient aujourd'hui que le mouvement Ska remonte, alors quand ils voient Ruda Salska, ils pensent que cela existe depuis 6 mois, car aux yeux des médias le mouvement Ska existe que depuis 6 mois. Ils n'ont pas cette démarche de chercher. Pour eux, c'est inimaginable qu'un groupe fasse ça depuis 6 ans au delà des effets de mode ou du reste. Aujourd'hui, on voit des articles sur le Ska et le Reggae dans les gros médias, et les mecs n'ont jamais entendu parler des Skatalites de leur vie ! D'ailleurs, les questions de ces journalistes sont souvent très connes ! C'est rare de rencontrer des journalistes qui ont vraiment une culture Ska ! heureusement, il y en a quelques uns !"
Skanews : "Est ce que vous allez rééditer votre premier album chez Yelen ?"
Ruda Salska : "Oui, début 2000. En fait cela faisait partie du deal. C'est que pour nous, on prenait la Ruda dans son ensemble ou on l'a prenait pas du tout ! Les deux albums se répondent, c'est le chapitre un et le chapitre deux."
Skanews : "Est ce que tu pourrais me parler du titre " gangster man" que l'on trouve sur la compilation "Skappellation d'Origine Contrôlée" (Moon Ska Europe / M.S.I.), à l'époque, votre manager m'avait dit qu'il devait y avoir une version française de ce morceau sur l'album " l'Art de la joie"...
Ruda Salska : "Oui, en fait on l'avait mis et puis on était un peu à la bourre et nous avons décidé le garder sous le coude. On mélange souvent les morceaux, on les triture dans tous les sens. " Du rififi chez les branques", c'est un peu la version française de "Gangsters man", les deux morceaux se ressemblent assez. " Gangster man", on l'a laissé en inédit pour Skappellation. Tu sais moi l'anglais, je ne le parle pas, les paroles c'est très binaire, une fois que j'ai dit night, light et music, j'ai tout dit ! (rires)
Skanews : "Une réaction au sujet de la mise en examen du chanteur des Kargol's ?"
Ruda Salska : "Nous étions au concert, on jouait ce jour là lors du même festival, donc nous étions ensemble. Nous avons organisé un concert de soutien à Tours avec deux autres groupes pour dégager des fonds pour la défense de Yannick en octobre dernier au Bateau Ivre. Ce que je pense de cette affaire... si nous avons fait un concert de soutien pour Yannick, c'est que nous ne sommes pas d'accord avec la tournure que prennent les choses. Nous étions sur place et c'était assez flagrant que Yannick, en l'occurrence a été un petit peu désigné comme le coupable évident et unique dans un concert de 6000 personnes qui était co-organisé par la mairie. Avec le service d'ordre, en fait, j'ai l'impression que tout le monde a fait sa petite salade en coin et que tout le monde a dégagé en touche et que c'est assez navrant et assez inquiétant pour la suite. Si un tel jugement passe, il fera jurisprudence et chaque artiste aura une présomption de culpabilité à chaque incident dans un concert. Je trouve ça assez curieux qu'un organisateur, qui normalement doit assumer ses responsabilité, n'ai pas à en répondre. Depuis cet incident, ça c'est durci. Les organisateurs font beaucoup plus attention à ce genre de détails désormais. Malheureusement on va avoir droit à la fosse de 1 à 2 mètres devant chaque scène. Les circonstances de la mort de cette personne lors de la prestation des Kargol's sont assez floues. Enfin, sur place, c'était assez curieux. j'ai pas la prétention de tirer les responsabilités de chacun, mais faut pas pousser. Je trouve ça un peu facile de montrer du doigt quelqu'un qui n'a fait finalement que son boulot et qui travaillait dans le bon sens. C'est assez aberrant."
Skanews : "Tous les groupes qui m'ont parlé de cette histoire m'ont dit que cet incident aurait pu arriver à n'importe qu'elle formation musicale..."
Ruda Salska : "Ben oui ! Ca aurait pu arriver à la Ruda ! On jouait juste après eux...!"
Skanews : "Le festival a quand même continué après ?"
Ruda Salska : "Il y a eu un arrêt d'une heure, et puis ensuite il y a eu des petits sets d'une demie heure. Mais en fait, sur le coup, on ne savait pas trop ce qui c'était passé. Nous on était avec les Kargol's et c'était la soupe à la grimace. Nous étions dans la même loge. C'était pas marrant. Et puis surtout, c'était infâme, tu imagines d'être montré du doigt, comme ça... j'ai été déçu par pas mal de gens, que je ne veux pas citer, qui se la jouent Rock 'n' Roll et qui se dégagent facilement de leurs responsabilités. C'est avec ce genre de chose que tu apprends que dans la musique il n'y a pas un camps qui est meilleur qu'un autre. Dans chaque camps, tu as des gens biens, et c'est avec ces gens biens qu'il faut travailler. Que ce soit pour la production, pour l'organisation des concerts... l'indépendance, c'est souvent un mot que l'on prononce haut et fort, mais quand on gratte un petit peu, c'est malheureusement pas toujours le discourt que l'on entend. C'est pour ça que je suis content que nous ayons signé sur un label. Nous sommes souvent montrés du doigt à cause de ça, c'est pour ça, j'ai un peu de mal à comprendre..."
Interview de Pierrot de La Ruda Salska réalisée par Skanews fin 1999
Merci à Pierrot pour sa disponibilité ainsi qu'à toute l'équipe de Yelen qui nous à permis de faire cette entrevue.
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